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27 novembre 2009

Eloge des lignes

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Les quelques personnes qui me font le plaisir (et l'honneur !) de fréquenter ce blog, de manière plus ou moins régulière, auront remarqué son ton souvent...caustique et désinvolte, qui a même induit certains d'entre elles à me taxer de sale prof imbu de sa pédagogie, voire même de plaindre les pauvres élèves qui ont le malheur de tomber sous ma direction l'espace d'une année.
Soit. Ces jugements sont, heureusement, le plus souvent tempérés par une franche discussion qui a elle-même valeur de conseil, et je m'en félicite: comme dit ma maman, tant qu'il y a conflit, il y a dialogue.
D'où mon dernier exploit avec mes troisièmes. Une bonne classe, malgré une légère tendance au je-m'en-foutisme, mais dont l'attitude a franchement commencé à m'agacer lorsque je m'aperçus hier que la moitié de la classe ne m'avait pas suivi pour monter en cours et avait préféré traîner dans les couloirs, de sorte qu'ils sont arrivés avec deux bonnes minutes de retard. Réfrénant le CDGP (Coup De Gueule Primal) qui commençait doucement, mais sûrement, à étreindre mon larynx, je pris mon feutre et écrivis de ma plus belle écriture au tableau: "Je ne traine pas comme une limace pour monter au cours de français." 100 fois.
C'est pas bien, hein, je sais. Mais 1/ça m'amuse de les imaginer faire leur punition au lieu de jouer à la Play, et 2/à force de prendre des lignes, peut-être finiront-ils par comprendre qu' "on n'est pas au stade ici", comme je ne manque pas de leur répéter.
Mais s'il y a bien UN truc qui m'agace, mais vraiment, c'est la tête de con (car c'est une tête de con, ne l'en déplaise) qui vient me soutenir qu'il est interdit de donner des lignes parce que ce n'est pas une sanction éducative. Mon dieu, que cet argument stupide a tendance à faire émerger le MCDGP (Méga Coup De Gueule Primal, faut suivre) lorsque quelqu'un vient me l'objecter de la voix mielleuse de celui qui se croit plus malin que les autres (le plus souvent 1/un parent d'élève, 2/unE collègue (j'y insiste, comme aurait dit Gracq(et oui, ce salopard est misogyne, de surcroit)).

 

Certes, cette tradition des lignes, du pensum, pour reprendre le terme exact, est interdite depuis l'arrêté du 5 Juillet 1980, car ce type de sanction, en gros et en évitant tout le verbiage philosophique, ne profite pas à l'élève, ne lui apprend rien, ne lui apporte rien, ne fait que lui faire perdre du temps stupidement. Cela, je l'admets, à un tel point que c'est le seul but que je recherche en leur donnant, devenant ainsi un hors-la-loi, des lignes: faire perdre autant de temps à l'élève qu'il m'a fait perdre d'énergie à le menacer une, deux, trois fois de la sanction qui allait tomber. Et ce n'est certainement pas à moi de perdre du temps et de l'énergie à corriger nue copie supplémentaire: c'est l'élève qui est puni, pas moi. Et je me refuse à transformer quelque chose d'ingrat en quelque chose d'utile facilitant l'apprentissage, ou de donner de "beaux" textes à copier en guise de punition, comme le font certains: lire Proust est un plaisir, un honneur. Pas une sanction.
Dici.

 

J'en connais qui vont gueuler, là.

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27 décembre 2008

Papa, je ferai quoi plus tard avec mon DEA de lettres ?

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Tu seras caissière, et tu écriras des bouquins.
C'est en allant chercher un paquet de lessive (et oui, les plus grandes pensés prennent toujours leurs sources dans des actions quelque peu futiles !) que je suis tombé sur ce bouquin. Je n'ai pas 15 euros à foutre là-dedans, je me suis donc contenté de lire la quatrième de couverture avant de le remettre soigneusement à se place et de continuer, pensif, mes tribulations intermarchesques.
Le principe de ce bouquin n'est pas idiot, assez amusant même: une caissière de supermarché raconte toutes les anecdotes vécues en huit ans de travail. J'imagine bien volontiers qu'elle a dû en voir des vertes et des pas mûres, encore que je n'ai jamais eu l'occasion d'assister à un lynchage de caissière et que je n'ai pas trop dans mon imaginaire d'aversion pour ces professions. Tout au plus me dis-je que ça dit être super chiant comme boulot. Mais de là à ce qu'on fasse, comme on le fait trop souvent, des caissières et des caissiers le réceptacle, l'étalon de la bêtise humaine (qui est la chose du monde la mieux partagée), cette tendance me gêne un peu. C'est vrai après tout, il y a une métaphysique de la caissière: en épluchant avec son BIP toutes nos courses, elle passe en revue toute notre intimité: les culottes trop grandes, les yaourts pas bios, les capotes pudiquement rangées dans une petite boite...Peut-être qu'être désagréable avec la caissière n'est qu'une attitude de défense contre celle qui a vu défiler toutes nos affaires, y compris celles que l'on veut cacher. Une sorte de bouc émissaire, finalement.
Mais ce qui me dérange vraiment, c'est l'attitude de cette dame, que je n'ai pas l'heur de connaître, qui joue sur le refrain "regardez cette société qui n'est pas capable de considérer à sa juste valeur un DEA de lettres et qui ne me propose qu'un emploi de caissière." Loin de servir le monde des lettres, elle le rabaisse une fois de plus: en commençant un DEUG de lettres, tout étudiant doit savoir que les débouchés de cette voie sont peu nombreux. Les lettreux ne servent à rien, c'est un fait. Il me semble que le bon sens aurait dû présider au choix des études de cette jeune bachelière, d'autant plus que même si ces débouchés sont minimes, ils sont présents: journalisme, (nombreux) concours dans l'administration, enseignement, bibliothèques... Pour quelqu'un qui n'est pas bête, ce qui est certainement son cas, il est tout à fait possible de se faire une place. Je connais même quelqu'un qui se recycle, avec beaucoup de courage, de l'enseignement jusqu'au monde des bibliothèques. Par conséquent, il me semble (je modalise, car je ne connais pas les "tribulations" de cette Anna) que cette jeune dame se complait dans cet atermoiement, dans cette attitude de victime qui ne fait honneur ni à l'univers des caissières, car je suis persuadé qu'on peut être heureux en étant caissière, ni à celui des lettres.
Après tout, pendant cinq ans j'ai livré des pizzas, et j'ai toujours dans l'idée d'en écrire un petit bouquin, mais même si j'en ai chié, je ne me souviens pas avoir eu le désir de lâcher mes études pour cela. Cette étape ne fut qu'un passage qui m'a permis de devenir prof. Et puis c'est tout. Donc jouer sur ce crédo de la caissière incomprise est, pour moi, de la lâcheté.
Lisez quand même la quatrième de couverture, c'est assez édifiant.
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5 juin 2013

Porte close

Je me suis planté de date de rendez-vous pour la deuxième fois. D'affilée. Je me suis rendu là où je ne devais pas être, un rendez-vous manqué.
Il y a quelque chose à y comprendre. Une fois c'est un malentendu, la deuxième fois c'est une programmation. Dans l'absolu ce n'est pas grave, ça m'aura fait faire une balade à Paris en bécane. Néanmoins. Comme si j'avais programmé cet échec, alors que la bonne date était posée dans mon agenda, alors que j'aurais pu, et même que l'idée m'a traversé l'esprit, passer un coup de fil pour confirmer la date.

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Plusieurs fois que cela arrive, dans différents domaines. Programmer un échec, c'est une façon de ne pas être déçu. Des mois que je galérais de solution de fortune en bidouillage pour ne pas faire réparer mon Mac. Plusieurs mois j'ai attendu. J'ai les moyens de sauter cette putain d'agreg qui m'appelle de son lit d'immondices, et je suis mon meilleur ennemi qui me tire une balle dans le pied au pied de la colline. On ne quitte pas le pied en somme. On le tire, et on tire dedans. En attendant ça ne marche pas.

Je trouve toujours une parade, un grand discours qui vient cristalliser des peurs, atténuer leur aspect angoissant derrière des plans en trois parties. Pour ça j'en suis devenu le spécialiste, j'ai été formé pour les plans en trois parties à tel point que tout est cotonneux. Le regard des autres. Leur jugement, leur représentation et le décalage entre mon image et ce qu'ils me renvoient.
Labyrinthique.

20 décembre 2012

Billets, s'il vous plaît

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« Mesdames et messieurs bonjour, contrôle des titres de transport s'il vous plaît »

Allez, juste un aller-retour à faire aujourd'hui, j'aurai fini cette semaine pourrie. Ca va être énorme ce soir, l'anniversaire à Ben. J'espère qu'ils seront tous là, qu'on rigolera, qu'on boira, qu'il y aura des filles cette fois-ci, la dernière fois c'était merdique à cause de ça. Pour une, on était six dessus, ça craint. « Merci Monsieur, une pièce d'identité, s'il vous plaît...Merci beaucoup ». Pas beaucoup de monde ce matin, d'habitude avec les vacances qui approchent les gens ils partent. Tant mieux. « Votre titre de transport ? Oui, merci madame, bonne journée ». C'est bien qu'on puisse partir avec l'équipe pour le Nouvel-an, ça va être terrible, Barcelone pour nous tous seuls, là-bas il y en aura des gonzesses. Ca me fera oublier la dernière fois, avec l'autre et ses trucs chiants. Ce qu'il faut pas faire pour avoir la paix deux minutes. « Merci Monsieur, bonne journée. Oui, les toilettes c'est au wagon 11. Je vous en prie Monsieur. » Sûr que c'est pas Tony qui me fera visiter une cathédrale de merde même pas finie, en plus. C'est plutôt les bars, que je finirai pas de me faire, si je trouve pas une fille entre-temps. Les petits français, ça doit bien marcher, et le côté jeune beau gosse branché, ça ira à tous les coups. « Oui madame, vous pouvez brancher votre ordinateur, les prises sont là, prévues à cet effet ». Ben oui sale conne, réfléchis un peu. Maman était déçue quand je lui ai annoncé que je ne serai pas là. Tant pis, faut que je pense un peu à moi aussi, j'y suis bien allé il y a deux semaines, je passe mes journées dans le TGV, il faut bien que je décompresse. J'ai changé il paraît, depuis deux ans environ, je vois pas trop pourquoi elle dit ça. Ca lui va pas bien, de vieillir. Heureusement, je me sens bien maintenant, j'ai mon Iphone, la caisse qui va bien, les potes autour, les fiestas, les filles, mon équipe, quoi de plus ? Au moins je suis libre. « Pardon ? Oui monsieur, c'est bien par là ». Quoi ? Ah ouais, en effet, il a raison, j'avais pas vu la belle blonde assise là, tranquille avec son portable. Bien vu Antho, bravo. Je vais tenter. « Bonjour demoiselle, vos billets s'il vous plaît ? » Quelle paire ! « Et où allez-vous, comme ça ? Oui, évidemment, à Marseille, c'est écrit là » T'as pas compris que je veux te parler ou quoi ? « Ah en plus d'être jolie vous êtes jeune, je peux voir votre carte douze-vingt-cinq, euh, Aline ? » Bon, elle mord pas, et je sais plus quoi dire. Encore une coincée. « Merci mademoiselle, bonne journée...et n'hésitez pas à m'appeler pour le bon déroulement de votre séjour. Moi c'est Jérôme... ». On sait jamais, le sourire, les formules qui claquent et l'uniforme elles aiment ça. Encore une coincée, je les attire ou quoi ? Je comprends pas ces dindes qui décident de ne pas profiter de la vie. Carpe diem, quoi, elle l'aura pas éternellement son petit cul, et je l'entretiendrais bien volontiers. Et l'autre qui se fout de moi, encore un râteau. « Bonjour, vos billets je vous prie. Merci ». Ca m'énerve, ce genre de réaction, elle ne se doute même pas de ce que je pourrais lui donner et elle veut rien savoir. Les filles sont connes maintenant, incapables de voir l'essentiel. On est dans un monde qui bouge, et il faut bouger avec sinon on est mort. Les morts ils bougent pas comme dit le coach. Moi oui alors que elle elle reste dans son fauteuil à écouter sa musique en regardant la fenêtre comme une vache. « Oui, vos billets, merci Monsieur ». Je suis sûr qu'il a tout compris lui aussi, avec son sourire, je devrais lui mettre ma main sur la gueule. Il me tarde de retrouver la caisse ce soir, de me changer et d'aller à cette soirée. On s'en mettra une belle, s'il faut, avec les autres. Je sais même pas ce qui est prévu, au fait, faudra que j'appelle Ben tout à l'heure. Y a pas à dire, les potes y a que ça de vrai, y a rien d'autre sur qui compter. Maman elle perd la boule, Franck je le vois plus, depuis qu'il a eu sa gosse, les filles ça va ça vient, mais hors de question de compter sur elles. Il ne faut pas vivre seul, surtout, et ma bande je l'ai trouvée. « Pardon ? Oui, bien sûr mais le billet de votre chat madame. » Heureusement, on va pas le transporter gratos son chaton, non plus. « Ah, mais tous les animaux doivent avoir un titre de transport. Cela vous coûtera 92 euros madame. » Ces gens qui se croient plus malins que les autres, ça m'énerve. « Oui, je comprends votre colère madame, mais la règle est la même pour tout le monde. Tenez, présentez-vous en gare avec votre avis de contravention, vous pouvez également régler sur Internet par carte bancaire. » Ca m'étonnerait que tu saches ce qu'est un ordinateur, toi. « Bonne journée quand même madame. » J'aime bien faire ça, être gentil avec les gens que je viens d'aligner. Ils se gênent pas pour le faire, les flics. Au moindre petit truc ils te défoncent et ils te souhaitent bonne journée. L'autre jour pour un portable ils m'ont aligné. J'allais au foot, je prévenais juste que j'étais en retard, bim. Il voulait faire son quota le mec, y a rien d'autre. J'ai bien essayé de lui dire que j'avais passé le concours de la gendarmerie, ça a pas marché.

Enfin ça y est, j'ai presque fini ce wagon, c'était le dernier. La routine, maintenant, un café à droite à gauche, me balader pour vérifier que tout va bien, faire genre, et on arrivera à Marseille. Elle a pas bougé la gonzesse au portable. Ba, tant pis pour elle, elle sait pas ce qu'elle perd. Une de perdue, dix de retrouvées. J'en suis à bien plus que ça, depuis que l'autre elle est partie. Je me demande parfois ce qu'elle devient. Sûrement toujours dans sa boutique pourrie à Carrefour. C'est ce que je lui ai dit quand elle est partie. « T'arriveras à rien, de toute façon, tu vas moisir dans ta vie de merde ». J'ai bien fait de lui dire ça, elle avait besoin d'un mec qui en ait et qui lui dise ses quatre vérités. C'est bizarre, ça a même pas eu l'air de la clasher, elle a pris silencieusement ses affaires et elle est partie. Je me demande qui me l'a piquée, elle le cache bien, même en espionnant je n'ai vu personne. Il a pas eu le courage de se montrer, peur que je défonce celui qui m'a pris ma gonzesse. Au moins comme ça j'ai retrouvé mes potes et je peux passer le temps que je veux au club ou à bricoler la bagnole. A tous les coups elle fait toujours les mêmes trucs, ses livres à la con, ses copines coincées du cul... Elle aurait été avantagée avec moi, avec nos deux salaires on aurait pu s'installer dans une maison à nous, en ville avec un garage et même une grande étagère pour ses livres. On aurait eu la belle vie, si on arrivait à bien calculer. Mais bon, tant pis pour elle, et merci de t'être barrée, après tout, j'en ai eu plein d'autres, des nanas, des meilleurs coups qu'elle, et qui m'empêchent pas de m'éclater avec mes potes.

« Merci de votre attention, Messieurs dames, nous vous souhaitons une bonne journée. »

8 février 2012

De clarinettis

woody-allen-clarinettisteCertains seront peut-être désespérés ici de voir encore s'écrouler un pan de ma discutable virilité. Discutable, parce qu'un jeune prof de trente ans qui aime le piano, la littérature, les bébés et faire rire tout en injectant du savoir à une classe de trente poupous, c'est un coup à faire fissurer le granit que des milliers d'anées de civilisation a pris soin de construire fermement. Les mecs, ça aime les motos, les grosses bagnoles, la bière et les gonzesses.
Mais je n'en ai cure, et je vais en profiter pour vous raconter une des plus belles expériences de feu 2011. J'étais à Nice, bloqué en centre ville pour une après-midi (ou UN après-midi, j'ai jamais su ce qu'il allait dire), et même si le vieux Nice est un endroit charmant, je commençais à m'emmerder sévère lorsque j'entendis de la musique. Il me fallut moins de vingt secondes pour reconnaître Mozart. Guidé comme un marin dans la mer sicilienne, j'allai donc plonger mes oreilles vers ce coin-là: deux clarinettistes jouaient des duos de Mozart pour clarinette, comme ça en pleine rue. Fallait oser, et ils ont eu raison. Du coup, j'ai passé l'après-midi sur la terrasse d'un café miteux à écouter ces deux musiciens jouer du Mozart. Les gens s'arrêtaient, écoutaient quelques dizaines de secondes et passaient leur chemin. Chose curieuse, les enfants étaient fascinés, moins par ces instruments bizarres que par cette musique qu'ils semblaient déjà connaître sans l'avoir jamais entendue. Le miracle Mozart fonctionne à nouveau, 220 ans après.
C'est là, probablement, qu'est venue mon envie de commencer la clarinette. Jusque là, je n'avais jamais fait vraiment attention aux sonorités de cet instrument. Je les trouve douces, entêtantes, hypnotiques, dans une certaine mesure. L'instrument est joli aussi, bien plus pratique à transporter qu'un piano. J'ose croire que sa pratique est moins complexe que ce dernier, ne serait-ce que parce qu'il n'y a qu'une clé au lieu de deux, et que l'on ne joue qu'une note à la fois. 
Cette année 2012 s'annonce éprouvante, pour différentes raisons. Mais maintenant qu'une accalmie se profile à l'horizon, je vais enfin voir mon prof de musique pour qu'il m'apprenne les rudiments.
Ne serait-ce que pour voir.

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9 février 2012

Ce prof là

Mon prof de piano, c'est un chieur né. Je l'ai trouvé par hasard, dans une académie dans laquelle  j'allais souvent travailler (parce que bosser sur un piano à queue, ça ne se refuse pas), et on avait eu l'occasion de discuter. Puis je me suis enhardi jusqu'à lui demander s'il aurait le temps de me prendre sous son aile parce que celui que j'avais, il était bien gentil mais je sentais qu'il me dirigeait plus vers

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que vers

41787_129379800688_3871_nDonc bon, j'avais envie d'aller vers des cours plu consistants, plus ardus. Mais je ne m'attendais pas à ça. Soyons simples, sur une heure et quart de curs, environ, nous devons jouer, véritablement et sans exagérer, moins de dix minutes, comme si cela n'avait aucune importance. Le reste est consacré à l'essentiel, à ce qui me permettra d'avancer véritablement, selon lui: apprendre à jouer du piano. Le placement de la main, du poignet, du bras, de l'ensemble du corps, de la respiration même... Les gammes aussi: toutes les majeures la première année (accords parfaits, arpèges en noire, croche, triolet et double croche, renversements...), avec récapitulation systématique, et depuis quelques mois les mineures: la, ré, sol, do, fa, si bémol en ce moment...
De la rigueur, de la rigueur, de la rigueur. Avec lui, je touche du doigt tous les défauts qui vont jusqu'à déborder bien au-delà du piano: l'indécision, l'imprécision, le fait de se contenter d'un globalement bon plutôt que d'un précis, clair, carré et parfait. "Ton Mozart, c'est de la soupe", ai-je donc appris hier. Et il m'a montré, par a+b, que c'était vrai je ne jouais pas deux fois le même rythme, et aucun des deux ne correspondait vraiment à ce qu'indiquait la partition.
Idem pour les morceaux, d'ailleurs, qui doivent être vus selon un ordre bien précis: la main droite par coeur, la main gauche par coeur, les deux mains ensembles en lisant, les deux mains ensemble en lisant et en chantant la main gauche (ho-rri-ble), et enfin, les deux mains ensemble par coeur. Comme ça, le morceau est décomposé, analysé dans sa moindre difficulté. A certains moments, il s'arrête sur une mesure pour montrer comment le compositeur change de tonalité, par exemple (combien de fois s'st-on arrêté comme ça sur le concerto en ré majeur de Haydn !). Et même si cela était rébarbatif, les choses se lient, s'éclairent les unes avec les autres, trouvent une cohérence. La montée qui me paraissait si difficile dans tel morceau se simplifie lorsque j'ai compris que c'était une gamme qui se développait, tels accords récurrents n'étaient que la transposition de ceux qu'on a vus en cours...donc au lieu d'appliquer bêtement, il me faut jouer intelligemment. Certains cours, à cet égard, m'apparaissaient lumineux car j'avais la sensation de com-prendre, de repartir avec quelque chose qui m'était jusque là frémissant, mais irréductible. Poser des mots sur les sensations, court-circuiter les déductions jusqu'à les faire entrer dans un logos clair et identifiable. Maintenant seulement, je redécouvre les sonates de Beethoven et je commence à comprendre quelque chose.

Et cette façon de bosser, avec rigueur et intelligence, tout en sachant parfois titiller l'égo pour stimuler l'avancée, j'essaie de l'appliquer dans mes classes, plus que je ne le faisais auparavant, où j'avais tendance à transposer un certain flou jusque dans mes cours, une charge d'imprécision, de part laissée à la déduction. Paradoxalement, je pense être devenu plus tatillon, mais que les élèves en deviennent plus rigoureux. Au lieu, comme me le demande mon prof, de rejouer une mélodie en en changeant la tonalité, je les fais réécrire des phrases en altérant les effets. Je m'efforce moi aussi de "ne pas avoir vocation à former des singes savants."
Mon prof, je le kiffe.

9 juillet 2011

De la rancoeur

manet_dejeunerSans doute l'un des sentiments les plus difficiles à analyser, et au sujet duquel il est le plus difficile d'écrire tant il emmène derrière lui une longue traîne de culpabilité, d'impressions mêlées. J'imagine de plus que cette amertume doit laisser un goût toujours âcre mais jamais similaire dans la bouche de celui qui l'éprouve. De même que les médecins nous disent que deux personnes ne voient jamais strictement la même couleur (ce qui ne laisse pas de me plonger dans la perplexité, comment parler convenablement du Déjeuner sur l'herbe s'il y a autant de perceptions que d'yeux qui l'admirent, que de couleurs sur la toile ? Ca en devient borgesien, il faudrait écrire un dialogue de critiques sur le déjeuner sur l'herbe, qui aurait lieu au cours d'un déjeunersur l'herbe), deux rancoeurs n'ont même pas un goût semblable sur deux sujets différents.
Les termes "goût", "bouche" ou "amertume" ne sont pas anodins. Tant il est vrai que nos sentiments prennent racine dans nos impressions sensibles, la rancoeur vient directement du substantif "rancidité", peu utilisé au profit de l'adjectif "rance", lequel désigne le goût d'un aliment à la fois gras et désagréable. Probablement par contamination métaphorique avec le latin cor, le mot a glissé dans le langage des sentiments. La rancoeur est, je la définirais ainsi, un sentiment mauvais que l'on éprouve à l'égard de quelqu'un ou de quelque chose, un mélange de regret et de colère contre une situation à laquelle on a pris part mais que l'on a fini par subir, comme si elle nous avait échappé. La rancoeur naît de l'impuissance face à un état que l'on ne désire pas mais auquel on ne peut changer grand-chose si ce n'est le regard que l'on finira par porter sur elle. A tout prendre elle a parti pris avec la jalousie, sentiment qui m'est en revanche, et heureusement, peu familier.
La rancoeur a un pouvoir dévastateur. Elle me fait penser au "poison que Médée apporta dans Athènes" tellement elle a ce pouvoir étrange de s'insinuer dans toutes mes pensées lorsque je l'éprouve. Il est difficile à subir parce qu'il me transforme en objet plein de colère et de tristesse mêlées. J'aimerais, dans ces moments-là, dire, hurler à la personne concernée ou à la situation qui me déstabilise que c'est de sa faute si je suis mal, lui demander pourquoi elle va si bien alors que j'ai encore des griefs contre elle, pourquoi elle s'est jouée ainsi de moi et a tiré profit de mon impuissance passagère, exiger qu'elle soit aussi mal que moi dans ces moments-là. Je sais que tu sais que je suis mal, et je t'en veux de me voir dans cet état, de connaître ma souffrance et de regarder ainsi par ton absence le serpent qui se débat dans sa peau devenue trop étroite et dont la mue n'est pas encore arrivée, et j'ai besoin de te mordre pour que tu ne me voies pas comme cela. Casse-toi ! Mais dans le cas où cette personne, ou collègue, ou ami, ou situation merdique, se retournerait pour me demander "oh c'est quoi ton problème ?", la colère retomberait comme un soufflé dans la mesure où cette situation que je déplore tant, j'y ai une part de responsabilité, j'y ai pris part, j'ai contribué à la créer. Il est donc normal de ne pas rejeter l'intégralité du tort sur l'Autre. Et une fois une discussion conctructive amorcée, même si elle doit prendre des semaines, des mois, des années à s'amorcer, les choses s'évacuent, le venin noir se purge. Peut-être est ce une colère quelque peu puérile contre moi-même que j'éprouve dans ces moments-là, comme le gosse qui s'est fait pécho la main dans le sac de bonbons et qui est en colère contre le sac quand il se retrouve puni dans sa chambre. Je sais bien...mais quand même, dirait l'autre.
Sans doute est-ce cela, la rancoeur. Elle doit s'évacuer, elle finit toujours par s'évacuer. Mais elle se cultive aussi, elle s'entretient, ou ai-je aussi à coeur de l'entretenir, de ne pas la laisser glisser dans les limbes. A cet égard je suis incroyablement rancunier. Il s'apprivoise, ce poison, comme Mithridate qui en prenait tous les jours pour s'y habituer au cas où un ami voudrait l'assassiner. Mais il faut aussi le purger pour qu'il ne nous empêche pas d'avancer, il faut l'évacuer, comme je le fais à ce moment-même par ces lignes ou il me bouffera le week-end.

24 août 2011

Fin de vacances

Ca y est, les vacances sont sur une pente descendante. Je commence à préparer mes cours, à me remettre tant bien que mal dans un rythme convenable, à réfléchir en séquences, en organisation d'année, à prendre des résolutions... Notamment celle de me faire mes propres repas au lieu de manger et payer cette bouffe lyophilisée dégueulasse de la cantine. On verra si je tiens.
Comme j'ai la manie, assez significative d'ailleurs, des bilans et qu'un bon schéma vaut mieux qu'un long discours, voici une image de l'été:

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, où presque chaque élément peut avoir une explication:
- Une commode rouge tendance moche retapée par mes p'tites mimines en bas de chez moi, dans le petit patio. Et toute mignonne désormais.
- J'ai commencé l'Histoire de la Sexualité, de Foucault, et comme d'habitude je suis subjugué par cette écriture et l'intelligence des propos. Clair, précis, rigoureux... Je l'aime, ce mec, je l'aime. Un magnifique roman d'une auteure inconnue au bataillon, Sylvie Germain. Très bien écrit, vraiment. Du Giono en féminin, et contrairement à Jeannot, dont la qualité d'écriture s'amenuise au fur et à mesure que le roman se déroule (les cent premières pages du Chant du Monde... le PQ qui succède à ces cent premières pages...) j'espère que Sylvie tiendra la route sur l'ensemble de l'oeuvre.
- Mon petit guide de Paris, où je suis retourné une semaine après quelques jours en Bretagne voir le frangin. Encore un super séjour.
- Un concert, ça faisait longtemps, à Laroque, que je découvrais. Un bon concert (le 23° concerto de Mozart et le deuxième d'Haydn) dans un cadre magnifique. Un immense parc rempli d'arbres, la fraîcheur du soir, le calme et la sympathie d'un public respectueux (ce qui est hélas assez rare pour être souligné).
- Un chapeau de paille en hommage aux amis (John, Nico, Théo, Aurélie, Stephs, Haïette, Richard, François...) retrouvés chaque vacances, Nico en particulier qui m'a rendu mon appartement propre comme un sou neuf, comme pour s'excuser d'avoir fini de flinguer mon pare-brise. Heureusement que:

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- Une tong, parce que l'été c'est aussi la plage et la bronzette.
- Les impôts, qui te remettent les pieds sur terre quand tu rentres de vacances... Les connaisseurs apprécieront l'emploi fort à propos du datif éthique.
- Une jolie écharpe violette trouvée par hasard à Paris, toute douce et qui sent bon. Je ne peux déjà plus m'en passer.

Bien sûr, il manque des choses, des gens, des musiques. Les deux premiers moments du prélude de la Partita en do mineur, par exemple, qui m'a occupé plusieurs heures par jour (alors que Martha l'expédie en 2 min 50...), les fiancailles d'un couple d'amis qui m'a permis de me réimmerger avec mes pétasses de lycée, la rencontre de la jolie Garance et le coup de vieux en voyant mon pote Jérémie tenant son bébé dans les bras, un acte important et symbolique, la naissance de Gabriel et son petit blond de grand frère qui te réveille à 7h du matin (alors que tu t'es couché trois heures plus tôt pour venir le garder tandis que les parents étaient à la maternité)  qui déboule en te disant du haut de ses deux ans "Yules, ye crois que ma culotte elle est bien trop petite !"...
Une nouvelle année scolaire commence, et même si je ne suis pas spécialement ravi de retrouver la plupart de mes collègues et de retourner à ce petit train-train, il faut bien l'avouer. La vie suis son cours, et elle est belle. Très belle.

5 juin 2011

WE parisien

Profitant d'un week-end prolongé et comptant sur le courage d'une personne qui s'est révélée ne plus en avoir, j'ai pris un billet de train pour Paris pour y passer quelques jours, logé chez une amie dans le treizième. C'est une ruche, le premier mot qui me venait à l'esprit quand je pensais à notre belle capitale. Un endroit que l'on voit de loin, dans lequel on met du temps, beaucoup de temps à accéder dans la mesure où j'étais toujours, jusque là, logé en banlieue. Un immense champ des possibles tellement vertigineux que l'on en perd la tête, et où à vouloir tout faire on ne fait finalement rien.
Je m'étais trompé, non sur la représentation que j'en avais qui était de fait assez juste, mais sur la magnificence de cette ville vue de l'intérieur. Prévoyant comme un japonais, j'avais acheté un petit guide dont je ne me suis quasiment pas servi tellement je me suis senti comme un poisson dans l'eau. Sans doute est-ce dû à ma récente (enfin, récente, un an et quelques mois tout de même) vie citadine, mais quoi qu'il en soit ce qui rapidement m'agaça le plus fut les stations vélib blindées, m'obligeant à voir la suivante...encombrement relatif, donc.
J'avais vu la tour Eiffel et autres clichés touristiques, on avait fait Montmartre aussi... mais je n'avais pas compris, pas suspecté la richesse de cette ville. Le nombre de choses à faire, de spectacles à voir, cette effervescence culturelle, la facilité de déplacement. En quelques jours, j'ai posé des gallons, et hier je n'ai quasiment pas ouvert mon petit plan de la journée. Vu un comédien réciter -réciter- pendant deux heures -deux heures- des passages d'un Balcon en forêt, mon roman fétiche, le tout dans un théâtre minuscule de l'île Saint Louis, plus petit que mon salon, où les sièges consistaient en une quinzaine de petites chaises rembourrées; trouvé dans une librairie musicale rue de Rome l'intégralité des Suites françaises pour moins d'une dizaine d'euros; visité le centre Pompidou; vu et failli pleurer devant les somptueux Nymphéas de Monet à l'Orangerie

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, découvert le Marais, revu le quartier latin, passé devant ma chère Sorbonne et épluché les librairies d'occasion du boulevard Saint-Michel.
Paris est une ville où tout devient facile très rapidement. On en vient, en quelques jours, à tutoyer Notre-Dame et à intégrer l'ordre des rues, le sens des circulations, le fonctionnement des vélibs... les parisiens, aussi, sortent assez rapidement de leur légendaire réserve du moment que l'on brise la glace avec eux. J'ai vu des amis que je n'avais pas croisés depuis longtemps, et pris un apéro sur les quais de Seine avec la facilité de ceux qu'on organise à Perpignan. Je kiffe cette photo.

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Rencontré enfin des amis de mon forum et fait un resto avec. Super moment qui a ouvert le séjour. Il n'y a qu'une personne qui manqua à l'appel. Tant pis pour elle. C'est grotesque.
Pour la première fois, je crois, j'ai profité de Paris, j'ai compris à quel point cette ville était géniale. Non pour y vivre, le rythme parisien est quand même dur sur le long terme, je pense, mais pour y venir, plus souvent, sur des WE prolongés, dans des hôtels de fortune intra muros
Voilà une bien belle résolution, comme s'il était besoin d'un nouvel an pour en prendre.

26 septembre 2009

Punto. Basta.

6a00d8341e0cf153ef00e54f29d1288833_800wiQuelle ne fut pas ma stupéfaction lorsqu'en discutant avec le prof de sport, qui a eu d'ailleurs la bienséance de ne pas se vexer du fait d'être désigné comme prof de sport et non professeur d'éducation physique et sportive, celui-ci m'a avoué qu'il faisait faire des lignes à ses élèves les plus récalcitrants.
Horreur et damnation. Etant un pur produit d'élevage de l'IUFM, je ne pouvais qu'être choqué par de telles pratiques: les lignes, ça ne sert à rien ! Ca enferme le pauvre jeune dans un discours fermé, stérile, c'est un travail qui ne le fait pas progresser, qui ne sert à rien, qui n'est pas valorisant, qui ne lui permet pas de mettre en valeur sa créativité, son imagination... Bref, les lignes ça pue du cul.
Il reste qu'une fois le choc passé, j'ai décidé, pour voir, de faire un test: il ne faut pas mourir con, après tout. Ca tombait bien, j'avais mon cobaye préféré (oui, je dis bien mon cobaye, car cette classe constitue une quasi-unité de connerie), à savoir ma cinquième 3. Il m'était impossible de ne pas avoir l'occasion de sévir en une heure de cours, et en effet, au bout de vingt minutes, un élève se lève, tranquille, pour aller chercher je ne sais quoi. Après l'avoir rabroué, je l'invitai à prendre son agenda et lui donnai cent fois à copier: "Je ne me lève pas en cours de français". Pour lundi. J'étais déçu: il n'a pas bronché, mais il s'est tenu à carreaux après que je lui eus expliqué qu'il ne tenait qu'à lui de l'avoir 200 ou 300 fois.
Dix minutes plus tard, excédé par les ricanements/bavardages d'un autre, je lui donnai la même sanction, ce qui ne fut pas sans soulever un flot de protestations, forcément: le prof de maths lui en avait déjà donné quatre-cent ! Mais soit, il obtempéra, pour remettre ça cinq minutes plus tard, d'où une centaine de lignes supplémentaires. On est allé jusqu'à trois-cent comme ça, mais j'ai eu un calme relatif.
A creuser.

13 août 2009

Back from London

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Ca y est, je suis revenu de Londres mardi, mardi en fin d'après-midi suite à un couac de loupage d'avion pour cause de contrôles de douanes trop routiniers... Nous avons payé le shampoing le plus cher du monde ! Mais bon, il vaut mieux en rire pour le moment.
C'était génial, un super WE qui nousa permis de 1/ pas mal parcourir la ville de droite à gauche, dans les différents quartiers, de voir les choses principales, 2/ faire du shopping comme des pétasses et manger des fish and chips en sirtant des bières, 3/ devenir familier du métro londonien, extraordinairement bien conçu... Et surtout de sortir un peu de cette mentalité catalane à la con pour rencontrer une vraie ville, une grosse mgalopole internationale qui brasse des dizaines de populations différentes: des indiens, des pakistanais, des blacks, des arabes, des européens... en fait, le véritable londonien n'existe pas vraiment, c'est un mix de différentes populations. D'où une grande tolérance des gens envers ce qui ne leur ressemble pas. Un punk aux cheveux rouges ne fait pas l'objet de remarques à voix basse dans le métro. Alors qu'ici, dans notre ville étriquée, les vieilles en feraient toute une histoire... Sans tomber dans un angélisme ridicule, j'ai quand même trouvé ces britanniques bien plus sympas, ouverts, francs et tolérants que nos vieux cons bornés de catalans. Cela m'a à la fois déprimé en revenant et renforcé dans mon intention de partir d'ici à moyen terme.
Quelques photos, just for fun, sur l'album idoine.

11 mai 2009

Balade au parc

Je ne sais pourquoi je nourris, depuis mon enfance, un amour irraisonné pour les parcs publics. Les vrais, hein, pas les petits champs  de gazon infâmes posés là comme des étrons entre deux feux rouges. Non, les vrais de vrais, ceux dans lesquels on peut se poser sur un banc pour lire, regarder les gens qui passent, observer que ce platane centenaire a bien poussé depuis la dernière visite la semaine précédente, se dire que les voitures et la ville ça pollue et que les villes, décidément, ça devrait vraiment être à la campagne sauf que si on n'avait pas ce bruit de fond de klaxons et de moteurs on s'ennuierait...
Donc hier, au lieu d'aller faire un tour dans nos vignes, c'est donc dans le parc perpignanais que nous nous sommes posés, entre un platane, un marronnier et un gingko-biloba, qui d'ailleurs, s'il n'en est pas un, l'imite foutrement bien. Je regrettai d'ailleurs de 1/ne pas avoir pris de bouquin, et 2/ne pas avoir davantage profité de cet endroit charmant pendant l'époque épique où nous habitions en centre ville. On était bien, sans parler, à observer ce microcosme artificiel et pourtant tellement charmeur, presque le "jardin de Lenôtre, Correct, ridicule et charmant" cher àDSC00286 Verlaine.






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3 janvier 2011

You talkin' to me ?!

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Il est stupéfiant de constater à quel point un mot laissé sur un blog peut prendre comme proportions. Suite au billet déposé avant-hier, pas moins de trois personnes, furieuses, m'ont contacté directement ou indirectement pour me dire d'aller me faire foutre et qu'il était "triste", "décevant" ou "bas" de venir "régler ses comptes" de manière complètement virtuelle...
Cela me rassure sur un point, au moins: ce blog est toujours visité; et si j'écrivais comme un chat je n'aurais pas eu de réaction aussi épidermique.
Reste maintenant, avant d'aller bosser, à synthétiser une réponse à peu près cohérente et claire. 

Si j'avais eu des comptes à régler ad hominem, et si l'occasion m'eût été donnée de le faire, je l'aurais fait, clairement. Manier le sarcasme voilé et indirect, parler à demi-mot et m'en "régler mes comptes" de manière détournée ne fait pas partie de mes habitudes. Il se trouve que l'exemple que j'ai pris a été une goutte d'eau qui a provoqué l'écriture de ce billet, lequel était moins destiné à la personne en question qu'à une tendance malheureuse que je constate de plus en plus: l'indécision. Montaigne avait l'intelligence de citer l'exemple de personnes disparues. N'ayant pas cette culture, je m'abreuve au râtelier que je trouve, celui de mon entourage.
Ensuite, poser  son point de vue sur un objet, même s'il est malvenu de le faire en ces temps où tout et n'importe quoi est permis (ça me rappelle la discussion sur l'art entre Aschenbach et je ne sais plus qui, dans
Mort à Venise) à l'exception d'avoir un avis tranché sur une question (le fameux jugement !), permet au moins à l'autre, aux autres, de se positionner. C'est une des raisons pour lesquelles le jeu d'échec est aussi fascinant: en déplaçant ses pièces, l'autre est obligé de faire valoir son point de vue, de réagir. Là, pour le coup, mes pions sont disposés, et je n'ai aucune envie de quitter la partie. Au moins ça bouge, dans un sens ou dans l'autre tout en sachant 1/qu'il n'y a pas de mauvais sens, et que 2/rien n'est pire que l'immobilisme.
Enfin, quand un animal est blessé, il mord. Nous l'avons tous expérimenté, hélas. Donc même si les réactions sont mauvaises, il y a au moins réaction, ce qui prouve que j'ai fait mouche sans forcément le chercher. Par conséquent, au lieu de chercher quelqu'un qui a tort et quelqu'un qui a raison, il serait plus intelligent, me semble t-il, de discuter directement et de manière posée au lieu de se lancer dans une joute oratoire virtuelle. Cela ne sert à rien. 

24 mars 2008

Un bon souvenir

Cette photo a été prise un soir particulier : nous étions tous les quatre en pleine période d’oraux du CAPES, à Tours. Laeti et Mathilde avaient terminé, Jerem et moi étions sur le point de terminer. Quelque chose comme le 21 ou 22 Juin 2007. Ce fut une excellente soirée, dont j‘ai recouvré le souvenir en fouillant dans ma boite mail pendant un cours. Ca fait du bien de se remémorer les bons moments. Il est amusant de constater à quel point le vieil album de famille est relayé par la technologie. Je grave régulièrement des centaines de photos sans les trier, et peut-être pour les perdre. Et je sais bien que je ne suis pas le seul, bien qu’étant plutôt négligent de nature. Le père d’Emilie utilise en ce moment un scanner qui permet de restituer les photos sur négatif en fichier jpeg. Ca peut servir, même si l’inversion à laquelle on assiste laisse rêveur. Sommes-nous destinés aussi à nous évaporer ? La mémoire se perd, les bons évènements qui ne sont néanmoins pas fondamentaux (les petits repas entre potes, les photos prises dans une bonne après-midi…) disparaissent et s’estompent. J’ai même été surpris que Sandra me laisse un petit mot d’encouragement et de remerciement pour les relectures de son DEA ! Nous allons petit à petit, me semble t-il, vers une désacralisation au profit du bon moment. Peut importe avec qui ou dans quel contexte on passe un bon moment, ce qui importe le plus, c’est le plaisir égoïste que l’on en tire. Au fond, les personnes que l’on côtoie finissent, je trouve, par devenir très éphémère, au point que les amitiés les plus éprouvées sont celles que le temps fait passer. On s’attache bien souvent trop vite, on se donne trop vite pour passer des moments éphémères qui se ternissent plus tard car on finit peu à peu par oublier qu’on avait eu des accointances avec ces gens-là. Alors la perpétuation du souvenir sous la forme d’un papier ! le temps où convoquer un photographe pour qu’il vienne faire la photo de famille de la décennie n’est peut-être pas si moyenâgeux qu’on le pense souvent. La débauche de technologie nous rend de plus en plus étrangers les uns aux autres. C’et dommage. Mon vieil EOS (que j’ai depuis 14 ans quand même) sort de plus en plus rarement de sa boite, le papier fait chier, on sait jamais où le ranger, il prend de la place pour rien. Mais peut-être devrions-nous faire un effort pour être plus attentifs à ce devoir de mémoire, à ne plus considérer les gens et les évènements comme du fugitif et du faire-valoir de l’égoïsme. Enfin. Allez, des épreuves m'attendent, ainsi que ma partoche. Photo_058__2_ Photo_054__2_
9 juillet 2008

De l'avantage de travailler au conseil général

C'est vrai quoi. D'habitude, les tafs saisonniers c'est pénible, chiant, dans des ambiances pourries avec des gens qu'on aime pas. Là non. Certes, ce n'est pas idyllique, mais je dois bien avouer que je termine ma longue série de saisons estivales (je dois pas être loin de la dizaine, tout de même) par un travail en or. Prenons hier. Il s'agissait, exceptionnellement, de me sortir des bureaux pour aller aider à accrocher une exposition au château royal de Collioure. Ben ce fut une super journée. Les peintures n'étaient pas dégueulasses, il fallait se creuser la tête pour les accrocher de manière uniforme et harmonieuse, d'où clous, marteaux, mètres et niveaux à bulles. Et en plus, l'artiste nous a payé le resto sur la côte ! Que demander de plus ?! J'ai flashé sur deux des oeuvres de MP Valat: Ancara et Bois blanc. Un diptyque que j'ai trouvé très beau, même si les photos prises par le téléphone ne sont pas terribles. Si j'avais 600 euros à foutre en l'air, je les aurais volontiers accrochées sur le mur de mon bureau. SP_A0070 SP_A0072 SP_A0071 Et retour peinard à cinq heures, heure de mon départ. Quant à aujourd'hui, glandouillage en règle. Il est vrai que je suis obligé de récupérer les infos au compte-goutte, donc je fais le pied de grue ou je dois aller pêcher les infos à différentes sources. ce que j'étais en train de faire quand on m'a demandé gentiment d'envoyer des tracts à TOUS les services du département. Tous. Soit un gaspillage de temps, d'énergie et d'argent. Je me suis donc exécuté, ce qui m'a tout de même pris l'après-midi... C'est assez kafkaïen, comme système. Remarque, il y a au moins une bonne nouvelle: on m'a convié à refaire une conférence sur Steinbeck en Octobre. Le 17 ou le 24. J'essaierai d'adopter un plan différent cette fois-ci. Tout except le train-train.
4 avril 2008

J-3

Putain, c'que j'ai pas envie d'y aller... J'arrive pas à me projeter dans le truc, c'est un mauvais cap que cette semaine de concours qui s'annonce. Plus ça va et plus je me demande si ça vaut vraiment le coup de se battre. Je ne me souviens plus dans quelle dynamique j'étais l'années dernière, mais là c'est vraiment dur dur dur. Je repense à Vendredi, pour m'encourager. Une après midi à piocher des bouquins, un retour à la maison avec un crochet à Valras, un peu à la manière de Simon, du travail pasionnant en perspective. Mais d'ici là, ces foutues épreuves de l'agreg. Fait chier. J'ai peur de pas arriver à trouver le sommeil. Peur de sécher devant un sujet de dissert de merde, ce qui ne manquera pas de tomber. Peur d'oublier un tas de trucs dans les grammaires. Peur de cette version de latin à laquelle je vais comme un boeuf à l'abattoir. Peur de prendre un gros coup au moral, en fait, et de décevoir certaines personnes. Donc prendre du repos, et se faire plaisir maintenant, parce passé demain soir ce sera trop tard. Je viens de réaliser que je n'avais pas pensé aux céréales et autres merdes vitaminées qu'il faut prévoir pour les épreuves. Demain. Ce matin, retour à l'académie Bach, continué mon Mozart sur un kawai. Près d'une heure à me faire à ce piano de merde, horrible. Ca reste toujours mieux que le clavier...Enfin, ça fait du bien de se replonger dans le piano. ce sera un investissement, clair et net, l'un des premiers de ma vie de grand. used_steinway_and_sons_grand_piano_ebony_black_finish C'est fou comme tous les soucis se dérouillent dès que je me consacre à la musique. Une grande fenêtre ouverte qui vient souffler les toiles d'araignées qui encombrent la tête. Heureusement.
22 octobre 2011

De indecisionis

Oui, de l'indécision. L'indécision, c'est de ne pas savoir choisir, c'est être suspendu entre la page que l'on vient de lire, pleine de belles images, de musicalités, que l'on regrette de quitter tant on a pris le temps de se l'approprier tout en sachant qu'elle ne prendra son sens qu'une fois qu'elle aura été reliée à celle qui arrive; et la nouvelle page que l'on redoute car elle est peut-être décevante, parce qu'elle risque de rompre une plénitude réconnfortante, un univers que l'on connaît.
C'est avoir la page suspendue, un morceau de passé vers lequel on aimerait retourner par confort, par dépit, par peur peut-être; et une page blanche pleine de virtualités, d'avenir. Ne pas savoir dire, in-dicere, car dire c'est affirmer, c'est se positionner.
Ce défaut, je m'en aperçois de plus en plus parce que la vie me remet toujours le nez dessus pour que je m'en débarasse, est l'un de mes pires. Il a des origines multiples: la peur de faire du mal aux gens que j'aime ("ah, tu veux du thé ? Bon, tant pis pour le café que je t'avais fait couler. Ah, tu le prends quand même, t'es trop chou") ; la virtualité de ce que l'on rate en choisissant une chose plutôt qu'une autre ("il est pas mal, ce café, mais le thé a l'air excellent, bien meilleur que ce café"); l'envie d'avoir le beurre et l'argent du beurre...
Il reste que cela est difficile au quotidien, et que la plupart des choses qui me font souffrir tirent leur origine dans des choses de ce genre.

coeur d'artichautIl a aussi fallu choisir, par moments, entre deux personnes. Comme me le disait une amie, cela est probablement karmique, même si la notion de destin, de personne de la vie, me laisse de plus en plus indifférent. Choisir entre une personne pleine de qualités, et une autre personne pleine de qualités aussi, mais pas les mêmes, pour résumer. L'appel de la nouveauté, la sensation de se dire que l'appel ne vient jamais de nulle part et que s'il est venu ce n'est pas pour rien (ce qui, soit dit entre nous, est un argument débile, les gens qui nous disent avec l'air assuré que "si tu as ressenti quelque chose pour quelqu'un d'autre, c'est que c'est mort avec ta/ton partenaire actuel", plus j'y pense et plus ça me paraît être de la connerie), mai la peur du feu de paille, la peur de se retrouver embringué dans une histoire qui nous dépasse tant elle aura engendré de souffrances, le risque de voir la situation se reproduire six mois plus tard avec une nouvelle nénette... Le complexe du coeur d'artichaut ? Ou de celui qui ne sait pas vraiment ce qu'il attend de ses relations, et donc de lui-même, puisqu'une relation n'est que le reflet de nos propres complexes, cf cet excellent article d'un jeune homme plein de qualités lui aussi.
Cela est plus embêtant que le choix du café ou du thé, me direz-vous..

 

imagesChoisir entre une vie et une autre, aussi, la vie de province avec toutes ses qualités, et Dieu sait qu'il y en a; et la vie parisienne qui se profile, encore de loin, certes, mais dont les lumières se laissent distinguer. Hier soir, en réunion parents-profs, j'ai eu cette sensation, en traversant le couloir et en m'arrêtant quasi-tous les trois mètres pour discuter avec tel ou tel parent dont j'avais eu le gamin par le passé, d'être à ma place, d'être apprécié, ou non, mais reconnu. J'avais plaisir à parler avec ces gens, à plaisanter avec eux, à les faire rire, à prendre de leurs nouvelles alors que je n'avais dû les croiser qu'une dizaine de minutes par le passé. La sensation d'être pleinement inséré dans un réseau social, moi le misanthrope qui suis arrivé dans ce collège en le vomissant. Dans ces moments-là je réalise être heureux, sur vraiment pas mal de plans, et cette sensation ça fait bien longtemps que je ne l'avais ressentie. Mais je ne veux pas que ce bonheur soit "le petit lambeau de bonheur" de Créon, cette "vie qu'il faut aimer coûte que coûte. Et cette petite chance pour tous les jours, si on n'a pas été trop exigeant". Je refuse aussi d' "être modeste, et me contenter d'un petit morceau si j'ai été bien sage". J'aimerais "irradier" en toutes circonstances, et non seulement si j'ai mon petit cadre quotidien. J'aimerais avoir la force d'être heureux partout, d'irradier partout, et non la perspective de me dire que je me contente de mon petit lambeau de bonheur, comme ces collègues qui se contentent de leur petit train-train immuable et médiocre. Mais ne pas partir uniquement pour me prouver des choses si j'ai la certitude d'avoir cette capacité, capacité que j'ai déjà éprouvée.
En ce moment se profile doucement cette perspective d'un choix radical. Partir ou rester. Partir, mais pour de bonnes raisons, et rester, mais pour de bonnes raisons aussi. Naturellement, il m'est plus facile de cerner les mauvaises raisons pour en déduire les bonnes.

8 mars 2011

Des ronds et des carrés

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Sans doute est-ce ce qu'il y a de plus frustrant dans les rapports humains, ce fait que l'on ne peut forcer des carrés à rentrer dans des ronds. Comme ces jeux pour gosses dans lesquels le bambin s'échine à faire entrer une pièce rectangulaire dans une base ronde, ou inversement, jusqu'à ce qu'un adulte tragiquement bien intentionné lui donne la bonne pièce avec un regard attendri et compatissant. Il serait d'ailleurs intéressant à cet égard de faire une métaphysique des jouets pour bébés, on y trouverait à mon avis bien plus qu'un simple effet de mode ou de gros sous. Idée à retenir.
Soit, revenons à nos moutons. Il nous arrive souvent de se dire, ou de dire, que tel ou tel est con, ne comprend rien, va droit dans le mur... Au mieux, cela nous fait rire ou nous agace; au pire nous en sommes une victime, et l'agacement se mue en souffrance et en colère. Mais dans la mesure, postulat inaliénable, où la seule chose que nous sommes en mesure de changer, c'est nous-même et notre regard sur la chose, pourquoi se mettre dans des états pareils ? Nous savons que nous devons changer et nous adapter, nous le voulons bien mais nous ne nous y plions pas. L'étymologie est magnifique: ex-plicare, c'est déplier. Nous déplions le comportement de l'autre, nous déplions nos propres réactions, mais nous ne nous plions pas à ce que cela entraîne. Autrement dit, nous sortons de nous-même sans pouvoir y rentrer.
Tout cela est profond et met en jeu des pressions qui débordent largement le domaine du logos. Vouloir que l'autre fasse ce que l'on aimerait, c'est partir du principe que nous pensons le bien à la fois pour lui et pour nous; c'est aussi lui attribuer une capacité de changement qu'il n'a pas nécessairement, ou qu'il ne souhaite pas solliciter. Autrement dit, je n'aime plus l'autre pour ce qu'il est, mais pour ce que j'aimerais qu'il devienne, pour ce que je pense être bon pour lui. Aimer pourrait revenir à vouloir faire entrer un rond dans un carré, et s'apercevoir que l'autre ne veut/peut pas entrer dans le moule qu'on lui a concocté provoque, de manière très puérile finalement, la colère du bébé qui ne comprend pas pourquoi le truc ne rentre pas dans le machin. Passée la colère viennent les arguments: pourquoi ne comprend-il pas, par a+b, qu'il va droit dans un mur, qu'il est malheureux, que le choix qu'il fait ne peut pas être le bon...pour en venir à l'acceptation, puis au deuil et au fait de se tourner vers autre chose.

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Cela dans le meilleur des cas. Nous avons tous connu des gens autour de nous qui buggent, comme disent les élèves, qui se plaignent toujours du même truc, qui clament haut et fort le fait que le problème est insoluble et qu'ils en sont la victime, et ce parfois depuis des années. Sur le forum que je modère se trouvent plusieurs personnes comme ça: il ne se passe pas un pour sans qu'elles viennent chouiner sur le comportement de leur chef ou sur leur prétendue incapacité à "remonter la pente"... en bref, c'est toujours le bébé qui parle et qui ne comprend pas que le truc ne collera pas avec le machin, ce qui donne des personnes qui attendent que l'extérieur se plie à leur volonté. L'extérieur, quelque soit la forme sous laquelle il se manifeste (travail, amis, amour... c'est du pareil au même, on n'a que ce qu'on mérite), ne se changera pas, c'est à nous de devenir roseau au lieu de se borner à être un chêne, et notre regard sur les choses changeant, changent les choses, et ce toujours selon la bonne configuration, ou du moins selon celle que nous avons cherchée.
Cela prend du temps et de l'énergie, mais vaut la peine d'être vécu.

21 août 2010

Extase

Virginia_Woolf " Milicent Bruton, dont les déjeuners avaient la réputation d'être extraordinairement amusants, ne l'avait pas invitée. Aucune jalousie vulgaire ne pouvait la séparer de Richard. Mais elle craignait le temps lui-même, et lisait sur le visage de Lady Bruton, comme sur un cadran solaire taillé dans la pierre indifférente, l'amenuisement de la vie; le fait qu'année après année, sa propre part s'amoindrissait; que la marge qui restait n'était plus capable , comme dans les années de jeunesse, de s'étirer, d'absorber les couleurs, les sels, les tons de l'existence, de sorte que lorsqu'elle entrait dans une pièce, elle la remplissait, et que souvent lorsqu'elle se tenait hésitante un instant sur le seuil de son salon, elle ressentait un délicieux suspens tel que celui qui pourrait retenir un plongeur avant l'élan cependant que la mer s'assombrit et s'illumine au-dessous de lui, et que les vagues qui menacent de le briser, mais ne font que fendre en douceur leur surface, roulent, dissimulent et enveloppent, en se contentant de les retourner, les algues qu'elles teintent de couleur perle.
Elle posa le bloc-notes sur la table du hall d'entrée. Elle se mit à gravir lentement l'escalier, la main sur la rampe, comme si elle venait de quitter une soirée où telle ou tel ami puis tel autre lui avait renvoyé sans écho l'offre de son visage, de sa voix, qu'elle avait refermé la porte et qu'elle était sortie pour se retrouver seule, devant la nuit redoutable, ou plutôt, pour être exacte, devant la lumière indifférente de ce prosaïque matin de juin; adoucie pour certains par la douce lumière des pétales de rose, elle le sentait, elle le savait, tandis qu'elle s'arrêtait un instant près de la fenêtre ouverte de l'escalier qui laissait pénétrer le bruit des stores qui claquaient, des chiens qui aboyaient; qui laissait, se disait-elle, se sentant soudain fanée, vieillie, la poitrine creuse, pénétrer la journée qui s'émiettait, qui s'éventait, qui fleurissait, dehors, par la fenêtre, s'échappant de son corps et de sa cervelle qui lui faisaient soudain défaut, puisque Lady Bruton, dont les déjeuners avaient la réputation d'être extraordinairement amusants, ne l'avait pas invitée. "

Virginia WOOLF, Mrs Dalloway, 1925

20 juin 2010

Jonathan Littell, Les bienveillantes

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Ca y est, j'ai fini ce matin ce livre que j'étais certain de ne pas terminer la semaine dernière en le commençant: Les Bienveillantes, de Jonathan Littell. Et je me sens tout intimidé à l'idée d'en parler maintenant, tant cette oeuvre est colossale.
Allemand. C'est le premier qualificatif qui me vient à l'esprit quand j'évoque ce livre. Un roman allemand du vingtième siècle, dans la lignée de Mann, de Junger, de Döblin... Une écriture rigoureuse, carrée, précise, parfois mathématique (comme ces trois pages de calcul destinées à évaluer la fréquence moyenne de morts en fonction du temps: "ceci nous donne en moyenne un mort allemand toutes les 40,8 secondes, un mort juif toutes les 24 secondes, et un mort bolchévique (en comptant les Juifs soviétiques) toutes les 6,12 secondes, soit sur l'ensemble un mort en moyenne toutes les 4,6 secondes") et même franchement rebutante par endroits. Un livre long: 1400 pages dans l'édition Folio, c'est impressionnant, une oeuvre dans laquelle on a aussi du mal à entrer. J'avoue n'avoir été vraiment pris qu'à partir de deux ou trois cent pages.

La trame du roman est le récit, à la première personne, de la seconde guerre mondiale, vue à travers les yeux du SS-Obersturmbannführer Maximilien Aue, officier qui parcourt différents fronts (le Caucase, Stalingrad, notamment, où il recevra de la part d'un sniper une balle dans la tête, "troisième oeil pinéal" qui le laissera indemne tout en provoquant son retour à Berlin). Une guerre atroce, vue de l'intérieur, dans tous les sens du terme, le narrateur faisant presque autant part de ses fantasmes personnels que des faits historiques. "Un personnage sans concession", m'a dit une amie en parlant de ce livre. Je ne l'aurais pas formulé ainsi, mais il y a de ça. Max Aue nous fait tout vivre, même et surtout l'inavouable tout en gardant une rigueur d'écriture, une densité syntaxique telle qu'il ne verse jamais dans le scabreux facile ou la provocation. L'amour incestueux pour sa soeur jumelle, par exemple, Una (dont le nom n'est pas sans rappeler, évidemment, le colloque entre Monos et Una, de Poe), fait l'objet de pages magnifiques (le chapitre "Air", notamment), le meurtre sanglant de sa mère et de son beau-père (dont on ne sait jamais vraiment si le héros est ou non le meurtrier, ce qui donne le titre de l'oeuvre, en rapport aux deux policiers rogues et français (sic) qui poursuivent, Euménides modernes, Max Aue sur tous les fronts) ou le profond dégoût que lui inspire cette boucherie du front de Stalingrad.
Comme toutes les grandes oeuvres, il est difficile de résumer en peu de mots son idée directrice, il faudrait en parler une cinquantaine de pages avant de dégager quelque chose de cohérent. Par conséquent, il est plus facile de dire ce que ce roman n'est pas, et que je craignais qu'il soit en le commençant:
- une apologie du nazisme. Il n'est pas question de verser dans un discours qui justifierait ou excuserait les atrocités de la seconde guerre mondiale.
- une boucherie gratuite, pour choquer ou faire vendre. Certaines scènes sont difficilement lisibles, mais toujours restituées avec cette écriture sèche et claire.
- un roman historique: précis, il l'est; exact, il l'est très probablement même si je n'ai pas les connaissances pour en juger. Mais cette précision (cette érudition, même, je pense aux longs dialogues entre Max et le linguiste Völl au sujet de l'ascendance juive des peuples du Caucase) reste au service de pensées du narrrateur, est utile et ne vient pas emporter le lecteur loin du personnage. L'auteur sait très bien ce qu'il fait et où il veut en venir, toujours.

Ce qui frappe, également, ce sont les références à la musique et à la littérature. La structure du roman, même, est représentative: il n'est pas divisé en chapitres ou en parties, mais en titres musicaux (toccata, Allemandes I et II, Courante, Sarabande, Menuet (en rondeaux), Air et Gigue), ce qui évoque moins les "danses du XVIIème siècle", comme le suggère la notice Wikipédia, qu'une suite de Bach (erreur grossière d'interprétation, pour un article relativement clair, d'ailleurs). Bach, qui est le compositeur préféré du narrateur et qui est très régulièrement cité, de Yatov, le jeune juif qui joue du Bach pour les officiers allemands sur le front  du Caucase jusqu'au vieillard qui joue à l'orgue, dans une petite chapelle isolée l'Art de la Fugue (l'une des dernières oeuvres du maître de Leipzig) dans les faubourgs de Berlin ("ils peuvent tout détruire, me dit-il tranquillement, mais pas ça. C'est impossible, ça restera toujours: ça continuera même quand je m'arrêterai de jouer). Les références aux écrivains, critiques, essayistes, artistes...est impressionnante: Eschyle, Sophocle, Shakespeare, Poe, Homère, Schoenberg, Blanchot, Fürthwangler, karajan, Rank, Rebatet, Brasillach, Céline... mais toujours pertinente, formant un tissu textuel extrêmement dense, à l'image des immenses machines Leavers dont Aue est responsable après la guerre (bien vu: le roman s'ouvre sur l'évocation de l'usine de dentelle dont le héros devient le patron: magnifique image du tissage, de ce nouveau linceul de Pénélope).

Bref. Un superbe roman, qui n'a pas volé le prix Goncourt, pour une fois.

12 juillet 2009

Celui-là, je le terminerai peut-être. C'est bien

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Celui-là, je le terminerai peut-être. C'est bien parti, en tout cas, je dois en être aux deux tiers, et il m'intrigue tellement que je le finirai probablement, moins pour savoir ce que devient cette pauvre Tess que pour savoir où l'auteur veut en venir.
Parce qu'il est vraiment étrange, ce roman. J'ai du mal à le cerner, peut-être est-ce dû au fait que je ne le lis pas en anglais et que sa traduction tend à lui conférer un côté éthéré qui est absent dans le ton de l'auteur. Mais je n'avais pas le courage d'entamer en VO un livre aussi gros.
Donc Tess d'Urberville. La quatrième de couverture, que tout le monde lit, mais dont le principe m'a toujours paru être une absurdité, indique: "Jeune paysanne innocente placée dans une famille, Tess est séduite puis abandonnée par Alec d'Urberville, un de ses jeunes maîtres. L'enfant qu'elle met au monde meurt en naissant.
Dans la puritaine société anglaise de la fin du XIXe siècle, c'est là une faute irrémissible, que la jeune fille aura le tort de ne pas vouloir dissimuler. Dès lors, son destin est une descente aux enfers de la honte et de la déchéance."

Donc je m'attendais à une variation sur le thème de La Lettre écarlate. Ben pas du tout, à vrai dire ce bouquin a davantage tendance à me rappeler L'Assommoir, avec un je-ne-sais-quoi de Whitman ou de Thoreau (prononcez Sôwô, et non pas Tôrô, comme le fait un critique chevelu, tic de langage qui en dit long, par ailleurs sur sa bovinité...Enfin bref). Ce qui est indiscutable, c'est qu'il s'agit avant tout d'un roman victorien. Un vrai de vrai. Bien long, avec une narration qui embrasse une période de plusieurs années, narration on ne peut plus irrégulère par ailleurs: il est fréquent que l'auteur procède à des ellipses assez longues, ce qui est d'autant plus frappant que l'action est quand même globalement lente. Quoi qu'il en soit, on saisit vite que l'intérêt du roman n'est pas tellement de dresser le portrait de la vie paysanne du Wessex, mais de faire un hymne à la nature et à la féminité. C'est cette féminité qui transpire dans ce roman, qui le rend, paradoxalement, assez proche d'un Steinbeck ou d'un Whitman que de Zola ou Fontane, dont on a tort, à mon avis, de vouloir les rassembler dans le programme de littérature comparée d'agreg.
Car c'est ainsi que j'en suis venu là: en lisant ce foutu programme d'agrégation: "Destinées féminines dans le contexte du Naturalisme européen."  Programme magnifique s'il en est, mais qui présente comme des dissonnances: des trois romans, le seul qui paraisse vraiment naturaliste, au plein sens du terme, c'est Nana. Cela implique une subordination implicite qui entraîne des petits raccords regrettables. Je ne pense pas qu'Effi Briest mérite la qualification de roman naturaliste (on est bien plus proche avec Fontane de Zweig, de Mann ou d'Hofmannsthal que de Zola, dans une époque un peu éculée de prestige terni), encore moins Tess, qui se pose très clairement comme un roman victorien, même teinté du profond mysticisme panthéiste que je vien vaguement d'évoquer. Tout au plus peut-on retrouver dans ces trois oeuvres le projet cher à Barthes ou Auerbach, mais il me paraît abusif de les faire rentrer dans la case "naturaliste". Personnellement, je me serais contenté d'un "du dix-neuvième siècle".

Mais enfin. Il reste que Tess est un très beau roman, bien que particulièrement étrange, et comme toute belle oeuvre doit se clore par une boucle, je peux déclarer que je lui jetterai un honneur insigne: je le terminerai.

5 juin 2008

" REFUSE "

J'ai été recalé à l'agrégation de lettres: même pas admissible. Donc universitairement, une année de foutue. Des heures et des heures de travail, des soirées à bosser d'arrache-pied, une mauvaise humeur quasi-permanente, des innombrables allers-retours Perpignan-Toulouse, une somme astronomique entre les bouquins et les inscriptions diverses et variées... Tout cela pour rien, ou plutôt des notes minables. Une branlée. Alors je ne sais trop quoi penser. Certaines notes ne sont pas étonnantes, mais d'autres me surprennent davantage. Je n'ai pas envie, pour le moment, de repasser ce foutu concours. Je suis un peu écoeuré par cette gifle. Mais en même temps, il faudra tôt ou tard s'y recoller. On verra. Je suis allé passer une heure seul au bord de la mer, à port-Vendres. J'avais besoin de voir la mer, d'entendre et de sentir la mer, et j'aime cet endroit. Ca sent le poisson plus ou moins frais, le moteur chaud, les cordages, la mer... un port qui vit. Au moins, le rythme de la mer est imperturbable, et me reconnecte sur le vrai mode des choses. J'ai peur du contrecoup, en fait. Vivement que ce remplacement se termine, que je puisse me reposer. En tout cas, cette année a été humainement très riche. J'ai rencontré plein de gens géniaux, j'ai ouvert mon horizon, publié mon premier bouquin, le second ne devrait plus tarder...les choses ne sont pas entièrement négatives. SP_A0053
13 décembre 2012

Bol d'air

IMAG0604Nous passons notre vie de boite en boite. Du cocon intra-utérin au berceau, du berceau à la salle de classe en passant par le parc, de la salle de cours aux bancs de l'université jusqu'au monde du travail dans telle ou telle boite. Boite de jour, boite de nuit, boite à gants, boîte de conserve... En fait, et cela n'est probablement qu'une obsession personnelle, nous cherchons toute notre vie un endroit où se blottir. Nostalgie du ventre maternel ? Désir de tombe ? Réminiscence de nos instincts guerriers et protecteurs ? Sans doute un peu tout à la fois. Mais on retombe, je crois, dans ce paradigme de stabilité, qui nous pousse aussi à regarder d'un oeil mi-accusateur, mi-envieux; et sans doute accusateur car envieux ceux qui ont eu le courage d'éclater leur boite, pour de bonnes ou de mauvaises raisons. On connaît tous une ou plusieurs personnes qui ont un jour tout fait péter et se sont barré, simplement. Faire le tour du monde, avec le strict minimum. Une carte bleue aléatoire, quelques numéros sûrs, et voilà. L'idée me traverse de temps en temps, bien que je me sente dénué de cet extrême courage (ou de cette lâcheté extrême, c'est selon).

Mais de fil en aiguille, je me suis complètement égaré dans ce que je voulais raconter. Un soir de la semaine passée, je me suis assis à mon bureau pour m'apercevoir qu'il était, lui aussi, devenu une boite de travail, une extension sur mesure de mon corps assis et rien d'autre, et qu'avec tout le bordel qu'il y avait autour, j'étouffais. Trop d'affaires, de papier, de livres, de sacs, de dossiers, de tiroirs... Hormis les quelques centimètres carrés pour écrire, je ne pouvais pas bouger, ou j'avais l'impression d'être coincé à mon bureau comme le personnage de 2001 Odyssée de l'Espace qui se cale pour discuter avec son ordinateur. Les livres, en particulier, m'agaçaient. Ils m'empêchaient de lire, écrasé que j'étais par le poids superflu qui pesait sur mes frêles épaules. Je jetai un coup d'oeil sur ces bouquins que je ne lirais probablement plus jamais, ou à de rares occasions, et qui m'empêchaient de trouver ma place parmi eux, tel le poids d'une ascendance trop prestigieuse empêche le petit dernier de faire ses premiers pas dans la vie. Sous le regard médusé de ma compagne, qui me conseilla avec le bon sens de la ménagère de régler l'intérieur avant de toucher l'extérieur, j'ai pris deux gros sacs et exit, mes précieux livres. J'ai décidé de ne garder que le minimum vital, les livres dont j'avais besoin pour vivre. Les autres sont là, ils dorment désormais dans ces sacs, je connais leur présence, leur poids, leur volume, je sais ce qu'il y a ce qu'il manque, j'irai piocher éventuellement les choses dont j'ai besoin. Restent les livres blancs, dont j'ai besoin pour le boulot, le bac, ces trucs là. L'utilitaire: Candide, Don Juan et tous ces trucs qui ressortent, bien au chaud, chaque année au bac. Et surtout les livres d'une vie. Ca en fait, tout de même, quelques-uns. Borges, Cervantes, Nabokov, Montaigne, Shakespeare, Bernanos, Gide, Flaubert, Stendhal, Proust, Homère, Virgile, Gracq... Des happy fews dont je sais qu'ouvrir n'importe quelle page me donnera une désespérante leçon. Mais ce seront des cours déculpabilisants qui parleront à mon âme d'écrivaillon amateur, et pas des sentences lourdes de ceux qui ne se sont pas trompés. 
Je ne sais pas, depuis, si j'ai eu tort ou raison, mon bureau est un peu plus vide, je peux y travailler plus librement. Sans doute avais-je besoin de cet écrémage pour devenir, pour continuer une sorte de maturation lente et bouillonnante à la fois. Le chemin et encore très long, mais j'ai envie de m'en fixer des points, doucement, petit à petit. Jules deviendra-t-il écrivain ?

21 février 2012

Vider la corbeille ?

Sans entrer dans les poncifs sur les vilaines ondes ou la société de consommation, il faut avouer que ces nouveaux téléphones, c'est le bien. Je me rappelle de mon premier téléphone, c'était un Sony Ericsson, avec une petite antenne, un écran LCD ridicule et la molette sur le côté pour faire défiler les différents curseurs. Je ne l'ai pas retrouvé sur le net, mais il ressemblait approximativement à ça:

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J'ai dû le garder trois ou quatre ans avant de le casser accidentellement, une durée de vie que nos téléphones n'atteignent quasiment plus, désormais.
Maintenant, j'ai toujours un Sony Ericsson, une machine de guerre que j'ai mis plusieurs mois à apprivoiser. Et il faut avouer, c'est magique: il me sert de boite mail, d'appareil photo, de clé USB et accessoirement de téléphone. En clair, c'est un ordinateur, qui a remplacé le carnet moleskine des anciens temps. Pourquoi sortir mon appareil photo ? Mon portable fait des clichés/films de meilleure qualité. Et au lieu de noter des souvenirs, je photographie et je retiens, j'envoie parfois un MMS au lieu d'une carte postale. Un truc marrant ? Emouvant ? Un renseignement ? Le portrait d'un/e ami/e ? Hop, tout est intégré avec tant de facilité que l'on oublie tout ce que l'on peut stocker. J'ai été surpris de voir ce matin pas moins de 643 photos sur la carte de mon téléphone. Calculons un peu: j'ai récupéré ce téléphone le 22 novembre 2010, on est le 22 février 2012, à peu de choses près, soit 15 mois, soit environ 450 jours. Soit 1,4 photos par jour depuis que j'ai cet appareil. En clair, j'avais sous les yeux le journal de près d'un an et demi de ma vie, sous différentes formes, avec plein de sujets différents. Quelques perles:
 - la bouteille de Limoncello que j'ai vidée un soir de Novembre au téléphone avec quelqu'un de (déjà) très spécial
 - l'imitation de Michel Onfray par John
 - ma copine Sophie qui met un doigt au mannequin homme des Galeries Lafayette de Paris
 - la SV 650 que j'ai essayée un soir de Novembre
 - les moultes photos de mon filleul et ma filleule, au fur et à mesure qu'ils grandissent, les bougres
 - Jules triomphant dans le taudis que j'étais en train de visiter
 ...
Et ce matin, j'ai choisi de sauvegarder tout ça sur une clé, et de tout effacer pour reprendre les choses à zéro. Pour libérer de la place sur mon téléphone, qui commençait à ramer sévère; pour ne plus risquer qu'un accident quelconque me fasse perdre tous ces dossiers, et dieu sait qu'il y en a. Aussi parce que j'ai envie d'avancer, de commencer plein de choses sans pour autant en abandonner certaines. J'ai une tendance au culte des souvenirs qui parfois me gêne un peu. C'est ainsi que mon appartement est truffé de souvenirs et de photos en tous genres. Comme un besoin de garder auprès de moi ces moments, ces gens qui me sont chers. Ils m'entourent et me rassurent. Je jette parfois, quand je veux oublier ou quand les souvenirs ne m'intègrent plus, sont reconnus comme étrangers à ce que je suis devenu. Ce serait une bonne idée de blog, ça: les objets que l'on aime. Il y a celui de ce photographe qui demande à ses modèles de rassembler les objets qui lui sont chers sur un cadre. Je ne le retrouve pas, hélas.
Enfin. En un clic, stocker, matériellement, quinze mois de souvenirs, ça fait bizarre, mais ça fait du bien en même temps. Comme pour rappeler qu'aujourd'hui est le premier jour du reste de ma vie.
Et ça c'est cool. So I clicked

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4 mai 2011

Si va piano, va sano

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A la base, j'avais prévu d'acheter un appartement, de me trouver un petit nid à rentabiliser. Mettre de côté, comme on dit. Mais au final, les visites et les mois passant, j'ai laissé tomber l'affaire et quitte à faire un acte symbolique, au lieu de lancer un trait ailleurs je me suis ancré encore plus ici en louant un piano. L'utile échangé contre l'agréable, pourrait-on dire. Ca faisait un moment que l'idée me trottait dans la tête, et comme d'habitude il me manquait le coup de pouce du domino, la première impulsion qui allait lancer la machine. C’est au magasin que je me suis lancé et que j’ai dit à mon Maître que j’aimerais, enfin, louer un de ses instruments parce que j’en avais marre de mon Clavinova. Avec un sourire il m’a fait entrer dans sa caverne. « Je vous laisse les regarder », m’a t-il dit avec un sourire avant de disparaître avec sa discrétion habituelle. Ce type est un fantôme, ce qui justifierait certainement cette curieuse synesthésie. Les regarder, ben voyons.

La salle d’exposition du magasin tient à la fois de l’atelier, de la salle d’essai, de travail… Imaginez une grande pièce assez sombre, mal éclairée par quelques mauvais néons, un peu cradouille, monstrueusement poussiéreuse, avec une trentaine de pianos droits qui attendent là qu’un musicien veuille bien les emporter. Je dois l’avouer : j’étais un peu gêné, presque honteux à cause de ce silence et de la lourdeur de l’ambiance. Puis après avoir fait une fois ou deux le tour de la pièce comme pour instinctivement prendre possession, je pris mon courage et mes deux partitions (la Seconde Invention, l’adagio du Concerto Italien), m’installai sur le premier piano et commençai à jouer après quelques gammes. Tous je les essayai, même ceux qui étaient bien trop chers pour mon budget ou trop gros pour mon appartement. Pour une fois que j’avais un bon choix d’instruments à ma disposition, il s’agissait d’en profiter. Ce n’est pas une chose simple que d’essayer un instrument. Il faut se mettre à sa portée, sentir la manière dont il réagit, ses sonorités, ce qu’il peut ou non nous donner. C’est une démarche d’humilité, finalement, que de repenser aux doigts qui ont efleuré ces touches avant nous, aux centaines d’heures de travail qui ont jalonné le clavier, aux obscures raisons qui ont finalement amené ce piano ici. Un héritage encombrant ? Un déménagement trop complexe ? Un dégoût de la musique ? Ou au contraire le désir de passer sur un instrument plus conséquent ? Autant de renseignements que nous ne saurons jamais vraiment, mais qui constituent une armature conditionnant l’accueil qu’il nous fait. Et à chaque fois, il s’agit de l’écouter autant que de se jouer de lui.
Par chance, je savais à peu près bien ce que je voulais. J’ai donc exclu d’office ceux dont la sonorité me déplaisait. Pour jouer mon répertoire, j’en voulais un qui ait une sonorité cristalline, qui soit assez nerveux avec une réponse directe, facile à doser, et non une caisse de résonance qui aurait donné un caractère sombre à n’importe quel morceau. Je sortais aussi de mon panel ceux dont le prix et le gabarit étaient rédhibitoires. Adieu Pleyel, Gaveau, Bechstein… Il en restait cinq, et tous les cinq je les ai essayés, re-essayés, avant de me fixer sur deux.

Une pause et une heure de jeu après, j’avais fait mon choix. Un petit piano droit, d’une marque inconnue, d’une trentaine d’années, avec une attaque et une réponse qui me correspondaient, à un pris de location raisonnable. Je retournai donc chercher mon Eaque pour lui signifier mon choix. La machine était lancée.
Un mois après, les déménageurs le déposaient dans mon salon. Il faut dire qu’il fait un peu tache, lui marron dans un mobilier essentiellement noir et blanc, mais cela m’importe peu. Il est bien éclairé, dans une pièce assez grande, je peux jouer la fenêtre ouverte les après-midis, les voisins ne sont pas trop incommodés par son bruit, et il y a une sourdine pour les exercices d’insomnie. Bien sûr, il m’aura fallu quelques heures pour que l’on s’apprivoise, et même maintenant je continue à faire quelques ratés au niveau de l’appui des notes, ratés qu’il ne me pardonne pas. Certes, il y a ce si qui sonne mal, et le mi et le fa qui ne reviennent pas une fois sur trois. Mais maintenant, quand je joue, j’ai l’impression de faire corps avec mon instrument, d’en jouer, même à un niveau aussi modeste que le mien ; et non plus de taper sur des touches qui me renvoient un son comme c’était le cas avec mon premier clavier. C’est une question d’ensemble, de cohérence.

Et il me faut encore un petit moment pour lui faire donner toute sa mesure, pour commencer à jouer, à appuyer vraiment sur les touches, à chanter avec lui.

Et ça, tout comme voir mes potes qui jouent avec quand ils viennent, à la fois amusés ou intimidés (il faudrait d’ailleurs dresser un portrait de l’ami en pianiste), ça n’a pas de prix.

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