A toutes choses, malheur est bon
bye bye Paris
bientot fin Janvier !
"On enseigne la littérature française comme si c'était une langue morte."
Pour le coup, je dirais que c'est la réflexion la plus pertinente de l'année.
Elle sort de la bouche d'un IPR d'éco de l'académie de Paris, qui a fait mercredi une petite intervention sur le thème de la réforme du lycée. Autant dire qu'il arrivait en terrain hostile ! Un type très bien d'ailleurs, spécialisé dans l'orientation et webmaster de ce site: http:///conseilsdeclasse.letudiant.fr
Bref. C'est en évoquant l'enseignement des lettres et les sérieux remaniements que la réforme allait y amener qu'il a dit cette phrase qui, malgré la part de provocation qu'elle contient, est assez représentative de l'attitude de nos chères têtes blondes par rapport aux textes qu'on leur fait étudier.
Durant les rares cours de latin que j'ai suivis, les profs faisaient systématiquement une recontextualisation historique du texte que l'on s'apprêtait à traduire, parce que dans mon ignorance, et il faut bien parler d'ignorance crasse à ce sujet, hein, les distinctions entre les différentes périodes de l'histoire romaine me sont complètement étrangères. Alors certes, c'est relativement inacceptable de la part d'un futur prof de lettres que de mettre dans un même panier Virgile, Cicéron, César, Horace et Plaute, comme étant des auteurs latins, point barre. Pour un latiniste, cela est aussi aberrant que d'aborder Montaigne et Vian comme s'ils étaient contemporains. A la différence près que le latin est une langue morte, figée, considérée comme à travers les vitres d'un musée.
Et force est de constater que pour mes élèves, c'est un peu la même chose. Les différences de période, de siècle, de mouvement...les laissent à peu près indifférents: tous les auteurs sont considérés en synchronie, sans prendre en compte l'épaisseur de la poussière qui les recouvre. Il n'est pas choquant, pour eux, de situer Diderot à la Renaissance ou Montaigne en pleine querelle des anciens et des modernes. Et je me suis aperçu aussi que je ne tenais pas assez compte de ce manque de perspective. Je ne vais pas parler de bêtise ou d'ignorance, sobriquets dont on affuble si facilement les élèves maintenant, mais l'explication vient surtout, et je me plante peut-être, de la perte de matérialité des choses. Tout devenant virtuel, l'histoire, et par conséquent l'Histoire, n'ont plus aucune épaisseur: les événements d'hier n'ont plus d'incidence sur les événements d'aujourd'hui, comme si les pages se rafraîchissaient d'elles-même au fur et à mesure que l'on saute les générations.
D'ailleurs, ce passage de la diachronie à la synchronie ne fait que se confirmer lorsqu'on aperçoit un peu ce qui se profile à l'horizon concernant l'enseignement du français. Il faut encore bien distinguer les chimères de ce qui sera effectivement, mais il y a fort à parier que notre travail sera bien plus technique, dans le mauvais sens du terme, que littéraire: synthèses, résumés, études d'articles de presse...Bref, quelque chose me dit que nous deviendrons plus des profs de culture générale que des profs de français. "Et cela est-il aberrant ? ", disait l'intervenant. Non, certes, cela n'est pas aberrant, si l'on considère que le français doit devenir, comme tant d'autres matières, utilitariste. Mais je doute que les futurs étudiants passés au crible d'un tel formatage soient plus tard en mesure de lire un conte de Perrault à leur gosse pour les endormir, ou aient le réflexe de prendre leur Montaigne pour y puiser cette morale du bon sens.
Il faudra voir comment les choses évoluent. Je pense qu'il est idiot de se braquer immédiatement pour des choses qui ne sont pas encore certaines, mais il y a également des terrains sur lesquels il ne doit pas être question de négocier. La culture en fait partie, pour qu'il n' y ait plus besoin que l'on pense à notre place.
"Et ça, ça m'inquiète vraiment"
Mais tu prends du plaisir à enseigner ?
Petit mot
Une belle surprise
La semaine dernière, pendant la formation de Montpellier, j'avais lancé sur le ton de la plaisanterie: "mercredi prochain, c'est mon anniversaire, je veux des gâteaux et un gouter !"
Mais quand je dis que c'était de la plaisanterie, c'en était vraiment: nous, jeunes profs du département, sommes régulièrement réunis ici pour une série de cours qui n'ont rien à voir avec nos disciplines. Une trentaine de gens qui ne se connaissaient pas il y a un mois, et qui n'ont passé qu'une dizaine d'heures ensemble, quoi. L'ambiance est bonne, mais je ne m'attendais à rien en lançant cette vanne.
Et pourtant. En arrivant mercredi, avec une certaine résignation, il faut bien l'avouer, je ne compris pas pourquoi certains me souhaitèrent un bon anniversaire. "Sympa de l'avoir retenu", pensai-je. Puis, au cours du module, la prof glissa une allusion qui aurait dû me faire tilter: "bon allez, maintenant c'est la pause, il y a une histoire d'anniversaire je crois". J'ai pas relevé, et pourtant, en arrivant dans la salle de pause, un gouter m'attendait. Tous s'étaient fait passer le mot pour amener qui un coca, qui un gâteau, qui des verres etc...De sorte qu'ils m'avaient pris au mot et que j'ai eu droit, de la part de personnes que je ne connaissais pas plus que cela, à une véritable fête d'anniversaire. L'info et l'organisation étaient passés par mail à l'insu de mon plein gré.
C'est émouvant, ces petites choses...
Renaissance
Suite à plusieurs événements de ma vie personnelle, dont la narration n'a pas la place ici mais qui ont singulièrement affecté ma disponibilité, voici quelques semaines que le blog n'a pas été mis à jour.
Me voici donc de retour sur les ondes, avec une nouvelle année, et donc de nouvelles résolutions. Résolutions personnelles, mais aussi virtuelles, dans la mesure où je compte, d'ici peu, modifier l'inflexion de ce petit blog. Nouveau nom, pour commencer, nouvel esprit surtout. Jusque là je parlais des "tribulations d'un jeune prof", ce qui m'obligeait, dans une certaine mesure, à passer au crible tout ce que je publiais pour l'intégrer dans une perspective pédagogique, ou du moins réflexive.
Et ça, ça commençait à me souler, pour plusieurs raisons:
- Parler de "jeune prof" sous-entend qu'il existe de vieux profs. Il me semble pourtant que ce métier est l'un des rares dans lequel nous devons être en constant renouvellement: aucun enseignant n'est à l'abri du bordel dans sa classe ! Il me semblait donc presque pléonasmique, si j'ose dire, d'utiliser cette expression.
- Il n'y a pas de vie de prof et de vie de pas prof: c'est tout un. Jules est à la fois son métier et la petite bière qu'il prend le soir, disponible aux questions des gamins comme à l'écoute d'une toccate de Bach. Malgré tout ce qu'on dit, le cartable n'est jamais complètement ouvert ni complètement fermé. Non qu'il faille faire passer (et penser) toute ses expériences en fonction de ce qu'on pourrait en faire en classe, ce qui me semble stupide; mais l'influx de ce qui nous traverse agit de la même manière sur notre personne professionnelle, amoureuse, affective... si l'on admette encore que toutes ces casquettes soient séparées, ce dont je doute de plus en plus.
- Enfin, et surtout, j'avoue avoir été profondément blessé par un commentaire laissé par un courageux anonyme au sujet d'un article, consacré à la Fantaisie D.940 de Schubert et édité aujourd'hui, qui n'avait strictement rien à voir avec mon boulot. Cet internaute, dont je déplore qu'il n'ait pas laissé d'adresse courriel valide, a manifestement cru que j'étais prof de musique et avouait son mépris, caché sous une fausse "stupéfaction", pour la "mégalomanie" dont je faisais preuve. Comme si ce dont je parlais dans cet article, sous des propos certes maladroits car mal choisis, je le reconnais, était destiné à des collégiens de quatrième ! Je reconnais que la claque fut telle que j'étais sur le point de laisser tomber et de fermer le blog. Mais, après réflexion, il me semble aussi que ce sont ces attaques-là qui nous font avancer, et qui ont suscité la nouvelle inflexion donné au blog.
D'où un nouveau titre, une probable nouvelle mise en page qui devrait arriver dans les prochaines semaines, et, surtout, un nouvel esprit: "Choses vues, lues, sues, entendues et réfléchies"
Aimez-vous Brahms ?
Il a déjà été question d'un billet consacré ici à une des oeuvres qui me hante le plus. Oeuvre qui a presque une valeur d'intrus, dans la mesure où elle ne correspond pas tellement à mes périodes habituelles: le premier concerto en ré mineur, op.15, de Brahms, dont j'ai parlé il y a quelques semaines ou quelques mois. Je n'y reviendrai que pour quelques remarques incidentes au sujet d'une version que j'ai entendue mardi matin dans la voiture, sur France musique: une version adaptée non pour piano et orchestre, mais pour deux pianos.
J'avais déjà entendu un concert il y a quelques années la transformation de ce genre d'une oeuvre concertante pour piano et orchestre. C'était le quatrième concerto de Beethoven, et ce choix m'avait paru extrêmement judicieux dans la mesure où il s'agit du seul des cinq qui, à mon sens, parle d'une réconciliation entre les deux instances, qui ne s'opposent pas mais qui auraient plutôt tendance à s'enchaîner pour monter au ciel. Il n'y a qu'à écouter les premières mesures:
Ne serait-ce qu'à partir des premières mesures, le ton est donné. Comparez avec le début du cinquième, par exemple, du même:
Rien à voir, remarquez, on n'est plus du tout dans le même univers.
Pour revenir à nos moutons, un peu surpris par ce choix, j'écoutai donc ce concerto jusqu'à la fin du premier mouvement, interprété par deux pianistes. L'un dont je n'avais jamais entendu parler, et l'autre que je connaissais un peu pour l'avoir entendu jouer il y a quelques mois le deuxième de Prokofiev (un chef d'oeuvre, incompréhensible pour des oreilles peu ou mal habituées au "classique", mais un véritable monstre sacré, ce concerto), ce qui m'avait d'ailleurs fait plonger dans la perplexité: passer (parce que oui, il s'agit bien, déjà, de passer pianistiquement) l'une des oeuvres les plus difficiles qui aient été composées pour cet instrument à vin
gt-trois ans. Soit.
Ce que je craignais arriva: j'ai été déçu, très déçu, dans la mesure où la perspective concertante de l'oeuvre de Brahms était complètement perdue. Les propos du piano se trouvaient dilués dans les résonances de l'autre piano (deux Steinway D, les mêmes, par dessus le marché), de sorte que du combat d'Hercule et de l'hydre, on arrivait à une sorte de bouillasse sonore un peu informe. Certes, l'auditeur est quand même amusé de se dire "ah tiens c'est rigolo ça fait pas pareil", mais je doute que Brahms eût apprécié que l'on réduise ce qu'il avait mis près de cinq ans à composer à une curiosité musicale, j'ai d'ailleurs cru sentir, dans ce qu'ils en disaient, le manque de conviction des pianistes, non sur leur jeu, mais sur l'intérêt d'une telle transcription. Et nul doute qu'ils avaient raison.
Pour conclure cette bien désagréable écoute, plongez-vous, en trois parties, dans le premier mouvement de ce somptueux concerto en ré mineur, qui contient probablement dans ses deux dernières minutes les deux minutes les plus érectiles de la musique classique:
Action-réaction, épisode 2
C'est facile d'accuser la société des défauts qu'on a du mal à pallier nous-mêmes, j'en conviens. Seulement il faut bien constater que nos chers bambins ont pris l'habitude de vivre dans un monde semi-virtuel (les récentes actualités tendent à le démontrer), dans lequel l'information, aussitôt avalée, est digérée pour laisser place à la suivante. Rapidité de l'information, de l'échange, du statut, des amis, des amours... Et qu'on le veuille ou non, les enseignants, sans pour autant cautionner ou tomber dans une démagogie ridicule, doivent s'adapter à la structure mentale qui est en train de devenir celle des adolescents. On m'objecte, de manière amicale et pondérée, d'être trop dans l'action-réaction, de réagir trop vite et du tac au tac.
Cela est certainement vrai, dans ma pratique professionnelle tout du moins.
Mais ai-je vraiment le choix ? A bosser avec ces élèves pour lesquels une chose en vaut une autre, laquelle sera remplacée par une troisième chose, et ainsi de suite, je n'ai pas vraiment le choix, ou je n'ai pas encore acquis la maturité pour m'adapter à cette structure mentale: à être dans l'action-réaction, je ne peux pas faire nécessairement les bons choix, même si j'ai assez peu, en définitive, l'impression de me tromper.
Dont acte.
Ce matin, je croise l'élève qui avait suscité tant de débats à l'article précédent, celle qui a recopié. Je l'appelle et lui demande, calmement, si elle n'avait rien à se reprocher. "Euh, non M'sieur, je crois pas." Ce à quoi je lui demande si elle en est bien sûre.
Même réponse. Je la remercie donc, en lui disant qu'on règlerait ça le moment venu. Le but de la manoeuvre était justement de la faire galérer. Et ça n'a pas loupé: un quart d'heure plus tard, elle vient me voir, visiblement au bord des larmes, et demande à me parler. Là, elle avoue tout: peur d'avoir une mauvaise note, pas d'idée pour sa rédaction, etc... Je la remercie de sa franchise et la laisse partir. Après avoir réfléchi un peu et avoir fait la même chose avec l'autre tricheur, qui, lui, est resté campé sur sa position (ah non M'sieur, je vois pas de quoi vous voulez parler !", je lui ai proposé un "deal" pendant la récréation: je lui donne un autre sujet pour qu'elle se rattrape, ce qui n'empêchera pas cette note d'être intégrée à la moyenne. En acceptant, elle avait l'air soulagée, et visiblement convaincue du fait qu'elle ne bénéficierait pas de la même indulgence au prochain coup fourré de ce genre.
Bon, mission accomplie de mon côté je crois.
Et comme rien ne mérite qu'on se morfonde dessus, j'ai terminé cette belle mi-journée par une ballade en moto jusqu'au bord de mer, en pensant à tous mes collègues expatriés chez les ch'timi.
Quand on parle du loup...
Enfin, si j'ose dire, voici la lettre adressée par Michel Onfray à Nicolas Sarkozy concernant le transfert éventuel d'Albert Camus au Panthéon. Re-merci Michel.
Article paru dans Le Monde du 25 Novembre dernier (http://www.lemonde.fr/opinions/article/2009/11/24/monsieur-le-president-devenez-camusien-par-michel-onfray_1271343_3232.html)
"Monsieur le Président, je vous fais une lettre, que vous lirez peut-être, si vous avez le temps. Vous venez de manifester votre désir d'accueillir les cendres d'Albert Camus au Panthéon, ce temple de la République au fronton duquel, chacun le sait, se trouvent inscrites ces paroles :"Aux grands hommes, la patrie reconnaissante". Comment vous donner tort puisque, de fait, Camus fut un grand homme dans sa vie et dans son oeuvre et qu'une reconnaissance venue de la patrie honorerait la mémoire de ce boursier de l'éducation nationale susceptible de devenir modèle dans un monde désormais sans modèles.
De fait, pendant sa trop courte vie, il a traversé l'histoire sans jamais commettre d'erreurs : il n'a jamais, bien sûr, commis celle d'une proximité intellectuelle avec Vichy. Mieux : désireux de s'engager pour combattre l'occupant, mais refusé deux fois pour raisons de santé, il s'est tout de même illustré dans la Résistance, ce qui ne fut pas le cas de tous ses compagnons philosophes. De même, il ne fut pas non plus de ceux qui critiquaient la liberté à l'Ouest pour l'estimer totale à l'Est : il ne se commit jamais avec les régimes soviétiques ou avec le maoïsme. Camus fut l'opposant de toutes les terreurs, de toutes les peines de mort, de tous les assassinats politiques, de tous les totalitarismes, et ne fit pas exception pour justifier les guillotines, les meurtres, ou les camps qui auraient servi ses idées. Pour cela, il fut bien un grand homme quand tant d'autres se révélèrent si petits. Mais, Monsieur le Président, comment justifierez-vous alors votre passion pour cet homme qui, le jour du discours de Suède, a tenu à le dédier à Louis Germain, l'instituteur qui lui permit de sortir de la pauvreté et de la misère de son milieu d'origine en devenant, par la culture, les livres, l'école, le savoir, celui que l'Académie suédoise honorait ce jour du prix Nobel ? Car, je vous le rappelle, vous avez dit le 20 décembre 2007, au palais du Latran : "Dans la transmission des valeurs et dans l'apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l'instituteur ne pourra jamais remplacer le curé." Dès lors, c'est à La Princesse de Clèves que Camus doit d'être devenu Camus, et non à la Bible. De même, comment justifierez-vous, Monsieur le Président, vous qui incarnez la nation, que vous puissiez ostensiblement afficher tous les signes de l'américanophilie la plus ostensible ? Une fois votre tee-shirt de jogger affirmait que vous aimiez la police de New York, une autre fois, torse nu dans la baie d'une station balnéaire présentée comme très prisée par les milliardaires américains, vous preniez vos premières vacances de président aux Etats-Unis sous les objectifs des journalistes, ou d'autres fois encore, notamment celles au cours desquelles vous avez fait savoir àGeorge Bush combien vous aimiez son Amérique. Savez-vous qu'Albert Camus, souvent présenté par des hémiplégiques seulement comme un antimarxiste, était aussi, et c'est ce qui donnait son sens à tout son engagement, un antiaméricain forcené, non pas qu'il n'ait pas aimé le peuple américain, mais il a souvent dit sa détestation du capitalisme dans sa forme libérale, du triomphe de l'argent roi, de la religion consumériste, du marché faisant la loi partout, de l'impérialisme libéral imposé à la planète qui caractérise presque toujours les gouvernements américains. Est-ce le Camus que vous aimez ? Ou celui qui, dansActuelles, demande "une vraie démocratie populaire et ouvrière", la "destruction impitoyable des trusts", le "bonheur des plus humbles d'entre nous" (Œuvres complètes d'Albert Camus, Gallimard, "La Pléiade", tome II, p. 517) ? Et puis, Monsieur le Président, comment expliquerez-vous que vous puissiez déclarer souriant devant les caméras de télévision en juillet 2008 que, "désormais, quand il y a une grève en France, plus personne ne s'en aperçoit", et, en même temps, vouloir honorer un penseur qui n'a cessé de célébrer le pouvoir syndical, la force du génie colérique ouvrier, la puissance de la revendication populaire ? Car, dans L'Homme révolté, dans lequel on a privilégié la critique du totalitarisme et du marxisme-léninisme en oubliant la partie positive - une perversion sartrienne bien ancrée dans l'inconscient collectif français... -, il y avait aussi un éloge des pensées anarchistes françaises, italiennes, espagnoles, une célébration de la Commune, et, surtout, un vibrant plaidoyer pour le "syndicalisme révolutionnaire" présenté comme une "pensée solaire" (t. III, p. 317). Est-ce cet Albert Camus qui appelle à "une nouvelle révolte" libertaire (t. III, p. 322) que vous souhaitez faire entrer au Panthéon ? Celui qui souhaite remettre en cause la "forme de la propriété" dans Actuelles II (t. III, p. 393) ? Car ce Camus libertaire de 1952 n'est pas une exception, c'est le même Camus qui, en 1959, huit mois avant sa mort, répondant à une revue anarchiste brésilienne, Reconstruir, affirmait : "Le pouvoir rend fou celui qui le détient" (t. IV, p. 660). Voulez-vous donc honorer l'anarchiste, le libertaire, l'ami des syndicalistes révolutionnaires, le penseur politique affirmant que le pouvoir transforme en Caligula quiconque le détient ? De même, Monsieur le Président, vous qui, depuis deux ans, avez reçu, parfois en grande pompe, des chefs d'Etat qui s'illustrent dans le meurtre, la dictature de masse, l'emprisonnement des opposants, le soutien au terrorisme international, la destruction physique de peuples minoritaires, vous qui aviez, lors de vos discours de candidat, annoncé la fin de la politique sans foi ni loi, en citant Camus d'ailleurs, comment pourrez-vous concilier votre pragmatisme insoucieux de morale avec le souci camusien de ne jamais séparer politique et morale ? En l'occurrence une morale soucieuse de principes, de vertus, de grandeur, de générosité, de fraternité, de solidarité. Camus parlait en effet dans L'Homme révolté de la nécessité de promouvoir un "individualisme altruiste" soucieux de liberté autant que de justice. J'écris bien : "autant que". Car, pour Camus, la liberté sans la justice, c'est la sauvagerie du plus fort, le triomphe du libéralisme, la loi des bandes, des tribus et des mafias ; la justice sans la liberté, c'est le règne des camps, des barbelés et des miradors. Disons-le autrement : la liberté sans la justice, c'est l'Amérique imposant à toute la planète le capitalisme libéral sans états d'âme ; la justice sans la liberté, c'était l'URSS faisant du camp la vérité du socialisme. Camus voulait une économie libre dans une société juste. Notre société, Monsieur le Président, celle dont vous êtes l'incarnation souveraine, n'est libre que pour les forts, elle est injuste pour les plus faibles qui incarnent aussi les plus dépourvus de liberté.
Les plus humbles, pour lesquels Camus voulait que la politique fût faite, ont nom aujourd'hui ouvriers et chômeurs, sans-papiers et précaires, immigrés et réfugiés, sans-logis et stagiaires sans contrats, femmes dominées et minorités invisibles. Pour eux, il n'est guère question de liberté ou de justice... Ces filles et fils, frères et soeurs, descendants aujourd'hui des syndicalistes espagnols, des ouvriers venus d'Afrique du Nord, des miséreux de Kabylie, des travailleurs émigrés maghrébins jadis honorés, défendus et soutenus par Camus, ne sont guère à la fête sous votre règne. Vous êtes-vous demandé ce qu'aurait pensé Albert Camus de cette politique si peu altruiste et tellement individualiste ? Comment allez-vous faire, Monsieur le Président, pour ne pas dire dans votre discours de réception au Panthéon, vous qui êtes allé à Gandrange dire aux ouvriers que leur usine serait sauvée, avant qu'elle ne ferme, que Camus écrivait le 13 décembre 1955 dans un article intitulé "La condition ouvrière" qu'il fallait faire"participer directement le travailleur à la gestion et à la réparation du revenu national" (t. III, p. 1059) ? Il faut la paresse des journalistes reprenant les deux plus célèbres biographes de Camus pour faire du philosophe un social-démocrate... Car, si Camus a pu participer au jeu démocratique parlementaire de façon ponctuelle (Mendès France en 1955 pour donner en Algérie sa chance à l'intelligence contre les partisans du sang de l'armée continentale ou du sang du terrorisme nationaliste), c'était par défaut : Albert Camus n'a jamais joué la réforme contre la révolution, mais la réforme en attendant la révolution à laquelle, ces choses sont rarement dites, évidemment, il a toujours cru - pourvu qu'elle soit morale. Comment comprendre, sinon, qu'il écrive dans L'Express, le 4 juin 1955, que l'idée de révolution, à laquelle il ne renonce pas en soi, retrouvera son sens quand elle aura cessé de soutenir le cynisme et l'opportunisme des totalitarismes du moment et qu'elle "réformera son matériel idéologique et abâtardi par un demi-siècle de compromissions et (que), pour finir, elle mettra au centre de son élan la passion irréductible de la liberté" (t. III, p. 1020) - ce qui dansL'Homme révolté prend la forme d'une opposition entre socialisme césarien, celui de Sartre, et socialisme libertaire, le sien... Or, doit-on le souligner, la critique camusienne du socialisme césarien, Monsieur le Président, n'est pas la critique de tout le socialisme, loin s'en faut ! Ce socialisme libertaire a été passé sous silence par la droite, on la comprend, mais aussi par la gauche, déjà à cette époque toute à son aspiration à l'hégémonie d'un seul. Dès lors, Monsieur le Président de la République, vous avez raison, Albert Camus mérite le Panthéon, même si le Panthéon est loin, très loin de Tipaza - la seule tombe qu'il aurait probablement échangée contre celle de Lourmarin... Mais si vous voulez que nous puissions croire à la sincérité de votre conversion à la grandeur de Camus, à l'efficacité de son exemplarité (n'est-ce pas la fonction républicaine du Panthéon ?), il vous faudra commencer par vous. Donnez-nous en effet l'exemple en nous montrant que, comme le Camus qui mérite le Panthéon, vous préférez les instituteurs aux prêtres pour enseigner les valeurs ; que, comme Camus, vous ne croyez pas aux valeurs du marché faisant la loi ; que, comme Camus, vous ne méprisez ni les syndicalistes, ni le syndicalisme, ni les grèves, mais qu'au contraire vous comptez sur le syndicalisme pour incarner la vérité du politique ; que, comme Camus, vous n'entendez pas mener une politique d'ordre insoucieuse de justice et de liberté ; que, comme Camus, vous destinez l'action politique à l'amélioration des conditions de vie des plus petits, des humbles, des pauvres, des démunis, des oubliés, des sans-grade, des sans-voix ; que, comme Camus, vous inscrivez votre combat dans la logique du socialisme libertaire... A défaut, excusez-moi, Monsieur le Président de la République, mais je ne croirai, avec cette annonce d'un Camus au Panthéon, qu'à un nouveau plan de communication de vos conseillers en image. Camus ne mérite pas ça. Montrez-nous donc que votre lecture du philosophe n'aura pas été opportuniste, autrement dit, qu'elle aura produit des effets dans votre vie, donc dans la nôtre. Si vous aimez autant Camus que ça, devenez camusien. Je vous certifie, Monsieur le Président, qu'en agissant de la sorte vous vous trouveriez à l'origine d'une authentique révolution qui nous dispenserait d'en souhaiter une autre. Veuillez croire, Monsieur le Président de la République, à mes sentiments respectueux et néanmoins libertaires."
Ils nous prennent vraiment...
...pour des cons.
Ce matin, matinée correction de copies, avec un café à main gauche et le somptueux quintette d'Alban Berg dans les oreilles: rédactions de troisième à faire pendant les vacances. Le sujet, inspiré d'une séquence sur la rencontre amoureuse en littérature, était quand même assez vaste pour autoriser pas mal de variations: en s'inspirant des textes vus en cours, les chers bambins devaient écrire, à leur tour, une scène de rencontre amoureuse.
La prof d'IUFM avait raison: qu'est-ce qu'ils lâchent, comme trucs, dans les rédactions ! J'ai eu droit à une compilation de récits tous plus mièvres les uns que les autres. Mais bon, la plupart des élèves se sont acquittés de leur travail consciencieusement, en me rendant des copies souvent plus longues que ce que j'avais exigé. Si la qualité littéraire n'était pas au rendez-vous, ils ont rempli leur part du contrat, je n'en demandais pas davantage.
Jusqu'à ce que je tombe sur la copie d'une gamine dont le niveau est très faible. Une petite consciencieuse et appliquée, malgré de grosses difficultés. Or sa copie, à première vue, était pas mal. Assez bonne même, jusqu'à ce que je tombe sur la phrase: "Peut-être que la douceur d'aimer interrompt le soin d'être aimable." Là y a un truc: il m'a semblé reconnaître Marivaux. Ces tournures à la fois alambiquées et extraordinairement claires, cette justesse du propos accordée à cet accent incisif sont reconnaissables entre mille. Et j'avais raison: la première phrase de la copie de celle que j'appellerai Julie m'ont renvoyé vers la rencontre de Marianne et Valville dans La Vie de Marianne. Copiée mot pour mot.
J'étais à la fois déçu et en colère d'avoir 1/été pris pour un demeuré qui ne connaît pas ses classiques, et 2/eu le sentiment que cette élève, habituellement si bosseuse, ne s'est même pas donné la peine de faire elle-même son travail. C'est donc avec une sorte de rage froide que je lui ai mis 0 en joignant la photocopie du passage à l'attention des parents.
Une heure après, autre copie: rebelote, mais avec subtilité. L'élève avait, cette fois, recopié le passage en y changeant quelques termes, histoire de faire moins flagrant délit, de sorte que l'on aboutissait à des absurdités du genre "Parmi les jeunes gens dont j'attirais les regards, il y en eut un que je m'attirai moi-même."
Même ânerie, même punition. J'ai même le sentiment d'être trop gentil avec eux, qui se sont ouvertement foutus de moi.
L'hôpital de Perpignan
Dieu merci, je ne l'ai que rarement fréquenté. Je n'ai jamais été un téméraire.
En revanche, on m'a avait beaucoup parlé de l'état déplorable de son service d'urgence. Hier soir, j'ai pu l'expérimenter. Situation docteurhaoussienne: boeuf et belle-soeur se vautrent en scoot. Par précaution, et puisque mademoiselle est enceinte, direction les urgences, puisqu'on sait jamais...
Et donc, arrivée à 20h30 environ dans l'hôpital de Perpignan. J'ai compris de suite: un couloir crado avec quelques chaises faméliques, dont la majorité avaient été privées de leur assise d'ailleurs, mal éclairé, donnant sur un immense chantier dégueulasse. Et on attendait, comme des cons. Par chance, les deux Fangio ont été pris de suite, et j'ai attendu jusqu'à 23h environ que les soins adéquats leur fussent administrés: en attendant, j'ai eu le loisir de constater la faune qui frquentait, de nuit, les urgences: une majorités d'alcooliques, de toxicos, quelques gosses amenés là par leurs parents affolés, des flics qui ramènent un mec menotté...Tout cela s'alliait à merveille avec les gitans qui se roulaient un pétard tranquillement, assis sur les bancs pourris. Au moins, il y avait une machine à café, je n'avais pas tout perdu.
Et j'ai eu un éclair de génie: dans ma voiture se trouvait mon kit mains libres, donc j'avais une radio que je me suis empressé de brancher. En reconnaissant le Couronnement de Pompée, je me suis remis à ma place, observant ces couloirs glauques, regardant le passage de tous ces gens paumés, blessés, perdus...tout en ayant l'impression que la musique de Monteverdi s'infiltrait petit à petit dans mes veines. A 23h30, les deux jeunes sont sortis, et après un bref passage dans le service de gynécologie, qui nous a confirmé que oui le bébé allit bien, et que finalement il y avait eu plus de peur que de mal, nous sommes rentrés.
J'étais presque triste de partir.
Bienvenue chez les seconde 9 !
Bon, ça y est. le pire est fait: je les a rencontrés, c'est cool.
J'ai passé une des nuits les plus atroces de ma vie, j'ai dû dormir 1h30 à tout péter, tellement je n'arrivais pas à dormir. A 4h30, j'ai pris un somnifère, et j'ai commencé à sombrer après que les poubelles sont passées. D'où ma surprise plus tard, en m'apercevant que j'étais relativement frais.
Donc arrivée au lycée à 13h, pour discuter avec la tutrice, faire des photocops, repérer la salle, saluer les collègues...Et enfin, à 14h, face à face avec mes 20 gamins. Une majorité de filles, quelques garçons disséminés à gauche à droite. Quelques minutes pour retrouver mes repères, et c'est parti.
Ils sont gentils.
Si ce n'est une gamine que j'ai préféré déplacer, tout s'est bien passé. Ca tchatchouille un peu, mais rien de méchant: pas de quoi pousser un brâme. Ils participent, quasiment tous ont parlé pendant le cours...Ils n'ont pas paru bien sensibles au texte que je leur racontais, ma séance était un peu bancale, pas super bien bouclée, pas top mais au moins j'ai fini dans les temps.
Premier contact positif, finalement. Je sens qu'ils observent, ils veulent voir à qui ils ont affaire, ils testent.
Se méfier de l'eau qui dort, mais pour le moment inutile de serrer la vis pour rien.
Je vais pouvoir dormir...
Pourquoi c'est si simple, Mozart ?
Découvrez Walter Gieseking!
Suite de l'aventure
En direct de la BU
Entre deux
Ca y est, le plus gros est fait. Avec un pote on a enlevé le fauteuil, le canapé, la table, la table basse.
Il ne reste plus que quelques conneries et on en aura fini avec cet appartement.
Ca fait bizarre d'être là, assis contre le mur de cet appart, à le voir vide alors que l'autre est plein comme un oeuf, à force d'avoir entassé des choses sans les avoir rangées. J'ai l'impression qu'on n'aura pas assez de place alors qu'il est plus grand ! Ca doit faire ça à chaque fois, mais il me tarde maintenant de pouvoir investir cette nouvelle maison, de placer nos affaires, de jouer avec les meubles pour savoir exactement ce qu'on mettra et où.
On en aura connu, des trucs chouettes ici. J'espère qu'on sera bien là-bas également.
Mode blues on
Et au fait, c'est les vacances !
Inauguration
Ben dis donc,
Je suis surpris par la facilité avec laquelle un utilisateur lambda peut se créer un espace personnel sur la toile. Donc en ce 4 Mars 2008, voici l'ouverture de ce blog, qui durera plus ou moins longtemps, qui n'est destiné à personne en particulier donc à tout le monde. Amis ou non, vivant loin ou non, bienvenue à vous.
Mais d'ailleurs, pourquoi un blog ?
Il faut croire qu'il n'y a que les idiots qui changent d'avis: je pensais encore il y a peu de temps que les blogs ne constituaient qu'une mode stérile lancée par quelques ados pour raconter leurs lieux communs et partager des photos idiotes. Jusqu'à ce que je découvre quelques blogs vraiment sympas qui m'ont fait changer d'avis. Donc lieu d'expression, espace d'échanges, point de rencontre virtuel avec les gens qu'on aime et qu'on ne peut malheureusement pas voir fréquemment, plus commode que l'éternel msn parce que l'obligation de répondre n'est pas maintenue: voilà les premieres idées qui me viennent en pensant à ce concept.
Quelques tergiversations ont été nécessaires pour trouver le nom du blog. Certains d'entre vous auront immédiatement deviné la référence littéraire cachée derrière ce nom d'Arnheim, les autres n'ont qu'à chercher. C'est à la fois la sonorité du mot, le contexte de découverte du texte auquel il est lié (ce que tous les agrégatifs en Lettres modernes de 2008 saisiront immédiatement) et l'atmosphère qu'il évoque, lié au titre de cet article, Inauguration, aux résonances quelque peu malhériennes, qui m'ont poussé à choisir ce nom.
Il me reste maintenant à le remplir, un peu comme un coffret dans lequel on ajoute plus ou moins pêle-mêle différentes choses qui finissent, par reliance, par former un tout.
Faire passer des colles, c'est trop bien !
Les temps changent
C'est fini
Chose lue...
...Il y a quelques jours sur un site célèbre qui "vous permet de rester en contact et d'échanger avec les personnes qui vous entourent", le commentaire d'une amie sur notre beau métier:
Phrase intéressante, publiée il y a déjà quelques jours et passée à la trappe depuis, tellement les choses changent vite. Mais il n'en reste pas moins que ce commentaire, ce "statut" m'a quelque peu interpellé, dans la mesure où il établit un rapport direct entre le rayon d'action, l'étendue de notre capacité à faire évoluer les élèves; et la vanité personnelle que nous serions en droit d'en tirer. Il nous serait permis d'avoir "la grosse tête" dans la mesure où notre métier nous permet de changer le monde. Action-réaction, CQFD, action-réaction vigoureusement, justement (et poétiquement) dénoncée par cette amie qui s'insurge, manifestement, contre le comportement de certains collègues. A juste titre, peut-être. "faut arrêter de penser qu'enseigner c'est le truc du siècle. Vous n'allez pas changer le monde dans votre petite classe alors rien ne sert d'avoir la grosse tête!"
Mais ce qui me dérange dans ce message, c'est l'intime conviction que notre métier ne va pas changer le monde. Prosaïquement, j'aurais tendance à penser que ce sont les nouvelles générations, celles qui arrivent, celles qui sont assises tous les jours pour partager nos cours, qui vont, effectivement, changer le monde. Et dans la mesure où nous participons directement à l'édification (vilain mot, mais dont la sonorité m'a toujours plu) de ces chers bambins, je ne vois pas ce qu'il y a de choquant à penser qu'effectivement, nous participons carrément à changer le monde.
De fil en aiguille, cela me rappelle une anecdote qui s'est déroulée jeudi dernier. Profitant d'un devoir, je m'étais mis à vérifier les cahiers de mes élèves: propreté, tenue générale, clarté des cours... et en ouvrant le cahier de l'un d'eux, j'ai vu sur la page de garde, écrit en gros, FRANCAIS. Jusque là, rien de plus normal, s'il n'y avait écrit en dessous: FRANCE, et, plus bas, aux français... Je dois bien l'avouer, et j'ai presque honte de l'écrire: en dépit de la surprise et de la colère, je n'ai rien fait. J'ai continué mon inspection de ce cahier et des suivants car 1/je ne voulais pas réagir à chaud sans y avoir réfléchi, et 2/le devoir était lancé, me lancer dans une diatribe eût été hors de propos. Il va falloir réagir d'une manière ou d'une autre, c'est évident, mais je ne sais, sincèrement, pas comment m'y prendre. Peut-être sous forme de débat, j'en sais rien.
Mais pour revenir à nos moutons, il me parait d'autant plus urgent, en vivant ce type d'anecdote, d'être convaincu que oui, nous contribuons en première ligne à l'édification (oui, je sais) du monde de demain. Non en voulant que nos élèves deviennent ce que l'on voudrait qu'ils soient ou ce que l'on aurait aimé devenir, mais en leur donnant leurs propres armes pour penser et bâtir le monde.