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9 septembre 2009

Rentrée, J+6 !

Voilà quelques brouillons qui commencent à s'accumuler dans la boite d'envoi du blog, pour la simple raison que j'ai commencé beaucoup d'articles sans prendre le temps de les finir. Pourtant, il y a plein de choses à raconter, j'espère pouvoir, tel Marcel, retrouver une partie du temps perdu !

Bon, l'évènement principal pour un blog dont le sous-titre fait référence aux "tribulations d'un jeune prof", c'est bien évidemment la rentrée. Rentrée décisive de surcroit, puisqu'il s'agit de ma première vraie rentrée en tant que titulaire, un vrai. Exit le stage, la connasse de tutrice, le stress des inspections et du mémoire, les séances d'IUFM pour professeurs anonymes... Maintenant, et pendant un petit moment, je l'espère, on va me laisser exercer mon métier, comme un grand.

Et ça fait du bien.
Je craignais beaucoup le collège/zoo dans lequel j'ai été, malheureusement, affecté, et ce pour plusieurs raison: la distance, les élèves (soyons clairs: ce collège est un dépotoir dans lequel on envoie les gosses dont on ne veut plus dans le public), l'ambiance morne, voire délétère... Je crois même pouvoir dire que cette nomination m'a à moitié pourri mon été, tellement j'appréhendais de me retrouver dans un remake catalan de Prison Break !
Finalement... Si j'ai le temps, je reprendrai et mettrai au point les différents brouillons, mais après une semaine de cours, pour le moment ça va à peu près, comparativement à ce à quoi je m'attendais:
- Des effectifs réduits: deux classes de cinquième (17 et 19 élèves) et deux de troisième (12 et 13 élèves), ce qui permet quand même de calmer considérablement le jeu.
- Une hiérarchie qui a l'air de tenir la route pour le moment: en parlant des zozos qui me soulaient au CPE, il a quand même été capable de me donner, pour chacun d'eux, leur pedigree: situation familiale, parcours scolaire... Pour un gars qui gère un collège de 200 gosses, c'est pas mal.
- Des collègues...difficile à dire: plan-plans, engoncés dans leur quotidien (ma salle, mon effaceur, mon casier, mes feutres...) mais gentils. Jusque là, je n'ai pas trop l'impression que ça se tirait trop dans les pattes ou autres. Bien entendu, on est loin du foutoir productif de mon ancien lycée, que je préfère largement d'ailleurs, mais je craignais que cela fût bien pire. Au rieque de choquer certaines, je crois que c'est en partie grâce au fait qu'il y a un petit noyau de jeunes profs mecs, de toutes les matières. Ca assainit, me semble-t-il, les éventuelles tensions, en mode "si t'as un problème, on s'explique et on règle ça une bonne fois pour toutes." J'aime bien.
- Venons-en au plus croustillant: les élèves. Alors que j'avais commencé à me renseigner sur le prix des gilets pare-balles, je me suis aperçu que ça allait. De bonnes troisièmes (attention, note pour les non-enseignants: ils sont nuls, mais ils sont cools, c'est ce que j'entends pas "bonnes troisièmes"), une très bonne cinquième. Et la cinquième 3.

Et celle-là, elle va me souler. Les non-enseignants savent peut-être qu'une bonne partie de l'année se joue au cours la première heure. Et là, je me suis raté, et c'est même pas de ma faute: un problème matériel à régler qui m'a pris dix bonnes minutes, le soufflé est retombé pendant ce temps et pour rattrapper ça c'est l'horreur. Ma classe la plus nombreuse, et je m'aperçois qu'ils sont TOUS mauvais. pas un élément plus malin, fin, cultivé que les autres. Soit ils sont calmes mais apathiques, soit ils parlent tout le temps, soit ils mettent le bordel.
Le ton a été vite donné: en leur demandant de me noter dans l'éternelle fiche dans quel collège ils étaient l'an dernier, y en a un qui a demandé: "Eh M'sieur, j'en ai fait trois de collège, je marque lequel ?" Maintenant, ça me fait marrer. Sur le coup, j'avoue que ma zenitude s'en est trouvée quelque peu ébranlée.
Adoncques je sévis. Puisqu'ils sont putes et qu'ils ne veulent rien foutre, je vais me mettre sur le même mode qu'eux. C'est le bras de fer, et il y a même une très nette amélioration: de six colles en une heure vendredi, je n'en ai mis que deux ce matin ! J'ai quand même l'impression d'être un dresseur, plus qu'un prof.
Donc le bilan, au bout d'une semaine de cours, est très globalement positif: hormis le zoo de la cinquième 3, ça se passe bien. Et c'est super formateur: ça oblige à la fois à être réactif et à aller droit au conflit quand il le faut, sans tergiverser. Ce côté brut de décoffrage me manquait, il sera peut-être dur à tenir sur la distance, mais pour le moment ça va.
Suite au prochain numéro. J'essaierai d'être plus régulier.

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14 décembre 2008

Les dimanches matin du prof

Chaque dimanche matin, je me fais niquer. C'est systématique. Les week-end se suivent, se ressemblent, et chaque fois c'est pareil: je n'arrive pas à dormir le dimanche matin. Je me réveille vers 6h30 et c'est terminé. Rien de bien dramatique, cela dit, c'est seulement agaçant.
Les vacances approchent, et j'en ai bien besoin parce que j'ai les boules. J'ai subi ma première visite jeudi, qui s'est bien passée. J'ai été disséqué en long, en large et en travers, pas mal de points négatifs sont ressortis mais ce furent des trucs constructifs. En revanche, j'ai BEAUCOUP de mal à digérer la "fiche de positionnement" que ma tutrice a dû remplir. Pour être honnête, ça m'a pourri mon week-end.
Parce que je n'ai pas le sentiment de mériter toutes ses "remarques" et "observations", parce que cette fausse bienveillance bovine m'a renvoyé l'impression d'être un demeuré incompétent, parce qu'elle me demande des trucs que je suis incapable de faire après trois mois d'enseignement...Je suis plutôt un gentil garçon, mais là je commence à avoir les boules. Donc m'en tenir au minimum administratif, être au lycée quand il le faut: voilà quel sera mon nouveau credo. Sans oublier de ne plus y foutre les pieds avant quelques années. Je pensais être un homme de bonne volonté, apparemment ce n'est pas le cas. Maintenant je vais assumer cette remarque: ses sorties cinéma et autres sorties pédagogiques à la con, ce sera sans moi. J'ai un peu autre chose à foutre.

Mais au moins j'aurai repris contact avec ma copine Jess. J'avais les boules vendredi soir, je voulais voir du monde, j'ai donc été manger chez Jess, quitte à me taper une centaine de bornes.
Il me faudrait des heures pour vous parler de Jess. En quelques lignes, c'est le genre de personne que j'aime profondément, même si elle m'agace suprêmement parfois. Et donc, il m'a suffi d'un coup de fil pour m'inviter à dîner. C'était bien. Merci ma Jessy, je t'adore.

5 novembre 2008

Un bon pote et du café.

Oui, je sais, ça fait un bail. Notre déménagement et l'attente de notre nouvelle box en est la cause. Et je suis furieux de m'être fait niquer un jour de vacances à cause d'une formation à la con : "je peux entendre que ça ne vous convienne pas, mais nous ne pouvons faire autrement." Mon cul. Alors comme de bien entendu j'ai fait appel à mon pote Yves. Je parle de pote parce que l'expression "meilleur ami", si elle ne devenait pas aussi éculée, conviendrai bien davantage. Depuis la seconde qu'on est pote. Ouch, 12 ans quand même. Et à chaque fois, revenir l'espace d'une nuit ou d'une soirée dans son petit appart montpelliérain me fait toujours autant plaisir. Yves, c'est de la solidité à toute épreuve, un mec qui irradie de gentillesse sans pour autant oublier ce qu'il veut et où il va. A chaque fois je retrouve cette simplicité des personnes bien, comme on dit. Mais la période qui me marquera le plus, dans cette ère montpelliéraine, fut le mois de Septembre 2007, durant lesquels je suivais en auditeur libre des cous d'agreg. Tous les matins, c'était petit dej tranquillou sur la terrasse, je partais pour mes cours pour revenir le soir, où nous discutions pendant des heures autour d'une bière. Ils sont simples, ces moments, et ils sont rares, et ils me manquent.
13 septembre 2008

Les week-ends du prof

Ouais, parfaitement, les week-ends du prof. Pour le moment ils sont assez tranquilles.
La semaine dernière, je l'ai pris trop cool. J'me suis dit, c'est la première semaine, j'ai du temps libre, j'aurai le temps de voir venir, et bilan des opérations, j'ai rien branlé. Bien mal m'en a pris parce que ma semaine a été fagotée assez bizarrement, au final.
Mais bon, rien de dramatique, au contraire, ça va de mieux en mieux. Je commence à me sentir à l'aise dans ma classe, à savoir gérer des petits trucs débiles qui me stressaient (la voix, les déplacements, l'écriture au tableau...) et je commence à mesurer l'étendue des choses qu'il me reste à apprendre: la gestion du temps, la synthèse du cours, l'oral des élèves, les coups de gueule à doser, être à l'aise avec mes notes...mais je me fais confiance, ça viendra.
Non, vraiment, seconde semaine assez satisfaisante. je me détache petit à petit du sacro-saint cadran des séances que je m'étais fixé pour m'attacher davantage sur la compréhension des gosses, sur le passage et la restitution des infos, je commence aussi à être à l'aise dans le lycée, à y trouver mes marques. Et donc, comme j'ai pris du retard, forcément j'ai de l'avance sur ma semaine, je peux donc prendre le WE assez cool, et j'en avais bien besoin. D'autant plus que je commence mercredi ma formation à 150 bornes de chez moi, et ça, ça me gonfle vraiment parce que 1/trajet, 2/ ambiance pas mauvaise, mais moins bonne qu'ici, 3/pas mon pote John avec qui faire le con.
Toujours pas de box. ces gens-là sont cons à manger du foin, je commence vraiment à les conchier. Youjours planqué au MacDo, comme un voleur dans ma bagnole. C'est ridicule à souhait, mais enfin...
Bon allez, suite au prochain épisode.

25 juin 2008

Direction animation culturelle

Voilà l'intitulé pour le moins mystérieux qui m'a été précisé dans la lettre du conseil général reçue ce midi. Ma candidature pour le mois de Juillet a été retenue dans ce secteur-là. Si c'est pas merveilleux ! La dernière saison de ma carrière. Enfin, ce ne sera qu'une demi-saison, mais la nostalgie de tout ce que j'ai pu en chier pendant ces étés de galère est au rendez-vous. Etonnant non ? Maintenant, sûrement le métier qui rentre, mais il me tarde de savoir une chose: si je bosserai ou non avec la clim, et j'espère que ce travail ne sera pas trop chiant. De toute façon, je le saurai demain, en fin de matinée. Affaire à suivre, donc !
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4 octobre 2009

C'est pas toujours marrant

Y a aussi des moments où être prof revient à prendre des décisions.
J'ai une gamine, qui s'est retrouvée par chance dans une excellente classe. Mais son parcours personnel fait qu'elle ne peut pas y être bien. Elle m'avait déjà été signalée à la rentrée. Pedigree assez accablant, histoire de merde, père absent, entre autres. Et cette gosse, je ne sais pas comment la prendre. Gentille, mais elle a besoin de se faire remarquer, tout le temps, souvent de manière maladroite et stupide, mais parfois aussi dans le bon sens. A une remarque que je lui avais faite sur un exposé qu'elle n'avait pas fait, par exemple, elle m'avait littéralement envoyé chier. Je l'avais virée avec une heure de colle, elle s'était excusée, on en était resté là. 
Et depuis, je suis toujours sur son dos, à la surveiller, à la reprendre, à l'encourager ou à la remettre à sa place, avec certainement plus de fermeté qu'avec les autres. Or, hier, lors du devoir évaluatif de la séquence, elle n'a fait que quelques lignes avant de laisser tomber ("je c'est pas", "j'y arrive pas"...), ce qui lui a valu un 2/20, mais surtout elle m'a laissé, au dos de sa copie, une petite lettre dans laquelle elle s'excuse de ne pas avoir un comportement convenable ("je sé que vous ne vené pas pour voir des élèves perturber"...) et explique maladroitement que dans sa vie, c'est la grosse merde.
On a beau dire, ça touche, et je m'aperçois que ce mot n'a pas été adressé à moi par hasard. Sans le vouloir, j'ai dû installer un truc bizarre chez elle, genre un substitut paternel ou quelque chose comme ça. Il va falloir à la fois le clarifier et encourager davantage cette petite. 
C'est pas évident, ce taf. 

20 septembre 2010

Panem et circenses

Les quelques (trop, pour le moment) rares lecteurs de ce blog l'auront bien compris: je me contre-fous de l'actualité. Je la regarde, de temps en temps, mais de loin, n'ayant le plus souvent pas grand-chose à en dire, d'autant plus que mon ignorance pitoyable en matière d'histoire et de géographie me fait manquer pas mal de choses, me donne la sensation de ne pas avoir les armes pour digérer à leur juste valeur les infos qui arrivent.
D'autant plus que ma nature placide ne me fait pas ranger parmi les syndicalistes, les râleurs, les défenseurs des causes perdues. J'ai plutôt naturellement tendance à préférer la retraite prudente, l'enfermement silencieux, le repli stratégique en cas de coup dur ou de chose qui me dérange. Donc loin de moi l'idée de vouloir faire de mon blog un lieu de défense des causes de tout poil, bien qu'il m'arrive régulièrement de lire ce type de site.
Mais il y a quand même un fait divers entendu au journal de ce midi qui m'a fait froid dans le dos. Se déroule en effet, à Rio, le championnat du monde de football des sans abris. Le journaliste semblait presque fier d'annoncer que la France était pour le moment bien classée, interview à l'appui du capitaine de l'équipe de France des sans-abris (puisqu'il faut l'appeler par son nom, comme aurait dit Jeannot).
Le principe est simple: il y a une sélection dans chaque pays et la constitution d'une équipe nationale envoyée défendre les couleurs de sa nation durant cette compétition. Il est à noter que si ce n'est des coupes ou des médailles, rien n'est proposé aux "sportifs" à l'issue du tournoi. Finalement, les meilleurs sont ceux qui sont les plus endurants, les plus robustes, les plus aptes à supporter une vie de misère,ceux que la vie en extérieur a le moins abîmé. Il y aurait presque un relent de nietzschéisme là-dedans: le surhomme est mort, vive le surclochard.
Mon côté vieux con réac me fait encore souffrir, probablement, mais suis-je le seul à trouver que nous naviguons en pleine schizophrénie ? D'un côté ces personnes, que la vie a terriblement malmenés, constituent, quoi qu'on en dise, une sorte de population border line, que l'on assume comme on peut pour se donner bonne conscience tout en les maintenant, de l'autre, en dehors du système, de nos oikuménè du XXI° siècle, car il faut bien l'avouer, ils puent et font sale dans nos belles villes de France. Il n'y a qu'à voir la multiplication des arrêtés anti-mendicité pour sentir le côté épineux de ce problème et mesurer à quel point Michel Foucault était un visionnaire. A cet égard, ce championnat est bien représentatif de ce para-doxe: quel homme aurait envie d'aller défendre les couleurs du pays qui le laisse crever de faim dans la rue ? Sans le vouloir, le site du tournoi est d'un cynisme à toute épreuve: 70% des joueurs, nous apprend-il, ont vu leur vie changée à l'issue de cette compétition. Non grâce au fait de trouver un boulot qu'une éventuelle notoriété leur aurait apportés, mais en raison de la formidable motivation apportée par ce rassemblement. Finalement, on apporte à ces gens une part de rêve avant de leur serrer la main à l'entrée du bus qui les ramènera à Châtelet les Halles. Ils auront rapporté du fric, après tout.
Je le dis depuis plusieurs fois, mais je vais vraiment finir par mettre ma télé au rencard. 

3 septembre 2008

Tempête sous un crâne

Ca fait un bail que je n'ai pas alimenté le blog. Avec la pénurie d'internet, nous sommes obligés de nous sevrer, et c'est dans les quelques endroits où je trouve une connexion que je consulte les informations principales: mes comptes, mes mails, etc...
Plein plein de choses en dix jours. En peu de temps, ma vie a pris un gros coup. J'ai donc été affecté. Une classe de seconde dans un grand lycée très BCBG de chez moi, alors que je m'attendais à un collège. Et des 1L pour quelques cours à droite à gauche. Techniquement, j'aurais pu tomber pire: nous sommes peu à avoir atterri en lycée, en plus c'est un bon établissement, dans lequel la discipline sera, je l'espère, respectée. J'ai assisté à la prérentrée, où j'ai été plutôt bien accueilli. L'emploi du temps n'est pas trop dégueulasse, les collègues sont sympas.
Il reste qu'à deux jours de donner mon premier cours, c'est tempête sous un crâne: est-ce bien ce métier que je veux faire ? Y serai-je heureux ? Pourrai-je m'y épanouir ? Ma place n'est-elle pas ailleurs ? Suis-je prêt à passer plusieurs dizaines d'années à faire les mêmes choses ?...Il y a des moments où j'ai envie de fuir, de démissionner, de tout quitter, de me casser de ce bordel. Le CAPES, ce n'est rien, en comparaison de l'angoisse qui m'envahit alors même que je n'ai pas pris contact avec mes élèves...Je préfèrerais encore me retaper une année d'agreg.
C'est dur, d'endosser une carapace d'adulte, et de quitter progressivement le doux cocon d'étudiant que je m'étais fait. Certes, il commencait à se craqueler sérieusement, il était temps d'opérer quelques changements, mais là tout s'enchaîne si vite, sous est si soudain, semble tellement définitif... Rien n'est définitif, rien n'est grave, mais c'est angoissant. Je fais le malin, bien souvent, mais les amis voient bien que je suis mort de trouille. Mais tout quitter maintenant serait une terrible défaite sur moi-même. Quoi qu'il se passe, et j'espère que je relirai ce mot en riant dans quelques mois, il faut le faire de tout mon coeur, sans abandonner le combat d'avance.
Donc haut les coeurs.

17 décembre 2012

Les aires d'autoroute

et tous ces endroits de passage. Quais de métro, aires d'autoroute, places de train, sièges de taxi, d'avion et autres. Autant d'endroits qui sont à la fois vacants et pleins, lisses et poreux à la fois. On les découvre vierges et porteurs de l'odeur, de la présence discrète de ceux qui les ont déjà occupés, et on les investit le temps d'un voyage, d'un café, d'une discussion tantôt plein de méfiance superficielle, tantôt anonyme et profonde, justement profonde grâce à l'anonymat qu'elle garantit. On dit facilement tout à un interlocuteur qu'on ne reverra jamais, dont le regard et le jugement n'ont pas de mémoire. Tout est là dans ces endroits pour garantir le confort de tout le monde, chacun modèle son espace de manière à l'adapter à ses propres habitudes. Le mauvais bouquin calé contre le porte-gobelet, l'ordinateur sur le socle avec le film qui ronronne, le roulage en boule pour s'endormir confortablement, confiant ses pensées au paysage qui défile tout en s'offrant en spectacle au quidam qui regarde passer les trains, spectacteur de la banalité. Abandon moite, tiède attachement. 
Justement, regardons-nous. Toutes nos façades civilisées se délitent au fur et à mesure que l'impersonnel nous envahit. Les cravates se desserrent, nos chaussures sont discrètement déchaussées, les coups d'oeil  baladeurs sur la poitrine de la voisine sont moins timides... notre nature animale reprend doucement le dessus au fur et à mesure que le voyage se déploie. Le sommeil, parfois, nous gagne, et nous offrons dans tout son abandon notre corps désarmé au regard d'autrui. C'est terrifiant.

Tandis qu'à l'arrivée, le ressort se bande à nouveau. Nous nous apprêtons à être réinséré dans le circuit de nos vies parallèles. Un tel va prendre la ligne 14 pour rejoindre Bastille, l'amoureux de la jolie brune sera là pour accueillir sa belle sur le quai, la vieille dame de devant appelle son mari pour savoir "si le taxi est bien à l'heure"... Et moi, comme les autres, redeviens humain, civilisé. Je reprends mes affaires, remets mes chaussures, cesse de parler, guette le quai par lequel on va descendre pour aller plus vite, fulminant contre la sale vieille de devant qui n'en finit pas de réunir tous ses sacs. Heureusement que Facebook me console de tout cet anonymat. Mon errance va redevenir polarisée puisque je sais maintenant où aller et vers quel but porteront mes pas. Les personnes qui m'entendront seront à nouveau identifiées, me permettant de bien vite oublier ces inconnus auprès desquels j'ai pu me laisser aller à une confidence malheureuse. Fort heureusement, ils ne pourront pas me nuire, le cas échéant je nierai de leur avoir parlé. Communiquer, oui, mais pas avec n'importe qui.

30 novembre 2012

Le ronronnement

Je suis entouré de livres, de papier vierge, de cahiers divers qui pourraient êre noircis très vite, et pourtant je n'écris pas. Je suis tétanisé par l'idée de couvrir ces pages de mes conneries narcissiques. Une vraie phrase doit être pesée, contenir son poids d'idée, son volume et sa longueur. La balance des mots. Je me terre derrière une montagne de virtualités sans avoir le courage de lancer la machine. Elle toussotera, elle crachotera sans doute quelques rots de démarrage, comme un moteur rouillé qu'on ne fait pas tourner assez, mais pourtant quelque chose me dit qu'il y a une tendance au ronronnement. Bien huilé, une mécanique utilisée quotidiennement doit tourner toute seule, ne pas faire de bruit, ni fuir. Comme les durits qui craquellent quand rien ne circule à l'intérieur, un style doit être utilisé chaque jour, lubrifié à l'encre et au café chaud. A froid, à chaud, il doit travailler et fournir non le rendement maximum sur une courte distance, comme le font les Formule 1 que tout le monde admire sans jamais les regarder, mais plutôt à l'image de ces vieux tacots increvables tant ils ont été bien conçus à la base. Les 4L, dont se servent encore les montagnards, ou mon vieux Djebel qui démarrait encore au kick.
Vous avez compris l'idée. Reste que cela demande un double courage. D'une part il faut lutter contre l'extérieur : le travail, les loisirs, les amis, les sirènes de la paresse qui vous invitent à vous vautrer dans la facilité comme les marins transformés en porcs. Mais aussi, et surtout, contre tous les démons intérieurs qui viennent siffler à mes oreilles. Tout cela ne sert à rien, personne ne lira, et les rares qui le feront par amitié ou par obligation te diront de toute façon que c'est « sympa », selon la tiédologie en vigueur. C'est terrible, autant ne rien dire dans ces moments-là. L'écrivain, ou tel que je le conçois même si j'ai quelque honte à employer ce mot si lourd pour moi, un peu comme le soldat de première catégorie revêtant la veste d'un général, par défi un soir d'ambition, est un perpétuel Sisyphe. Sans cesse le rocher de ses peurs intérieures doit être à la fois soutenu et poussé toujours plus haut, et sans cesse le voit-il chaque matin dégringoler vers la mer noire de la page blanche. On me dit d'être léger, de ne pas écrire pour prouver, qu'il faut simplement se laisser aller, que c'est facile. Sans doute est-ce une mauvaise excuse, mais cela demande un effort harassant. Pourtant la nécessité est là, elle se manifeste de tous les côtés. Par des rêves, par des réactions de fuite injustifiée et symbolique (reprendre le jogging, quelle vaste blague), par des plaintes et des transferts. Comme les bateaux qui prennent l'eau par tous les côtés, et sur lesquels de mauvais marins clouent des planches de fortune
Maintenant il faut tenir, marcher sur l'unique fil au-dessus de l’abîme.  

17 novembre 2012

Un petit mot en passant

Chose qui dit bien ce qu’elle veut dire : j’avais, depuis le temps, oublié le mot de passe de mon accès à Canalblog. C’est dire que j’avais perdu de vue la tenue de cet endroit, parti que j’étais vers des montagnes plus vertes.
J’y pensais, quelquefois. Fallait-il le clôre définitivement ? Ou le laisser en jachère dans l’espoir improbable qu’il repartirait ? En faire une refonte totale ? Je ne savais pas trop. Le fermer revenait à effacer tout ce que j’y avais écrit, depuis quelques années maintenant. Depuis 2007 ou 2008, je crois, ça commence à remonter, et certains de ces posts ne sont pas mal du tout, je trouve, ils m’ont bien aidé, accompagné, ils ont été une part de mesure de ce qu’a été ma vie à un moment donné. Les effacer d’un clic aurait été renier tout ça, et je n’aime pas renier. Au contraire, j’ai tendance à garder les choses dans un coin, comme des talismans qui rappellent les passages empruntés, fussent-ils de mauvais souvenirs. Quand à tout répertorier, je n’en ai pas eu le courage : long, fastidieux, avec plein de risques de pertes… Après tout, j’ai décidé de laisser courir. Avec un peu de chance, je m’y remettrai. S'il repart ce sera un blog d'écriture, un carnet de route sur un sujet du quotidien.
Et voilà, j’y reviens, un peu par hasard. Tellement de choses depuis le dernier message du mois de mars ! Je ne saurais par où commencer. Autant prendre le train en route. Je ne suis quasiment plus sur ce blog, mais beaucoup plus sur l’autre, où j’écris davantage, de manière régulière. J’ai même commencé à participer sur un magazine Web. Je n’ai jamais, finalement, lâché l’écriture, et signe d’une bonne santé morale et intellectuelle, je m’aperçois que je reviens finalement vers ce que furent mes hobbies d’antan : l’écriture, de plus en plus ces derniers temps ; la course, (qui devait devenir mais qui ne le devient pas du tout tant l’écriture va en dérivant) l’objet de ce billet ; la musique, avec le début de la clarinette, ce dont je parlais dans un billet antérieur, et le piano que je n’ai jamais abandonné ; la lecture, un peu centrée en ce moment et encore pour quelques mois par des préoccupations professionnelles… Le temps pour moi est difficile à trouver, là-même j’écris entre deux cours dans une salle des profs, mais je suis content de le faire.
Je ne ferai pas une énième promesse que je ne tiendrai pas au sujet de la régularité d’écriture, je n’en sais rien après tout et certaines promesses de convenances sont faites pour être rompues. Mais il faut savoir renouer par moments avec ce qui a été un joli marque-pages. Donc ce qui n’appartiendra pas à l’agora ira échouer ici, comme un carnet de notes sans réelle importance sur le monde tel que je le ressens.
Et c’est joli de revenir.

Ps : elle est horrible, cette couleur fadasse, il va falloir faire une mise à jour qui ressemble à quelque chose, et vite !

 

16 octobre 2011

Quoi de neuf ?

Plus ça va, moins je suis sur le web, ces derniers temps. Je consulte machinalement Facebook en journée quand j'ai une minute, depuis mon tléphone, sans rien poster.
Pourquoi onc ?

Parce que je n'arrête pas. J'aime bien cet article qui décrit un peu là où 'en suis, le besoin de bouger tout le temps en moins. Du coup, les priorités se rétablissent d'elles-mêmes. Je n'allume plus la télé, et je passe parfois une semaine sans allumer mon ordi, si ce n'est pour le boulot.
Résumons: le lundi, c'est priorité au collège. Préparation de cours, peaufinage des séances, correction de copies, assez rare dans la mesure où j'expédie ça dans les nombreux trous qui jonchent mon EdT*. L'après-midi, piano ou, comme ce sera le cas demain par exemple, tour des magasins pour moult devis. Je case le lundi tout ce que je n'ai pas le temps de faire le reste du temps: rendez-vous à la banque, à l'agence...
Mardi, journée de merde, 6h de cours dont 1h30 avec mes charmants DP6. Suivie d'une heure de cours particuliers auprès d'une (future) orthophoniste, qui m'a demandé des cours de grammaire intensifs. Si j'ai le temps, footing avec Audrey après.
Mercredi, 3h30 de cours au collège le matin, 4h de cours particuliers l'après-midi, dont la neurasthénique Amélie, une très gentille gamine que je suis depuis 2 ans 1/2, mais qui a un maaaaaaal, et ça fait maaaaaaal d'être plus fatigué par une heure avec elle que par les six autres de la journée !
Jeudi, 5h au collège et une heure de cours le soir. Idem que mardi, après direction footing.
Vendredi, c'est plus complexe. Des cours très lights avec beaucoup de trous, une heure de vie de classe, et après soit rentrée maison-piano-apéro-dîner-piano-dodo et 2h de cours particuliers le samedi matin. Soit direction train pour un week-end parisien qui me fait rentrer... le lundi soir.
Et quand on se cale, un cours de piano. Mon prof me charge de boulot pour la séance suivante, et c'est parti. En ce moment, c'est:

http://www.youtube.com/watch?v=QjM57rYsrWI&feature=related

(jouissif)

et

http://www.youtube.com/watch?v=PUNtGG1tH9c

(précis et rigoureux comme un Bach, que j'aime !)



Ceci dit, je ne m'en plains pas, les priorités se réagencent d'elle-même. J'angoisse à cause des travaux qu'il va falloir faire dans le studio, de ce monticule de travail inconnu qu'il va falloir faire avec grande attention parce qu'il y a de la thune en jeu (ben oui, se lancer dans l'imobilier pour se la jouer propriétaire, c'est pas rien !). Mais j'ai l'impression de retrouver des choses saines: je lis beaucoup en ce moment, bien plus ces deux derniers mois que les six précédents, et n'importe quand: dans l'avion le métro, le bus, les chiottes, entre deux cours, avec un café au coin fumeur...Je retrouve le goût de lire, je l'avais perdu je crois. Le footing aussi, je ne courais plus et sans difficulté je m'y remets, ça évacue les problèmes de sommeil. Rendre service à des amis et les revoir ponctuellement avec plaisir, profiter pleinement d'eux car je les vois moins. Retaper des vieux meubles, aussi, j'y prends goût et ça me détend.
Alors certes, cela change pas mal mes habitudes. Se sentir moins figé dans un train-train, ne plus se dire que je bosse de telle heure à telle heure avec des horaires précis qui balisent la journée, je vois mon bureau (un vieux bureau des douanes en chêne massif trouvé pour une misère sur le bon coin et retapé en bas de chez moi, dans le patio !) qui croule sous les papiers que j'y dépose à la hâte et que je mets en ordre quand j'ai dix minutes.
Et cette vie, elle me convient. Elle s'infléchit beaucoup depuis quelques semaines.
Donnez-moi de vos nouvelles, les gens que je n'ai pas vus depuis longtemps. Vous me manquez.

 

 

* Emploi du temps, pour les profanes

9 juillet 2011

Hommage aux anonymes

Oui, voilà un peu plus de trois ans que ce blog s'est ouvert. En trois ans, il a allègrement dépassé la centaine de messages, à des fréquences plus ou moins irrégulières, et en trois ans j'ai encore du mal à lui donner une cohérence. A la base journal d'un jeune prof devenu inutile dans la mesure où une fois les premiers galons pris, les angoisses se sont dissipées d'elles-même, il est à la fois blog littéraire, support d'attaques indirectes, brouillon pour ne pas perdre la patte de l'écriture, dépositaire de belles lectures ou écoutes musicales... Merci donc à vous, nonymes ou anonymes qui prenez un peu de votre temps, tandis que la clepsydre se vide, pour parcourir ces billets.

Mon seul regret, si je puis me permettre, concerne la quasi-absence de commentaires. Non que je veuille rivaliser avec ces minots qui veulent des "coms", mais davantage pour avoir votre avis, vos réflexions, pour, pourquoi pas, établir un échange.
Merci encore à vous.

22 avril 2011

Mea culpa

 

Bon, l'heure est grave, j'ai déconné et je m'en mords les doigts.
Recontextualisons l'une des plus vilaines soirées de ma vie, professionnellement parlant. Cela fait plus d'une fois que je parle de mon copain John, ami devant l'éternel en dépit de son métier de prof d'anglais, responsable de ça et vivant, roulant sur un beau vélo dont il ne s'est jamais servi et, comme si ça ne suffisait pas, en région parisienne. Non mais franchement. 
Ainsi, John redescend à chaque période de vacances, et à chaque période de vacances nous allons joyeusement nous soûler la gueule (les spécialistes apprécieront le chiasme), or il se trouve que ce soir là nous étions accompagnés par celui que nous appellerons Fulbert, professeur de mathématiques de nos amis, gai compagnon de beuverie au demeurant.
Or, il se trouve que nous avons croisé à la taverne une élève de terminale de Fulbert. L'élève et l'enseignant se sont salués avec déférence, échangés les trois banalités d'usage et souhaités une bonne soirée. Mais c'était sans compter sur ce saligaud de John qui, une fois avalées deux ou trois pintes, a commencé à draguer comme un gros sale cette jeune fille sous l'oeil atterré de Fulbert, et en l'absence du mien, dans la mesure où un coup de fil important m'avait tenu écarté de ce moment d'anthologie. Je ne suis revenu qu'au moment où John smackait délicieusement cette jeune fille après avoir détourné ignominieusement la tête. Bon, Fulbert était vert, mais ce fut une bonne soirée bien débile.
Le problème est que quelques jours plus tard, John et moi seuls traînant nos guêtres dans le même bar croisâmes à nouveau la jeune fille, et à nouveau avons-nous passé la soirée avec elle à déconner, jusqu'au moment où pour blaguer nous avons appelé Fulbert pour faire une blague débile de vil poivrot que nous étions.

Soit. Or depuis, et malgré mes plus plates excuses, renouvelées, Fulbert s'obstine à ne pas répondre à mes messages, à ne jamais décrocher le téléphone, à ne plus fréquenter nos apéros du vendredi, et Fulbert me manque. C'est un ami, et je trouve débile de faire la gueule comme ça pour une histoire qui, finalement, est stupide mais qui ne mérite peut-être pas pour entériner une amitié de plusieurs années.

Allez, mon Fulbert. Puisque tu ne me permets même plus de te parler, je te présente à nouveau mes excuses pour cette connerie. Tu peux me sermonner, m'engueuler, me faire payer toutes tes pintes jusqu'à la fin de l'année, mais ce silence, il est insupportable.

4 janvier 2011

Champs de ruine

Oui, les champs de ruine, de guerre, plus précisément, ces longues étendues terreuses frappées par la guerre, solitudes décharnées qui se remettent à peine de l'orgasme belliqueux qui les a transformées en cartographies improbables.
J'aime à me balader sur ces champs frappés par la mort. Les monticules de terre soulevés, par ici un obus, là une tranchée défoncée, contiennent en germe des ambitions, des rêves, des haines, des espoirs déçus et insoupçonnés.
Ci-gît, les mains arrachées par tel impact, un jeune soldat qui aurait aimé jouer l'intégralité des suites anglaises au lieu de perdre stupidement la vie, emporté qu'il fut par une cause qu'il n'avait pas comprise et qu'il n'aurait pas cautionnée. Là se trouve un livre, déchiré bien évidemment, à l'instar de son propriétaire. L'oeuvre est tellement abîmée qu'il est difficile d'en déchiffrer le titre et que je dois me baisser pour regarder cela de plus près. Annoté, écorné, maintes fois ouvert, lu, relu, je finis par distinguer la
Chartreuse de Parme sur la page de garde. "Etrange mise en abyme",me dis-je en me remémorant le sixième chapitre des aventures de Fabrice avant de laisser retomber le roman, que je connais par coeur moi aussi. 
Finalement, cette étendue perdue au milieu de nulle part mais marquée au fer noir de la violence est assez représentatif de notre condition humaine. Un ensemble de trous et de bosses, monticules en plein et en creux. Trop de ceci, pas assez de cela; comme trop d'espoir d'un côté mais un manque de courage de l'autre. Ce qui donne l'inaction, le manque, la mort.
Un trou, en particulier, me retient. S'en dégage encore une douce fumée qui n'a pas l'âcreté de la poudre. Nulle verdure, nul chant comme le souhaitait le jeune adolescent, mais un trou doux et accueillant comme un ventre, ventre avorté n'accueillant rien, terre vidée là pour une cause qui ne sera pas fécondée. Féminité en jachère, n'y a t-il pas symbole plus poignant de l'inutilité ?
La vie aussi se charge de nous trop-remplir de ceci, de nous vider de cela. Quel est le moyen de transformer ce champ de ruines et d'exploiter cette terre grasse et fertile, y a t-il la possibilité d'en faire germer un champ d'orangers, des lys dressés et ouverts comme ces tombeaux à ciel ouvert ?
Et comment le savoir ? 

4 novembre 2009

Un prof à LIDL ?

Hier, nous avions des amis qui venaient manger, pour sept heures. Et donc, comme d'hab, je suis allé au LIDL d'à côté faire les courses à, mettons, 18h20... Autant dire que j'étais pressé, entre la liste des courses à terminer; le truc que j'avais, forcément, pas noté et qu'il me fallait prendre sauf que c'était trop tard pour aller le chercher parce que la bonne femme avait commencé à scanner mes articles; mon copain Jérémie au téléphone...
J'étais un peu en stress, quoi.
Et donc je revenais aux caisses, un peu essoufflé, au téléphone avec Emilie qui me faisait un sermon sur la pâte feuilletée, avec Jérémie qui me parlait de sa semaine à Rome, avec la perspective de faire galérer la file des estimables clients de ce magasin avec ma *** de pâte sus-nommée lorsque je vis, dans la file en question, celle que j'appellerai Julie. Julie est une ancienne élève de l'an dernier, que je suivais en cours de soutien, une de ces élèves que j'appelle "élève de bonne volonté": pas spécialement douée sans être non plus spécialement pas douée, essayant quand même de combler son désintérêt pour la matière par un travail régulier et sérieux. Je l'aimais bien Julie.
Et la première réaction de cette élève en voyant son ancien prof de français à LIDL, ridicule à souhait avec son sac Auchan, pressé, au téléphone, un peu désappointé aussi... fut un grand sourire, un sourire de sympathie qui m'alla, il faut bien le dire cher lecteur, droit au coeur. Tout en tâchant, j'imagine, de résorber le maelström de pensées contradictoires qui durent lui traverser l'esprit (quoi ? Un prof à LIDL ? Ils ont donc une vie ? On les laisse sortir le soir, le week-end et les vacances ? Il sait ce qu'est un téléphone portable ? Il est pressé lui aussi, comme les gens normaux ? Il s'est échappé du lycée ?), il faut bien avouer que Julie était, oui, contente de me voir: il y a des sourires spontanés qui ne trompent pas.
Et ainsi donc, je raccrochai, lui rendis son sourire avec un sonore "bonjour", et repartis à mes occupations. Il en faut peu, comme quoi, pour vous remettre de bonne humeur.

23 octobre 2009

Perceval et Fabio

Notre vocation est, on ne le dira jamais assez, de transmettre à ces jeunes de la culture. De la grammaire, de la conjugaison, de l'orthographe, d'accord, mais tout cela est subordonné à la transmission d'un fond littéraire, et artistique, commun qui doit absolument être préservé. C'est à l'école que le jeune adolescent de 2009 sera le plus facilement en contact avec la littérature. Comme le disait une collègue: "Baudelaire, c'est now".
C'est donc avec cette dimension de passeur que je franchis chaque jour les portes du collège et que je m'efforce le plus possible de parler aux élèves de livres, même si ça m'oblige parfois à suspendre mon cours de grammaire pendant un moment. C'est aussi dans cet esprit que je donne en récitation des taxtes qui me semblent particulièrement beaux. A mes cinquièmes, a été donné récemment le sublime passage du sang sur la neige, extrait du Perceval et le Conte du Graal de l'inimitable Chrétien:

L’oie était blessée au col.

Elle saigna trois gouttes de sang,

qui se répandirent sur le blanc.

On eût dit une couleur naturelle.

Le temps qu’il y soit parvenu,

elle s’était déjà envolée.

Quand Perceval vit la neige qui était foulée,

là où s’était couchée l’oie,

et le sang qui apparaissait autour,

il s’appuya sur sa lance

pour regarder cette semblance.

Car le sang et la neige ensemble

sont à la ressemblance de la couleur fraîche

qui est au visage de son amie.

Tout à cette pensée, il s’en oublie lui-même.

Pareille était sur son visage

cette touche de vermeil, disposée sur le blanc,

à ce qu’étaient ces trois gouttes de sang,

apparues sur la neige blanche.

Il n’était plus que regard.

Il lui apparaissait, tant il y prenait plaisir,

que ce qu’il voyait, c’était la couleur toute nouvelle

du visage de son amie, si belle.

Je reconnais: l'extrait était difficile. Difficile et long, aussi long que le temps qu'ils avaient pour l'apprendre. Et c'est ainsi que j'ai interrogé notre ami Fabio hier. Il est venu sur l'estrade, tout fier, avecses lunettes et son cahier dégueulasse. Après quelques hésitations dues à un trac bien légitime (c'est dur de déclamer su Chrétien, plus de huit siècles nous contemplent !):

"L'oie était blessée au col,
Elle saigna...euh...trois gouttes de sang
Qui...euh...s'étalèrent sur le blanc
..."

"Bon, Fabio, tu l'as apprise, ta poésie ?
- Euh, non m'sieur.
- Bon, tu en paieras le prix. A ta place."

Ca n'a pas eu plus l'air que ça de le gêner, le Fabio. Notre jeune nice retrouva son sourire béat et retourna à sa place.
C'est dur, défois.

22 octobre 2009

Semi-pétage de plombs

Eh oui, même chez un lymphatique comme moi ça peut arriver.
Je supporte pas mal de trucs, étant ce qu'on appelle communément de bonne composition. Ayant de plus une tendance ô combien salutaire dans ce métier à tout prendre au second degré, je ne crois pas être de ces enseignants qui sortent facilement de leurs gonds.
Mais s'il y a bien un truc que je ne supporte pas, c'est la lâcheté, la fourberie, l'hypocrisie, les gens qui agissent par derrière et qui font les innocents. Eux je les nique, en bonne et due forme.

Or, j'ai le cas dans une de mes classes. Deux gamins pénibles, le premier parce qu'il est bête et pas très malin: je le supporte et le recadre quand j'en ressens le besoin, et le second, objet de ce post. Ce gosse est arrivé deux semaines après la rentrée, viré du collège précédent pour une sombre histoire de mâchoire de petit camarade cassée suite à une franche discussion...
Le moins qu'on puisse dire c'est qu'il a pris son temps avant de commencer. Je le trouvais calme, discret, le genre de calme qui n'augure rien de bon. Au niveau des résultats, pas de problème: un bon élève. Mais un esprit de merde. L'ami Sylvain n'a commencé que la semaine dernière à se manifester... en tapant des pieds par terre alors que j'écrivais au tableau. En me retournant un peu rapidement, je crois l'avoir surpris. Manque de preuve, je ne l'ai pas épinglé et me suis contenté de dicter le cours "à cause de l'imbécile qui s'amusait à faire des claquettes." Le message a été reçu, plus de bruit depuis, jusqu'à ce midi où monsieur faisait régulièrement tomber son stylo en voulant le faire tourner. Une remarque désagréable a suffi. L'avantage c'est que je crois avoir la classe avec moi.
Et tout à l'heure, de quatre à cinq, je faisais cours avec mes cinquièmes, les gentils, ceux-là. Une salle située en rez de chaussée, qui donne sur la cour. Et qui vois-je qui s'amuse à mater les cours d'un gamin, le nez collé à la fenêtre ?
Sylvain.
Mon sang n'a fait qu'un tour (ce qui me fait dire, rétrospectivement, que je commence à accumuler pas mal de fatigue: le moindre truc me met hors de moi), et j'ai bondi à la fenêtre pour pourrir Sylvain, devant ses pote, bien comme il faut. Regard baissé, fuyant au début, il a vite voulu couper court par un "ouais c'est bon...", et il a fallu que je lui gueule dessus pour qu'il daigne me regarder dans les yeux. Fin de l'engueulade, je reprends mon cours face à ma cinquième, médusée de me voir en colère.
A la fin du cours, je pars comme une balle et j'alpague le Sylvain à la sortie, où je lui ai mis une seconde couche, en lui disant clairement que je détestais son attitude, son mépris et son arrogance, et que l'affaire serait mise sur la table le lendemain, en réunion parents-profs. Il m'a semblé avoir les larmes aux yeux. Je l'espère bien, d'autant plus que je ne suis pas le seul à me plaindre de lui.
Donc bilan demain avec les parents. D'ici là le soufflé sera retombé, et j'espère que tout se goupillera bien. 

6 octobre 2009

Dys' à zéro

Mercredi dernier, j'ai donné à tous mes cinquièmes un sujet de rédaction, parce qu'il faut les faire écrire. Les instructions officielles précisent clairement qu'un enfant ne peut acquérir le goût de la littérature s'il n'écrit pas lui-même régulièrement. A raison, d'ailleurs. On pourrait presque le présenter comme un pont tendu entre une volonté récalcitrante et l'univers de la littérature. En établissant la pratique régulière de la lecture, c'est un peu comme si les deux côtés du pont se réunissaient et qu'une jonction pouvait s'établir. 
Enfin soit. Le sujet était quand même simple et laissait énormément de lattitude: faire un récit ou un début de récit d'une vingtaine de lignes, dans le type de leur choix parmi ceux que l'on avait vus. D'aucuns s'insurgeront et diront que cette liberté est justement ce qui effraie l'enfant, et qu'un maximum de consignes lui permet au contraire de se libérer...

Et ce n'est pas sans une certaine émotion que je vous retranscris la copie qu'un élève m'a rendu hier, non sur une feuille mais sur un bout de feuille découpé au ciseau. C'est assez émouvant.

Le Rugby

Nicolas joue dans une équipe de rugby qui s'appelle Toulouse. Un jour il va en finale contre toulon, il gagne il est trés heures, sont équipe a le troffé de champion de france et le soir venue ils font la féte.

Ca me rappelle un peu les anciens exercices qu'on donnait aux gamins: "écrire à la manière de". Rimbau et Flaubert ont commencé comme ça. On y serait presque, avec cette "copie" de Vincent.
Mais à la manière de qui ? Je vous laisse y réfléchir 

30 septembre 2009

Fabio le malfrat

Fabio, je l'aime bien. C'est pas une flèche, il est un peu retors sur les bords, mais je l'aime bien malgré tout, à cause du bon sourire benêt qu'il affiche tous les jours que Dieu fait, et quels que soient les remarques qu'on lui fasse. Il est content Fabio, pour lui tout roule, du moment que les copains sont là, qu'il peut parler, rigoler, faire des coups foireux... Un bon p'tit gars, qui ne sera probablement pas major de l'ENS, mais un bon gamin. Sans être plus indulgent avec lui, c'est mon préféré.
Mais lundi, Fabio, à force de tchatcher avec son pote, j'en ai eu marre et il s'est pris cent lignes. Il a eu l'air indigné quelques secondes, mais le sourire réapparut sur sa tête de benêt. "Bien m'sieur."

Dont acte. Bravement, Fabio m'a apporté tout à l'heure sa feuille double. Il a rempli sa part de contrat, l'histoire est close, le cours a commencé et la sanction a même porté ses fruits: abîmé derrière ses lunettes trop grandes, notre adolescent semblait fasciné par la nouvelle de Buzzati que son merveilleux enseignant avait soumis à sa juvénile sagacité. 
Lequel enseignant, en dictant un point important de son cours, posa distraitement les yeux sur la copie double de Fabio. "Y a un truc", que je me suis dit sans vraiment savoir d'où me venait cette intuition, qui me fut rapidement confirmée: dans un excès de zèle, Fabio avait numéroté ses lignes: 10, 20... Mais à y regarder de plus près, je me suis aperçu que notre jeune homme avait indiqué ses précieux repères non toutes les dix lignes, mais toutes les huit lignes... Et s'était donc épargné un cinquième de son travail ! En levant un sourcil terrible qui eût fait frissonner Himmler mais dont le seul mérite résidait dans l'antinomie avec mon éclat de rire intérieur, je dis "Fabio, tu viendras me voir à la fin de l'heure". Sourire béat, surpris.
Ben voyons.
Le reste est dialogue:
"- Bon, fabio, tu peux me le dire: tu m'as pris pour un imbécile.
- Mais de quoi vous parlez M'sieur ?
- Fabio, tu t'es dit que comme j'étais prof de français, je n'aurais pas compté le nombre de lignes, c'est ça ? (NDLR: réflexion judicieuse, d'ailleurs, je me serais fait avoir si l'un de ses camarades ne m'avait pas rendu cent lignes deux jours avant)
- ... Ah, j'ai dû me tromper, excusez-moi M'sieur" 

J'avoue: il m'a intérieurement fait mourir de rire, je n'ai pas eu le coeur de lui redonner cent lignes comme j'aurais dû le faire, je l'ai juste sommé de terminer sa punition, en laissant un petit mot à l'attention de ses chers parents: "Fabio a oublié de terminer le travail en comptant plus de lignes qu'il n'en avait effectivement faites. Une erreur d'inattention, sans doute..."

29 septembre 2009

Des moments de grâce

"Faut-il privilégier une idée creuse exprimée dans un français parfait, ou une réflexion pertinente maladroitement présentée ? Faut-il préférer la présentation à la pensée ? Le paraître à l’être ? Sans trancher de manière trop abrupte ces questions certainement trop manichéennes, le positionnement de l’enseignant se définit par rapport à ses convictions personnelles. Pour ma part, au-delà des objets d’étude et des programmes qui viennent structurer, de manière parfois quelque peu artificielle, l’architecture de mon cours, au-delà de l’enseignement normal et nécessaire des règles de grammaire ou de conjugaison, le rôle de l’enseignant est de susciter de la réflexion. C’est en remettant en question les connaissances, les valeurs, les préjugés… de nos élèves qu’on les éduque – qu’on les élève – vers leur place de citoyen et d’adulte responsable. Cela est à nuancer : il ne s’agit pas d’imposer quoi que ce soit, surtout pas une pensée, mais de remettre en question les représentations, les opinions, les préjugés de ces adolescents, afin d’affermir, de préciser, de structurer la leur.

En repensant à mon cursus personnel, il me souvient que les cours qui m’ont le plus apportés n’étaient pas nécessairement les plus « traditionnels », mais ceux dont la matière me permettait de créer un lien entre les choses. C’est en liant les pensées, les influences, les disciplines que l’enseignement génère du sens et de la réflexion, recrée le « lien nécessaire et naturel » dont parle Pascal dans la citation placée en exergue de ce travail, cela est par ailleurs d’autant plus indispensable dans une société comme la nôtre, dans laquelle, pour des raisons assez mystérieuses, les domaines de la pensée sont divisés de manière quasi-obsessionnelle, comme si le dialogue faisait peur, comme si les disciplines présentaient un intérêt propre autre que dans le rapport qu’elles entretiennent entre elles."

C'est beau hein ? Cette page est extraite du mémoire que j'avais composé et soutenu en Juin dernier pour clôturer mon année de formation de prof. Il est consacré à l'intérêt de la lecture chez les élèves. J'avoue l'avoir rangé, pensant ne plus l'ouvrir, jusqu'à ce que la réflexion d'une élève, hier, m'y fasse repenser. En effet, j'ai pris pour habitude d'introduire mes cours avec des extraits de bouquins dont je raconte brièvement l'histoire. Tel un marchand de tapis, je leur propose innocemment à la fin de leur prêter le livre. Et ainsi cette jeune fille m'a demandé de lui prêter l'Assommoir. Ce que je fis, sans me faire trop d'espoir. Et pourtant, en lui demandant hier si elle avait commencé, cette élève que j'appellerai Karine m'a avoué y avoir passé son week-end et en être à la moitié ! Elle m'a même posé des questions sur l'emploi du "on" dans l'écriture de Zola ! 

Il y a des instants de grâce quand même.

21 septembre 2009

Il ne ramassa pas sa mère, hélas

Les plus assidus fréquentateurs de ce modeste blog se souviendront peut-être de ce cher élève, qui a désormais orné son anonymat d'un patronyme de fort bon aloi, qui avait soutenu mordicus avoir passé son oral du bac français avec un autre examinateur que celui qui lui était échu à l'origine: il se souvenait que c'était un homme qui l'aurait pris sous son aile et dans sa salle pour lui faire passer son oral, vite fait bien fait, pour soulager sa collègue de ce poids. Les moins zélés d'entre vous n'ont qu'à descendre un peu plus bas jusqu'à l'article doucettement intitulé "Ôde à celui qui ramassa sa mère." 

Je croyais cette affaire close, mais il n'en est rien: aujourd'hui j'ai reçu un appel d'une brave femme du rectorat, qui me réexplique l'histoire, et qui me redemande si, vraiment, je n'aurais pas fait passer ce charmant jeune homme entre deux élèves. Nouvel élément: c'est normalement ma tutrice qui aurait dû faire passer ce candidat, ne serait-ce pas moi qui aurais, par hasard, voulu soulager un peu ma chère collègue ?
Nouveau refus, et embarras de la dame, qui m'annonce alors qu'il serait possible qu'une confrontation ait lieu au lycée, entre les quatre examinateurs de sexe masculin et l'élève, ce dernier ayant déclaré qu'il serait tout à fait en mesure d'identifier son examinateur (sic.) ! 
C'est quand même dingue, au point que je suis de nouveau allé vérifier si ce nom-là ne faisait pas partie de mes listes, au cas improbable qu'il ait fait partie de mes candidats et que j'aie oublié de rentrer sa note... Non, tout va bien. J'ai donc scanné tous mes bordereaux de notation (en pensant à chaleureusement remercier ma formatrice IUFM qui nous avait bassinés en nous disant de TOUJOURS garder une trace de nos documents officiels) à cette dame, accompagné d'un petit mot, assez désagréable pour le coup:

"Bonjour,

Voici, comme promis, les bordereaux de notation des élèves que j'ai fait passer à l'oral. Comme vous le voyez, le nom de l'élève concerné ne s'y trouve pas, et _aucun autre_ candidat que ceux indiqués sur ces documents n'est entré dans ma salle. J'espère que ces documents parviendront à confondre cet étudiant peu respectueux du travail d'autrui.

N'hésitez pas à me contacter pour une éventuelle confrontation, je serai ravi de dire à ce jeune homme ma façon de penser."

 

Il n'y a plus qu'à attendre et à méditer sur l'inpunité.

 


19 septembre 2009

Inauguration

On entend souvent parfois parler des fameux carnets de perles des profs, qui prétendent scrupuleusement noter les plus belles âneries/phrases de leurs élèves pour, soi-disant, les éditer un jour... Ces fameux bons mots, réels ou supposés, ont particulièrement bonne presse ces derniers mois, en particulier grâce aux pubs Bic, aux "perles du bac" qui atterrissent régulièrement dans nos boites mail ou au site de Charly...
Dans la mesure du temps que j'aurai, j'essaierai de tenir un petit journal des plus belles perles/âneries/stupidités d'élèves, tout en rendant hommage aussi à ce qui m'aura paru beau ou digne d'être noté: il faut savoir encourager les bonnes choses comme les mauvaises !

Je commence donc, en prenant le train en marche car il me serait difficile de reprendre tout depuis le début. Hier, j'étais avec mes cinquièmes en train de faire un exercice de conjugaison. Je me retourne 10 secondes pour noter un verbe au tableau. Que vois-je en voulant leur demander si tout allait bien ?
Un élève à quatre pattes sous une table, à l'autre bout de la salle ! Mon sang ne fait qu'un tour: "NICOOOOOLAAAAAAAAAAAAAAASSSSS ATAPLASSSSSSSSSSSSSSSSS !!!!!!!!!!!" , et votre serviteur de pousser une gueulante phénoménale sur le manque de respect, sur le "tutekrwaouissi?"; et de lui mettre une heure de colle, seule chose qui le fit réagir et qui provoqua chez notre délinquant le désir de légitimer son acte: "Mais monsieur, c'est Zacharie, il me demandait c'que ça voulait dire puceau ! J'allais lui expliquer c'est tout !"

Et le Zacharie de répondre: "Oui Monsieur, c'est vrai. Si vous le collez, collez-moi aussi, c'est ma faute !"... Donc, malgré toute ma bienveillance et l'attachement que l'on éprouve, malgré soi, pour ces gosses, je me dis: Que répondre à cela ?

Elle commence bien cette année.

25 juin 2009

Oui, ils prennent des stagiaires pour les oraux du bac

Ben ouais. J'ai reçu la convoc' dans mon casier, sans avoir rien demandé A la réunion me suis pointé, les descriptifs on m'a filé. Cette annonce a soulevé moult commentaires auprès de collègues, en particulier ceux du forum que je fréquente assidûment, sur le fait que, légalement, un stagiaire n'aurait (je dis "n'aurait" parce que personne n'a été en mesure de me montrer le texte de loi sur le sujet) pas le droit de faire passer des oraux du bac, contrairement à ce que nous ont dit nos formatrices IUFM. Et je suis en mesure de me demander pourquoi. Je n'aime pas trop les principes du forum, où les discussions partent très vite dans des engueulades ad hominem interminables, mais les arguments qui m'ont été opposés ne m'ont franchement pas convaincu. J'en veux pour preuve le fait que la plupart des descriptifs que j'ai récupérés sont d'une banalité assez affligeante. Je ne serais guère étonné de savoir que ces enseignants auteurs de ces descriptifs, les mêmes qui sont clairement expérimentés et qui viennent crier comme des putois pour que les stagiaires ne fassent passer d'oral de l'EAF, refourguent depuis une bonne dizaine d'années les mêmes séquences avec les mêmes textes. Alors lequel des deux est le plus légitime ? - le stagiaire qui sort de son CAFEP/CAPES et de sa prépa agreg, dont les connaissances sont encore fraîches, qui a vu toute l'année des élèves de lycée et qui a derrière lui plusieurs dizaines d'oraux blancs à son actif ? (votre serviteur, ahem) - le prof qui a de la bouteille, à tel point qu'il ressort les mêmes cours, les mêmes textes... depuis des années, et qui pérore sur l'inexpérience des jeunes bouseux fraîchement émoulus de la fac de lettres ? Je vous laisse en juger. Quoi qu'il en soit, je ne vois pas en quoi cela pose problème. Je ne me trouve pas plus bête ou plus incompétent qu'un autre, je crois être en mesure d'évaluer le niveau de connaissances d'un élève et de le noter en conséquence de cause, je pense maîtriser les textes que j'ai choisis pour les passages et les avoir préparés convenablement, et je ne vois pas en quoi le fait de ne pas avoir eu d'élève de première en classe entière (car je ne compte plus ceux que j'ai eus en cours particuliers ou en oraux blancs du bac ou de classe prépa, lesquels oraux m'ont été demandés par un lycée, alors que je n'avais pas encore le CAPES...) me rendrait illégitime. Il me semble que sous prétexte de spécialiser les profs, les compétences, les niveaux, on en arrive à enfermer les gens. Tout cela procède d'un mode de pensée profondément catégoriel dans lequel les compétences au sein d'un même domaine sont cloisonnées, fixées, imperméables...A ce compte-là, pourquoi ne pas créer un CAPES pour enseigner le français en sixième, un autre pour le français en cinquième, et ainsi de suite ? Enfin, s'il n'y avait pas eu un prof pour se faire porter pâle, je n'aurais pas été appelé. CQFD, ou presque. ps: Sneshia, merci de ta visite et de ton message! Je répondais moins à toi qu'à tous ceux qui m'ont pris la tête sur le forum avec cette histoire.
20 juin 2009

Le goûter de fin d'année

Ca y est, on peut dire que l'année scolaire est terminée. Ma première année scolaire complète en tant qu'enseignant, la première vraie. Parce que la première vraie de vraie sera l'an prochain, une année débarrassée des conneries d'IUFM et autres formations bidon.

Pour le coup, peut-être est-ce l'innocence gentillette de ma première sortie des cours, mais j'avais préparé un petit goûter à l'attention des élèves qui ont daigné m'honorer de leur présence. Je n'ai pu m'empêcher, au passage, de les faire mariner:

"Kévin:  Allez, m'sieur, c'est le dernier jour, on va pas travailler quand même !
Jules, le regard noir et le cartable impeccable: Pardon ? Est-ce que j'ai une tête à faire des goûters ou des belotes moi ?!
Kévin: ..."

Et pour les faire galérer, je les ai soûlés pendant une demi-heure sur les épreuves du bac de l'an prochain. Avant de conclure: "bon, je crois que l'on a terminé pour cette année. Je vous remercie blablabla, j'ai été très heureux blablabla, j'espère avoir de vos nouvelles blablabla et voici, pour ce faire, mon email. Enfin, pour vous récompenser et pour trinquer aux vacances, voici le goûter !"
C'est ti pas mignon ça ?
Et on a terminé l'heure en discutant avec des bombecs et du Coca. Quand l'heure fut passée, je leur ai dit, encore, au revoir, et ils partirent, tongs aux pieds, auréolés de mon estime. Je doute que je les reverrai au lycée la semaine prochaine, mais je pense que j'en croiserai pas mal à Perpignan, et j'espère que certains, 2 ou 3 en particulier, me donneront de leurs nouvelles.

Bou, ça fait bizarre. Cette année aura été difficile, surtout les trois premiers mois. Mais j'ai quand même eu des élèves en or. Ils étaient sympa, tout simplement. Sympas et pas idiots, on pouvait parler avec eux. Ils faisaient les cons, ils discutaient, ils rigolaient, mais ils étaient aussi facilement recadrables. De fait, les vrais clashes furent assez rares: 4 ou 5, pas plus. C'était, en fin de compte, ce qu'il fallait pour mettre un pied dans le métier dans de bonnes conditions: une demi-classe, des élèves agréables, un lycée qui tient la route.
Je doute que ça dure, mais le début m'a presque fait aimer le métier.

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