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31 décembre 2010

Bilan des opérations

Ca y est, 2010 vit ses dernières heures. D'ici un (petit) moment nous serons rentrés dans une nouvelle année, une nouvelle décennie aussi. Je n'irais quand même pas jusqu'à dire qu'elle est pasée rapidement, mais elle compte parmi les plus déterminantes pour moi, dans la mesure où elle fut la plus transitoire entre les années d'adolescence et l'âge d'homme, si tant est qu'on l'atteigne un jour.
Qu'étais-je en Décembre 1999 ?
Je préparais le bac, un bac L option maths, j'étais dans un petit lycée, dans une petite classe avec laquelle je m'entendais relativement bien, j'ai d'ailleurs gardé de solides contacts avec quelques unes d'entre elles (oui, forcément, ce n'étaient que des filles), pas nécessairement celles avec qui je m'entendais le mieux, par ailleurs. Un lycéen classique, finalement. Un peu timide, assez mal dans sa peau, manquant de confiance en lui. Comme la plupart des adolescents que je croise quotidiennement.
J'avais rencontré mon premier amour aussi, depuis quelques mois. Elle s'appelait Célia, et elle devait me quitter un an et demi plus tard, me faisant vivre ma première grosse déprime. Je n'ai plus que des contacts lointains avec elle, même si c'est une personne que je continue d'apprécier énormément.
Je venais de rater mon permis, pour la première fois. J'étais dégoûté, et je ne me doutais pas qu'il me faudrait encore plus d'un an avant de l'avoir, et qu'entre-temps, ce serait le permis moto que j'obtiendrais.
Je ne savais pas exactement quoi faire de mes études ni de ma vie professionnelle. On m'avait parlé, à plusieurs reprises, de faire une classe préparatoire, ce que j'ai eu la sottise de refuser, impressionné que je fus par la masse de travail. Un de mes plus gros regrets, l'une des rares choses que je ne referais pas.

Et les années ont passé, avec leur lot de joies, de bonnes nouvelles, de rires, de larmes, de rencontres décisives et celles dont on se serait finalement bien passé. La plupart des choix cruciaux, finalement, se sont presque imposés malgré moi. Pourquoi une fac de lettres, par exemple ? Je ne saurais, sincèrement, le dire précisément.  
Maintenant, me voilà prof, et adulte. Un grand garçon en devenir. Bien entendu, il y a encore plein de points noirs, de peurs, de tristesses, de questions non résolues, de points sur lesquels je reste crispé. Quelques regrets aussi, des décisions qu'il aurait peut-être fallu prendre, des dossiers à traiter frontalement au lieu de les remettre systématiquement au lendemain. Mais dans l'ensemble, je reste assez content de ce que je suis devenu, le bilan aurait pu être bien pire. Plus ça va, et plus je vois de personnes qui restent sur le bord de la route, d'une manière ou d'une autre. Tellement de personnes ont été et sont toujours si importants dans l'aiguillage de ma vie. Les recenser serait une gageure.
Les voeux pour l'année 2011 et pour cette décennie ? Je ne sais pas vraiment. Rester, ou continuer de devenir, de plus en plus cohérent vis-à-vis de ce que je veux et ne veux pas, savoir dire ma vérité quand cela me semble important sans pour autant me braquer dessus, être là pour mes proches quand ils en auront besoin, accepter les choses qui arrivent, les plus belles comme les plus tragiques, avec le plus de tempérance possible, continuer éternellement d'apprendre, apporter de la joie autour de moi, vivre de telle sorte que ma mort ne soit une bonne nouvelle pour personne.

Le reste est silence.
A l'année prochaine ! 

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30 décembre 2010

Ce mol oreiller

1552gaston_oreiller

Voilà près de deux mois que je n'ai pas mis à jour ce blog, cela commence à faire, alors que je m'étais promis d'être plus régulier et plus cohérent dans l'avancée de ce "travail".
Certes, le boulot me prend beaucoup de temps. Et le soir, après une journée de collège, je n'ai pas trop la tête à chercher une idée accrocheuse et pertinente à développer à l'attention du rare public qui me fait le plaisir de lire ces lignes.
Bien entendu, sans faire étalage de ma vie privée, les dernières semaines ont été marquées par une séparation, qui s'est certes faite avec douceur et intelligence, mais il s'agit quand même de quelque chose d'important qui prend du temps et de l'énergie, dans tous les sens du terme: énergie matérielle, énergie émotionnelle, énergie pour arrondir les angles, pour maintenir les choses dans une cohérence... Ce n'est pas évident, d'autant plus que je n'ai pas été célibataire depuis plus de neuf ans. Ce sont des balises à trouver, des fonctionnements à acquérir.
Il est vrai que le niveau scolaire des élèves qui m'ont été confiés est extrêmement bas. Plus ça va, et plus je m'écarte du discours néo-conservateur, du "c'était mieux avant", que j'avais pris l'habitude de clamer; de telle sorte qu'il n'est pas nécessaire de travailler énormément pour leur apporter de la matière

Qui veut faire quelque chose trouve un moyen; qui ne veut rien faire trouve une excuse. Et des excuses, je pourrais en trouver à la pelle pour justifier l'inexactitude de ce que mon ami François me disait hier soir: à ne rien faire, on s'encroûte, on perd les quelques rares qualités que la nature a eu la bonté de nous dispenser. Et je mesure, une fois la mauvaise foi reléguée au placard, à quel point il avait raison et tout ce que j'ai pu perdre en l'espace de quelques mois:

- En acuité d'écriture, je trouve mes phrases lourdes et pataudes, elles viennent avec peine, s'enchaînent sans grâce et difficilement...
- En curiosité intellectuelle, les sites de littérature, de musique, les magazines culturels devenant de plus en plus rares à la maison. De plus en plus, je me demande quoi lire

- En rigueur dans mon boulot, me contentant d'à peu près, de gros plans esquissés à la hâte... Mes cours ne sont pas nuls, les élèves en tirent toujours du savoir, mais je m'aperçois qu'ils n'en tirent
que cela, alors qu'un bon cours doit avant tout susciter la Curiosité.

- En renouvellement d'acquis: j'ai l'impression d'oublier plein de trucs, de ne pas relire assez mes classiques ou mes gros cours de grammaire. J'hésite sur certains trucs qui ne m'auraient posé aucun problème il y a ne serait-ce que deux ans. Même peur par moments des questions d'élèves, alors que jusque là elles ne me posaient pas problème. Non que j'avais réponse à tout, loin de là, mais j'ai presque la flemme, maintenant, de chercher la réponse !

Autant être clair: je m'empâte, je me conforte dans la paresse, et je procrastine, comme dirait mon ami John, je perds mon temps avec des choses sans intérêt. Il faut voir le verre à moitié plein, ceci dit: une lecture stimulante m'accaparera aussi intensément que par le passé, et les bons réflexes reviennent très vite, il suffit de peu de choses pour que les connections se refassent aussi rapidement... mais il y a du travail, et j'ai du temps. On arrive toujours trop tard, et tout est déjà fait, comme disait l'autre.
Donc se fixer, la nouvelle année arrivant est un point de départ on ne peut plus symbolique, des objectifs intelligents: me remettre à écrire, et sur un vrai support (autre chose que ce blog); me remettre à la lecture de classiques; me tenir à plus de rigueur dans mes cours pour qu'ils redeviennent encore plus intéressants et retrouver cette sensation délicieuse d'une classe suspendue à vos lèvres, non parce que vous dites quelque chose de formidable mais parce qu'ils sentent (et en quoi ils ne sont pas plus bêtes que nous l'étions) que ce qu'on leur raconte passionne celui qui le raconte, et que donc cela doit revêtir un certain intérêt...
Voilà quelques chantiers à entamer, et ce dès aujourd'hui.