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22 août 2008

L'hôpital de Perpignan

Dieu merci, je ne l'ai que rarement fréquenté. Je n'ai jamais été un téméraire.
En revanche, on m'a avait beaucoup parlé de l'état déplorable de son service d'urgence. Hier soir, j'ai pu l'expérimenter. Situation docteurhaoussienne: boeuf et belle-soeur se vautrent en scoot. Par précaution, et puisque mademoiselle est enceinte, direction les urgences, puisqu'on sait jamais...
Et donc, arrivée à 20h30 environ dans l'hôpital de Perpignan. J'ai compris de suite: un couloir crado avec quelques chaises faméliques, dont la majorité avaient été privées de leur assise d'ailleurs, mal éclairé, donnant sur un immense chantier dégueulasse. Et on attendait, comme des cons. Par chance, les deux Fangio ont été pris de suite, et j'ai attendu jusqu'à 23h environ que les soins adéquats leur fussent administrés: en attendant, j'ai eu le loisir de constater la faune qui frquentait, de nuit, les urgences: une majorités d'alcooliques, de toxicos, quelques gosses amenés là par leurs parents affolés, des flics qui ramènent un mec menotté...Tout cela s'alliait à merveille avec les gitans qui se roulaient un pétard tranquillement, assis sur les bancs pourris. Au moins, il y avait une machine à café, je n'avais pas tout perdu.
Et j'ai eu un éclair de génie: dans ma voiture se trouvait mon kit mains libres, donc j'avais une radio que je me suis empressé de brancher. En reconnaissant le Couronnement de Pompée, je me suis remis à ma place, observant ces couloirs glauques, regardant le passage de tous ces gens paumés, blessés, perdus...tout en ayant l'impression que la musique de Monteverdi s'infiltrait petit à petit dans mes veines. A 23h30, les deux jeunes sont sortis, et après un bref passage dans le service de gynécologie, qui nous a confirmé que oui le bébé allit bien, et que finalement il y avait eu plus de peur que de mal, nous sommes rentrés.

J'étais presque triste de partir.

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21 août 2008

Mea Culpa

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Je souffre d'un symptôme assez inquiétant pour un prof de français. Honte à moi, je vais annoncer ma décrépitude au monde entier: il est extrêmement rare, ami lecteur, que je finisse un livre.
Oui, en effet, c'est très rare que j'en dépasse les deux tiers. Qu'il s'agisse de poésie, de théatre, de prose, de romans ou d'autobiographies, j'interromps très souvent la lecture avant la fin. Ce n'est pas de la paresse: je lis assez vite, et ce n'est pas une activité désagréable. Ce n'est pas non plus de l'ennui à cause de la qualité du livre: je pense le plus grand bien de plein de livres que je n'ai même pas terminé (Coriolan, Un Roi sans Divertissement, Mort à Crédit, l'Emile, Jane Eyre, la Recherche...). Pas de la flemme, pas de la surcharge de choses à lire à côté...Je crois, après y avoir pas mal réfléchi, qu'il s'agit simplement d'une espèce de lassitude qui s'installe une fois que j'ai repéré le fonctionnement d'un texte, après avoir compris dans quel sens tourne la grosse machine qui sous-tend l'agencement des pages, des paragraphes, des phrases et des mots. Finalement, l'intrigue ne m'intéresse que peu. Avec le temps, et sans doute est-ce grâce au nombre incalculable d'explications que j'ai faites/écoutées) je suis devenu bien plus sensible à tout ce que les élèves jugent secondaire: la cadence, les rythmes, les sonorités, le rendu plastique...J'en viens très souvent, et je crois que c'est cela qui vient justifier mon désinteressement de la littérature pure, à considérer une oeuvre littéraire comme une partition. Chaque lecture, en réactualisant la manière d'aborder le code dérisoire permettant d'accéder à la musique du texte, donne à l'oeuvre une extension dans le temps, dans l'espace et dans l'émotion. Une fois que ce fonctionnement est compris, que j'ai senti vers quoi l'auteur tendait, une lassitude me prend, au point de ne plus avoir envie de finir le bouquin. Presque par contrecoup, le fait de le finir n'est pas nécessairement gage d'une quelconque excellence. Je termine un livre souvent sans m'en apercevoir.

Et s'il y a un auteur chez qui ce processus de musicalité joue à plein, c'est bien Julien Gracq. J'ai eu, pendant très longtemps, une réaction de rejet, après avoir lu La Presqu'île. Je trouvais ça chiant, mais je me mentais. Ce n'est pas chiant du tout, mais il faut sentir la machine tourner, il faut saisir le mouvement qui fait ronronner les phrases de Gracq, et c'est baucoup plus complexe qu'il n'y paraît. Au fur et à mesure que les mois s'écoulaient, j'ai, petit à petit, commencé à comprendre ce qu'il en était, jusqu'à ce qu'Un Balcon en Forêt devienne un de mes romans préférés. Et aujourd'hui, alors que je me débattais sur ma traduction de Steinbeck, j'ai eu envie de commencer le Rivage des Syrtes, je suis donc allé le chercher pour le commencer. Et bien m'en a pris parce que je me suis régalé. A la page 40, je sais à peine de quoi il s'agit, et à la rigueur je m'en moque. En revanche, ce qui me fait frémir à chaque page, c'est la construction des phrases, ce sont les sonorités, le rythme, l'amplitude de cette écriture trempée dans la pluie, les forêts noires et le brouillard. Les paysages et les ambiances de Gracq me correspondent beaucoup: le froid, les pluies de novembre, la pluie, la solitude...Et j'ai compris, en refermant le livre au bout d'un moment (car ce n'est pas le genre de bouquin qu'il faut lire en deux jours, il faut le temps de s'imprégner et de se laisser submerger) que, malgré les autres choses qui me tiennent désormais bien plus à coeur, j'aimais encore la littérature.

18 août 2008

Mens sana in corpore sano...tu parles

Ainsi donc, la fin des vacances commence à approcher. Dangereusement même: tout le monde commence à parler de la rentrée, les soirées grillades & co se raréfient, les copains redeviennent casaniers...Même Hapax est partie, et en partant (à 1h45, certes) de chez Bénédicte, j'ai eu comme le sentiment que la dernière soirée de l'été se profilait dangereusement. Il va donc falloir retrouver un rythme sain: coucher pas trop tard, mais surtout lever tôt, et au travail pour se remettre bien sur les rails.
Mais avant tout, il était carrément impossible de squizzer Bénédicte sans parler de son taille-crayon. Je ne m'éloigne pas du sujet initial, puisque cet ustensile sorti de manière si ostentatoire venait ponctuer, il y a deux ans, nos cours de CAPES. Bénédicte, donc, déteste les porte-mine et préfère le contact plus viril du bois (guère étonnant, pour une spécialiste de Giono). Seulement les petits taille-crayons merdiques de Carrefour lui niquent systématiquement ses jolis crayons. Il a donc fallu recourir à LA Bête de Course:

DSCF5310Si ce truc là était une mobylette de livraison, en comparaison je continuerais de livrer sur mon Fox 50 alors que Bénédicte me mettrait un vent avec son CBR 900. Machin qui maintient le crayon bien en place, petite manivelle rotativement axatoire (elle tourne sur un axe, quoi) pour une taille personnalisée, couleurs vives qui vous donnent direct une insolation et, le must du must, le petit réservoir pour récupérer les déchêts crayonnatoires.

DSCF5311Non, vraiment, le top of the pop. Et donc, Bénédicte sortait religieusement, en chaque début d'heure, son petit (enfin, son énorme) taille-crayon. C'était le rituel, et ça m'amusait beaucoup. Parce que c'était tout Bénédicte: méticuleuse, appliquée, de bons outils pour une bonne artisane, le besoin de se rassurer avec des petits trucs comme ça. Bien évidemment, nous la charrions avec ce taille-crayon. Il n'empêche qu'elle a eu son CAPES...avec ce taille-crayon sur la table pendant les écrits. Et maintenant, j'ose espérer qu'elle ne calera pas dans ce joli instrument les petits doigts tout fins des méchants Kévins et Kévinas "pour leur apprendre à s'révolter."
Enfin. La rentrée se rapproche, donc ressortons et préparons tous nos taille-crayons respectifs !

15 août 2008

A star is born

DSCF5211 Voici donc un cahier. Un simple cahier à gros carreaux que je vais méticuleusement noircir selon ma méthode habituelle de travail (qui est d'ailleurs, je l'ai appris après coup, la même qu'utilisait Steinbeck), à savoir idées principales sur la page de gauche, et rédaction sur la page de droite. J'ai décidé, sur les encouragements de Sophie et d'Emilie, de rédiger les anecdotes d'un livreur de pizzas. Et oui. Parce que mine de rien, j'ai fait ce travail de 2002 à 2008, j'ai livré des centaines de pizzas à des centaines de gens, et que des anecdotes, j'en ai vraiment un sacré gros paquet. Des histoires marrantes, des petits faits divers rigolos, des événements d'actualité vus dans un oeil de boeuf bien particulier...L'idée est donc d'en réunir environ 25, et de les rédiger pour les publier. Pour le fun aucune prétention de quoi que ce soit. Et d'après la petite recherche que j'ai faite sur sudoc, cela n'a jamais été fait. Seulement, il est hors de question de signer de mon vrai nom. ca ferait un peu tache d'huile sur la lissitude de ma brève carrière universitaire. Adoncques ma chère Hapax m'a trouvé un pseudonyme qui nous a fait assez rire pour que je l'adoptasse: ainsi donc est né Aldo Laceclat, brillant auteur de l'Odyssée du Livreur Solitaire. Ca en jette non ? D'autant plus que ce petit opuscule aura une dimension cathartique: il s'agira d'expulser toute la rage accumulée par ce travail merdique et de le transformer en de belles pages bien cyniques dans lesquelles je me vengerai de tous ces blaireaux. En espérant que je contribuerai ainsi à améliorer la perception que les gens peuvent avoir de leur livreur de pizzas. Amen.
3 août 2008

Un choc musical

Samedi soir, un autre passe-droit du conseil général nous a permis d'aller écouter, en première loge, un morceau que je n'avais jamais entendu, mais dont le titre me faisait déjà penser le plus grand bien: le Quatuor pour la fin du Temps (1941), d'Olivier Messiaen (1908-1992). Je craignais un peu l'effet "musique contemporaine" en arrivant: une musique tellement hermétique qu'elle en devient inaudible. Mais je voulais quand même m'immerger, d'autant plus que le cadre magnifique de l'abbaye de St Michel de Cuxa le permettait volontiers. D'autant plus que l'on ne s'était vraiment pas foutu de nous: nous étions au premier rang, à moins d'un mètre des musiciens. Après une offrande musicale assez laborieuse et un entracte démesurément long, je commençais à me dire que j'avais perdu mon temps, jusqu'à ce que le clarinettiste du quatuor vienne faire un petit laïus sur l'histoire de cette oeuvre, composée à Verdun et dans le camp de Görlig. Cet éclairage donné, le morceau débuta. Je ne le compris pas sur le moment, mais ce fut une explosion musicale. A la fois un sentiment de malaise, un déséquilibre poussé jusqu'à l'extrême, mais aussi, et surtout, une musique qui dépasse largement les conditions houleuses de sa création. Ce titre faulknérien est on ne peut mieux choisi, ce quatuor célèbre le temps qui ne sera plus, non celui qui verra la fin de la guerre et des vicissitudes de l'hic et nunc, mais celui du jugement dernier. C'est d'ailleurs à partir d'une citation de l'Apocalypse (« Je vis un ange plein de force, descendant le ciel, revêtu d’une nuée, ayant un arc-en-ciel sur la tête. Son visage était comme le soleil, ses pieds comme des colonnes de feu. Il posa son pied droit sur la mer, son pied gauche sur la terre, et, se tenant debout sur la mer et la terre, il leva la main vers le Ciel et jura par celui qui vit dans les siècles des siècles, disant : il n’y aura plus de temps ; mais au jour de la trompette du septième ange, le mystère de Dieu se consommera. » , chapitre X) que Messiaen a organisé son morceau. Toutes ces données échappent à l'auditeur lorsqu'il est traversé par cette musique, car le sentiment de malaise qu'elle dégage le transporte, paradoxalement, vers une grande sérénité, vers un équilibre que l'on finit par trouver progressivement. Ce type de morceau est assez ingrat lorsqu'on ne prend pas la peine de le prendre à bras-le-corps, et je comprends tout à fait que l'on en sorte plus que dubitatif, même si cette oeuvre est quand même assez abordable. Pour ma part, je ne me suis pas ennuyé une seule seconde, et je ne dus pas être le seul, à en croire les dix secondes de silence qui suivirent la dernière note du morceau. Une expérience extraordinaire. Image_Quatuor_fin_du_temps
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