3 août 2008
Un choc musical
Samedi soir, un autre passe-droit du conseil général nous a permis d'aller écouter, en première loge, un morceau que je n'avais jamais entendu, mais dont le titre me faisait déjà penser le plus grand bien: le Quatuor pour la fin du Temps (1941), d'Olivier Messiaen (1908-1992). Je craignais un peu l'effet "musique contemporaine" en arrivant: une musique tellement hermétique qu'elle en devient inaudible. Mais je voulais quand même m'immerger, d'autant plus que le cadre magnifique de l'abbaye de St Michel de Cuxa le permettait volontiers. D'autant plus que l'on ne s'était vraiment pas foutu de nous: nous étions au premier rang, à moins d'un mètre des musiciens.
Après une offrande musicale assez laborieuse et un entracte démesurément long, je commençais à me dire que j'avais perdu mon temps, jusqu'à ce que le clarinettiste du quatuor vienne faire un petit laïus sur l'histoire de cette oeuvre, composée à Verdun et dans le camp de Görlig. Cet éclairage donné, le morceau débuta. Je ne le compris pas sur le moment, mais ce fut une explosion musicale. A la fois un sentiment de malaise, un déséquilibre poussé jusqu'à l'extrême, mais aussi, et surtout, une musique qui dépasse largement les conditions houleuses de sa création. Ce titre faulknérien est on ne peut mieux choisi, ce quatuor célèbre le temps qui ne sera plus, non celui qui verra la fin de la guerre et des vicissitudes de l'hic et nunc, mais celui du jugement dernier. C'est d'ailleurs à partir d'une citation de l'Apocalypse (« Je vis un ange plein de force, descendant le ciel, revêtu d’une nuée, ayant un arc-en-ciel sur la tête. Son visage était comme le soleil, ses pieds comme des colonnes de feu. Il posa son pied droit sur la mer, son pied gauche sur la terre, et, se tenant debout sur la mer et la terre, il leva la main vers le Ciel et jura par celui qui vit dans les siècles des siècles, disant : il n’y aura plus de temps ; mais au jour de la trompette du septième ange, le mystère de Dieu se consommera. » , chapitre X) que Messiaen a organisé son morceau.
Toutes ces données échappent à l'auditeur lorsqu'il est traversé par cette musique, car le sentiment de malaise qu'elle dégage le transporte, paradoxalement, vers une grande sérénité, vers un équilibre que l'on finit par trouver progressivement. Ce type de morceau est assez ingrat lorsqu'on ne prend pas la peine de le prendre à bras-le-corps, et je comprends tout à fait que l'on en sorte plus que dubitatif, même si cette oeuvre est quand même assez abordable. Pour ma part, je ne me suis pas ennuyé une seule seconde, et je ne dus pas être le seul, à en croire les dix secondes de silence qui suivirent la dernière note du morceau.
Une expérience extraordinaire.
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