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30 septembre 2009

Fabio le malfrat

Fabio, je l'aime bien. C'est pas une flèche, il est un peu retors sur les bords, mais je l'aime bien malgré tout, à cause du bon sourire benêt qu'il affiche tous les jours que Dieu fait, et quels que soient les remarques qu'on lui fasse. Il est content Fabio, pour lui tout roule, du moment que les copains sont là, qu'il peut parler, rigoler, faire des coups foireux... Un bon p'tit gars, qui ne sera probablement pas major de l'ENS, mais un bon gamin. Sans être plus indulgent avec lui, c'est mon préféré.
Mais lundi, Fabio, à force de tchatcher avec son pote, j'en ai eu marre et il s'est pris cent lignes. Il a eu l'air indigné quelques secondes, mais le sourire réapparut sur sa tête de benêt. "Bien m'sieur."

Dont acte. Bravement, Fabio m'a apporté tout à l'heure sa feuille double. Il a rempli sa part de contrat, l'histoire est close, le cours a commencé et la sanction a même porté ses fruits: abîmé derrière ses lunettes trop grandes, notre adolescent semblait fasciné par la nouvelle de Buzzati que son merveilleux enseignant avait soumis à sa juvénile sagacité. 
Lequel enseignant, en dictant un point important de son cours, posa distraitement les yeux sur la copie double de Fabio. "Y a un truc", que je me suis dit sans vraiment savoir d'où me venait cette intuition, qui me fut rapidement confirmée: dans un excès de zèle, Fabio avait numéroté ses lignes: 10, 20... Mais à y regarder de plus près, je me suis aperçu que notre jeune homme avait indiqué ses précieux repères non toutes les dix lignes, mais toutes les huit lignes... Et s'était donc épargné un cinquième de son travail ! En levant un sourcil terrible qui eût fait frissonner Himmler mais dont le seul mérite résidait dans l'antinomie avec mon éclat de rire intérieur, je dis "Fabio, tu viendras me voir à la fin de l'heure". Sourire béat, surpris.
Ben voyons.
Le reste est dialogue:
"- Bon, fabio, tu peux me le dire: tu m'as pris pour un imbécile.
- Mais de quoi vous parlez M'sieur ?
- Fabio, tu t'es dit que comme j'étais prof de français, je n'aurais pas compté le nombre de lignes, c'est ça ? (NDLR: réflexion judicieuse, d'ailleurs, je me serais fait avoir si l'un de ses camarades ne m'avait pas rendu cent lignes deux jours avant)
- ... Ah, j'ai dû me tromper, excusez-moi M'sieur" 

J'avoue: il m'a intérieurement fait mourir de rire, je n'ai pas eu le coeur de lui redonner cent lignes comme j'aurais dû le faire, je l'ai juste sommé de terminer sa punition, en laissant un petit mot à l'attention de ses chers parents: "Fabio a oublié de terminer le travail en comptant plus de lignes qu'il n'en avait effectivement faites. Une erreur d'inattention, sans doute..."

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29 septembre 2009

Des moments de grâce

"Faut-il privilégier une idée creuse exprimée dans un français parfait, ou une réflexion pertinente maladroitement présentée ? Faut-il préférer la présentation à la pensée ? Le paraître à l’être ? Sans trancher de manière trop abrupte ces questions certainement trop manichéennes, le positionnement de l’enseignant se définit par rapport à ses convictions personnelles. Pour ma part, au-delà des objets d’étude et des programmes qui viennent structurer, de manière parfois quelque peu artificielle, l’architecture de mon cours, au-delà de l’enseignement normal et nécessaire des règles de grammaire ou de conjugaison, le rôle de l’enseignant est de susciter de la réflexion. C’est en remettant en question les connaissances, les valeurs, les préjugés… de nos élèves qu’on les éduque – qu’on les élève – vers leur place de citoyen et d’adulte responsable. Cela est à nuancer : il ne s’agit pas d’imposer quoi que ce soit, surtout pas une pensée, mais de remettre en question les représentations, les opinions, les préjugés de ces adolescents, afin d’affermir, de préciser, de structurer la leur.

En repensant à mon cursus personnel, il me souvient que les cours qui m’ont le plus apportés n’étaient pas nécessairement les plus « traditionnels », mais ceux dont la matière me permettait de créer un lien entre les choses. C’est en liant les pensées, les influences, les disciplines que l’enseignement génère du sens et de la réflexion, recrée le « lien nécessaire et naturel » dont parle Pascal dans la citation placée en exergue de ce travail, cela est par ailleurs d’autant plus indispensable dans une société comme la nôtre, dans laquelle, pour des raisons assez mystérieuses, les domaines de la pensée sont divisés de manière quasi-obsessionnelle, comme si le dialogue faisait peur, comme si les disciplines présentaient un intérêt propre autre que dans le rapport qu’elles entretiennent entre elles."

C'est beau hein ? Cette page est extraite du mémoire que j'avais composé et soutenu en Juin dernier pour clôturer mon année de formation de prof. Il est consacré à l'intérêt de la lecture chez les élèves. J'avoue l'avoir rangé, pensant ne plus l'ouvrir, jusqu'à ce que la réflexion d'une élève, hier, m'y fasse repenser. En effet, j'ai pris pour habitude d'introduire mes cours avec des extraits de bouquins dont je raconte brièvement l'histoire. Tel un marchand de tapis, je leur propose innocemment à la fin de leur prêter le livre. Et ainsi cette jeune fille m'a demandé de lui prêter l'Assommoir. Ce que je fis, sans me faire trop d'espoir. Et pourtant, en lui demandant hier si elle avait commencé, cette élève que j'appellerai Karine m'a avoué y avoir passé son week-end et en être à la moitié ! Elle m'a même posé des questions sur l'emploi du "on" dans l'écriture de Zola ! 

Il y a des instants de grâce quand même.

29 septembre 2009

C'est la guerre

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Ca y est, la guerre est déclarée. Les p'tits fumiers veulent jouer au con, ils ne réalisent pas à qui ils ont affaire: j'adore ça, jouer au con, et je vais les plier en quatre.
Hier, pendant mon cours de cinquième 3, j'étais en train d'écrire un mot au tableau quand j'ai vu, à un mètre sur ma gauche et au raz du sol, un bout de gomme taper tranquillement le mur. Je me suis retourné. Evidemment, personne, et impossible d'accuser sans être sûr. Ca c'est une première, ils avaient jamais osé faire ça, d'autant plus que je ne suis pas certain que ce projectile m'était destiné. Je dirais même que j'en doute. Ca ne change rien, j'en conviens.

Il reste que, furieux, j'ai expliqué que je ne noterai plus rien au tableau puisqu'ils étaient incapables de se tenir correctement, et que j'ai passé le reste de l'heure à dicter. Pour demain, je leur ai préparé un contrôle-surprise pour qu'ils se viandent, et durant lequel je relèverai quelques cahiers... Je pensais avoir installé un calme relatif dans ce zoo, mais je m'aperçois que j'en suis encore loin de les tenir. Par conséquent je vais serrer la vis, quitte à me mettre la classe à dos. Diviser pour mieux régner: à force de s'entendre dire qu'ils n'ont qu'à s'en prendre aux fouteurs de merde, j'ose espérer que ça fera son effet.
Avec un peu de chance, je vais presque y prendre goût ! Finalement ce n'est pas si mal que ça: sur quatre classes, deux troisièmes convenables et une cinquième excellente, le ratio n'est pas si terrible !

28 septembre 2009

Rachmaninov, ou de l'indistinction

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Indistinction, et non inaudibilité.
J'ai profité d'uns course à faire à l'autre bout de la ville pour joindre l'utile à l'agréable et écouter un disque qui m'a été offert hier: les premier et deuxième concertos de Rachmaninov, par Zimerman, Ozaka et l'orchestre symphonique de Boston. Un disque qui a déjà quelques années, il date de 2004, pour des enregistrements faits en 1997 et 2000. Je me souviens de ce disque, dans la mesure où j'avais lu à sa parution une interview de Zymerman, qui prétendait n'être pas pour le moment capable d'enregistrer le troisième concerto, cette oeuvre l'ébranlant tellement qu'il lui serait impossible de "risquer sa vie" à chaque concert. Opinion que je partage volontiers.

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Les deux premiers, donc, que je n'avais pas eu l'occasion d'écouter sous les doigts du pianiste polonais et la baguette d'Ozawa. J'ai immédiatement compris pourquoi ce disque avait fait tant de bruit quand il était sorti. J'avoue que j'avais un peu peur d'écouter une version solaire, défaut que j'ai souvent retrouvé en écoutant ces concertos: la partie piano nécessitant une telle virtuosité, il est à craindre que l'interprète ne la mette en valeur au détriment de l'oeuvre, oubliant ainsi ce qui fait la caractéristique de Rachmaninov dans ses quatre concertos, ce que j'appelle l'indistinction.
Or, que nenni. Bien que le jeu de Zymerman soit toujours aussi magistral et d'une incroyable justesse, le pianiste n'est pas dans une démarche de virtuosité à tout prix: le jeu est au service de l'oeuvre, le piano respecte la dynamique que Rachmaninov voulait, semble-t-il, conférer à sa partition. Du ppp au fff, toutes les nuances sont restituées, malgré un orchestre que j'ai parfois trouvé un peu trop présent, trop envahissant. J'oserais croire que le symphonique berlinois dirigé par Gergiev eussent constitué un choix plus judicieux. Mais je chipote: ces interprétations restent de très haute tenue et justifient complètement les nombreuses distinctions reçues lors de sa parution.

26 septembre 2009

Punto. Basta.

6a00d8341e0cf153ef00e54f29d1288833_800wiQuelle ne fut pas ma stupéfaction lorsqu'en discutant avec le prof de sport, qui a eu d'ailleurs la bienséance de ne pas se vexer du fait d'être désigné comme prof de sport et non professeur d'éducation physique et sportive, celui-ci m'a avoué qu'il faisait faire des lignes à ses élèves les plus récalcitrants.
Horreur et damnation. Etant un pur produit d'élevage de l'IUFM, je ne pouvais qu'être choqué par de telles pratiques: les lignes, ça ne sert à rien ! Ca enferme le pauvre jeune dans un discours fermé, stérile, c'est un travail qui ne le fait pas progresser, qui ne sert à rien, qui n'est pas valorisant, qui ne lui permet pas de mettre en valeur sa créativité, son imagination... Bref, les lignes ça pue du cul.
Il reste qu'une fois le choc passé, j'ai décidé, pour voir, de faire un test: il ne faut pas mourir con, après tout. Ca tombait bien, j'avais mon cobaye préféré (oui, je dis bien mon cobaye, car cette classe constitue une quasi-unité de connerie), à savoir ma cinquième 3. Il m'était impossible de ne pas avoir l'occasion de sévir en une heure de cours, et en effet, au bout de vingt minutes, un élève se lève, tranquille, pour aller chercher je ne sais quoi. Après l'avoir rabroué, je l'invitai à prendre son agenda et lui donnai cent fois à copier: "Je ne me lève pas en cours de français". Pour lundi. J'étais déçu: il n'a pas bronché, mais il s'est tenu à carreaux après que je lui eus expliqué qu'il ne tenait qu'à lui de l'avoir 200 ou 300 fois.
Dix minutes plus tard, excédé par les ricanements/bavardages d'un autre, je lui donnai la même sanction, ce qui ne fut pas sans soulever un flot de protestations, forcément: le prof de maths lui en avait déjà donné quatre-cent ! Mais soit, il obtempéra, pour remettre ça cinq minutes plus tard, d'où une centaine de lignes supplémentaires. On est allé jusqu'à trois-cent comme ça, mais j'ai eu un calme relatif.
A creuser.

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21 septembre 2009

Il ne ramassa pas sa mère, hélas

Les plus assidus fréquentateurs de ce modeste blog se souviendront peut-être de ce cher élève, qui a désormais orné son anonymat d'un patronyme de fort bon aloi, qui avait soutenu mordicus avoir passé son oral du bac français avec un autre examinateur que celui qui lui était échu à l'origine: il se souvenait que c'était un homme qui l'aurait pris sous son aile et dans sa salle pour lui faire passer son oral, vite fait bien fait, pour soulager sa collègue de ce poids. Les moins zélés d'entre vous n'ont qu'à descendre un peu plus bas jusqu'à l'article doucettement intitulé "Ôde à celui qui ramassa sa mère." 

Je croyais cette affaire close, mais il n'en est rien: aujourd'hui j'ai reçu un appel d'une brave femme du rectorat, qui me réexplique l'histoire, et qui me redemande si, vraiment, je n'aurais pas fait passer ce charmant jeune homme entre deux élèves. Nouvel élément: c'est normalement ma tutrice qui aurait dû faire passer ce candidat, ne serait-ce pas moi qui aurais, par hasard, voulu soulager un peu ma chère collègue ?
Nouveau refus, et embarras de la dame, qui m'annonce alors qu'il serait possible qu'une confrontation ait lieu au lycée, entre les quatre examinateurs de sexe masculin et l'élève, ce dernier ayant déclaré qu'il serait tout à fait en mesure d'identifier son examinateur (sic.) ! 
C'est quand même dingue, au point que je suis de nouveau allé vérifier si ce nom-là ne faisait pas partie de mes listes, au cas improbable qu'il ait fait partie de mes candidats et que j'aie oublié de rentrer sa note... Non, tout va bien. J'ai donc scanné tous mes bordereaux de notation (en pensant à chaleureusement remercier ma formatrice IUFM qui nous avait bassinés en nous disant de TOUJOURS garder une trace de nos documents officiels) à cette dame, accompagné d'un petit mot, assez désagréable pour le coup:

"Bonjour,

Voici, comme promis, les bordereaux de notation des élèves que j'ai fait passer à l'oral. Comme vous le voyez, le nom de l'élève concerné ne s'y trouve pas, et _aucun autre_ candidat que ceux indiqués sur ces documents n'est entré dans ma salle. J'espère que ces documents parviendront à confondre cet étudiant peu respectueux du travail d'autrui.

N'hésitez pas à me contacter pour une éventuelle confrontation, je serai ravi de dire à ce jeune homme ma façon de penser."

 

Il n'y a plus qu'à attendre et à méditer sur l'inpunité.

 


19 septembre 2009

Inauguration

On entend souvent parfois parler des fameux carnets de perles des profs, qui prétendent scrupuleusement noter les plus belles âneries/phrases de leurs élèves pour, soi-disant, les éditer un jour... Ces fameux bons mots, réels ou supposés, ont particulièrement bonne presse ces derniers mois, en particulier grâce aux pubs Bic, aux "perles du bac" qui atterrissent régulièrement dans nos boites mail ou au site de Charly...
Dans la mesure du temps que j'aurai, j'essaierai de tenir un petit journal des plus belles perles/âneries/stupidités d'élèves, tout en rendant hommage aussi à ce qui m'aura paru beau ou digne d'être noté: il faut savoir encourager les bonnes choses comme les mauvaises !

Je commence donc, en prenant le train en marche car il me serait difficile de reprendre tout depuis le début. Hier, j'étais avec mes cinquièmes en train de faire un exercice de conjugaison. Je me retourne 10 secondes pour noter un verbe au tableau. Que vois-je en voulant leur demander si tout allait bien ?
Un élève à quatre pattes sous une table, à l'autre bout de la salle ! Mon sang ne fait qu'un tour: "NICOOOOOLAAAAAAAAAAAAAAASSSSS ATAPLASSSSSSSSSSSSSSSSS !!!!!!!!!!!" , et votre serviteur de pousser une gueulante phénoménale sur le manque de respect, sur le "tutekrwaouissi?"; et de lui mettre une heure de colle, seule chose qui le fit réagir et qui provoqua chez notre délinquant le désir de légitimer son acte: "Mais monsieur, c'est Zacharie, il me demandait c'que ça voulait dire puceau ! J'allais lui expliquer c'est tout !"

Et le Zacharie de répondre: "Oui Monsieur, c'est vrai. Si vous le collez, collez-moi aussi, c'est ma faute !"... Donc, malgré toute ma bienveillance et l'attachement que l'on éprouve, malgré soi, pour ces gosses, je me dis: Que répondre à cela ?

Elle commence bien cette année.

9 septembre 2009

Rentrée, J+6 !

Voilà quelques brouillons qui commencent à s'accumuler dans la boite d'envoi du blog, pour la simple raison que j'ai commencé beaucoup d'articles sans prendre le temps de les finir. Pourtant, il y a plein de choses à raconter, j'espère pouvoir, tel Marcel, retrouver une partie du temps perdu !

Bon, l'évènement principal pour un blog dont le sous-titre fait référence aux "tribulations d'un jeune prof", c'est bien évidemment la rentrée. Rentrée décisive de surcroit, puisqu'il s'agit de ma première vraie rentrée en tant que titulaire, un vrai. Exit le stage, la connasse de tutrice, le stress des inspections et du mémoire, les séances d'IUFM pour professeurs anonymes... Maintenant, et pendant un petit moment, je l'espère, on va me laisser exercer mon métier, comme un grand.

Et ça fait du bien.
Je craignais beaucoup le collège/zoo dans lequel j'ai été, malheureusement, affecté, et ce pour plusieurs raison: la distance, les élèves (soyons clairs: ce collège est un dépotoir dans lequel on envoie les gosses dont on ne veut plus dans le public), l'ambiance morne, voire délétère... Je crois même pouvoir dire que cette nomination m'a à moitié pourri mon été, tellement j'appréhendais de me retrouver dans un remake catalan de Prison Break !
Finalement... Si j'ai le temps, je reprendrai et mettrai au point les différents brouillons, mais après une semaine de cours, pour le moment ça va à peu près, comparativement à ce à quoi je m'attendais:
- Des effectifs réduits: deux classes de cinquième (17 et 19 élèves) et deux de troisième (12 et 13 élèves), ce qui permet quand même de calmer considérablement le jeu.
- Une hiérarchie qui a l'air de tenir la route pour le moment: en parlant des zozos qui me soulaient au CPE, il a quand même été capable de me donner, pour chacun d'eux, leur pedigree: situation familiale, parcours scolaire... Pour un gars qui gère un collège de 200 gosses, c'est pas mal.
- Des collègues...difficile à dire: plan-plans, engoncés dans leur quotidien (ma salle, mon effaceur, mon casier, mes feutres...) mais gentils. Jusque là, je n'ai pas trop l'impression que ça se tirait trop dans les pattes ou autres. Bien entendu, on est loin du foutoir productif de mon ancien lycée, que je préfère largement d'ailleurs, mais je craignais que cela fût bien pire. Au rieque de choquer certaines, je crois que c'est en partie grâce au fait qu'il y a un petit noyau de jeunes profs mecs, de toutes les matières. Ca assainit, me semble-t-il, les éventuelles tensions, en mode "si t'as un problème, on s'explique et on règle ça une bonne fois pour toutes." J'aime bien.
- Venons-en au plus croustillant: les élèves. Alors que j'avais commencé à me renseigner sur le prix des gilets pare-balles, je me suis aperçu que ça allait. De bonnes troisièmes (attention, note pour les non-enseignants: ils sont nuls, mais ils sont cools, c'est ce que j'entends pas "bonnes troisièmes"), une très bonne cinquième. Et la cinquième 3.

Et celle-là, elle va me souler. Les non-enseignants savent peut-être qu'une bonne partie de l'année se joue au cours la première heure. Et là, je me suis raté, et c'est même pas de ma faute: un problème matériel à régler qui m'a pris dix bonnes minutes, le soufflé est retombé pendant ce temps et pour rattrapper ça c'est l'horreur. Ma classe la plus nombreuse, et je m'aperçois qu'ils sont TOUS mauvais. pas un élément plus malin, fin, cultivé que les autres. Soit ils sont calmes mais apathiques, soit ils parlent tout le temps, soit ils mettent le bordel.
Le ton a été vite donné: en leur demandant de me noter dans l'éternelle fiche dans quel collège ils étaient l'an dernier, y en a un qui a demandé: "Eh M'sieur, j'en ai fait trois de collège, je marque lequel ?" Maintenant, ça me fait marrer. Sur le coup, j'avoue que ma zenitude s'en est trouvée quelque peu ébranlée.
Adoncques je sévis. Puisqu'ils sont putes et qu'ils ne veulent rien foutre, je vais me mettre sur le même mode qu'eux. C'est le bras de fer, et il y a même une très nette amélioration: de six colles en une heure vendredi, je n'en ai mis que deux ce matin ! J'ai quand même l'impression d'être un dresseur, plus qu'un prof.
Donc le bilan, au bout d'une semaine de cours, est très globalement positif: hormis le zoo de la cinquième 3, ça se passe bien. Et c'est super formateur: ça oblige à la fois à être réactif et à aller droit au conflit quand il le faut, sans tergiverser. Ce côté brut de décoffrage me manquait, il sera peut-être dur à tenir sur la distance, mais pour le moment ça va.
Suite au prochain numéro. J'essaierai d'être plus régulier.

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