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30 novembre 2012

Le ronronnement

Je suis entouré de livres, de papier vierge, de cahiers divers qui pourraient êre noircis très vite, et pourtant je n'écris pas. Je suis tétanisé par l'idée de couvrir ces pages de mes conneries narcissiques. Une vraie phrase doit être pesée, contenir son poids d'idée, son volume et sa longueur. La balance des mots. Je me terre derrière une montagne de virtualités sans avoir le courage de lancer la machine. Elle toussotera, elle crachotera sans doute quelques rots de démarrage, comme un moteur rouillé qu'on ne fait pas tourner assez, mais pourtant quelque chose me dit qu'il y a une tendance au ronronnement. Bien huilé, une mécanique utilisée quotidiennement doit tourner toute seule, ne pas faire de bruit, ni fuir. Comme les durits qui craquellent quand rien ne circule à l'intérieur, un style doit être utilisé chaque jour, lubrifié à l'encre et au café chaud. A froid, à chaud, il doit travailler et fournir non le rendement maximum sur une courte distance, comme le font les Formule 1 que tout le monde admire sans jamais les regarder, mais plutôt à l'image de ces vieux tacots increvables tant ils ont été bien conçus à la base. Les 4L, dont se servent encore les montagnards, ou mon vieux Djebel qui démarrait encore au kick.
Vous avez compris l'idée. Reste que cela demande un double courage. D'une part il faut lutter contre l'extérieur : le travail, les loisirs, les amis, les sirènes de la paresse qui vous invitent à vous vautrer dans la facilité comme les marins transformés en porcs. Mais aussi, et surtout, contre tous les démons intérieurs qui viennent siffler à mes oreilles. Tout cela ne sert à rien, personne ne lira, et les rares qui le feront par amitié ou par obligation te diront de toute façon que c'est « sympa », selon la tiédologie en vigueur. C'est terrible, autant ne rien dire dans ces moments-là. L'écrivain, ou tel que je le conçois même si j'ai quelque honte à employer ce mot si lourd pour moi, un peu comme le soldat de première catégorie revêtant la veste d'un général, par défi un soir d'ambition, est un perpétuel Sisyphe. Sans cesse le rocher de ses peurs intérieures doit être à la fois soutenu et poussé toujours plus haut, et sans cesse le voit-il chaque matin dégringoler vers la mer noire de la page blanche. On me dit d'être léger, de ne pas écrire pour prouver, qu'il faut simplement se laisser aller, que c'est facile. Sans doute est-ce une mauvaise excuse, mais cela demande un effort harassant. Pourtant la nécessité est là, elle se manifeste de tous les côtés. Par des rêves, par des réactions de fuite injustifiée et symbolique (reprendre le jogging, quelle vaste blague), par des plaintes et des transferts. Comme les bateaux qui prennent l'eau par tous les côtés, et sur lesquels de mauvais marins clouent des planches de fortune
Maintenant il faut tenir, marcher sur l'unique fil au-dessus de l’abîme.  

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17 novembre 2012

Un petit mot en passant

Chose qui dit bien ce qu’elle veut dire : j’avais, depuis le temps, oublié le mot de passe de mon accès à Canalblog. C’est dire que j’avais perdu de vue la tenue de cet endroit, parti que j’étais vers des montagnes plus vertes.
J’y pensais, quelquefois. Fallait-il le clôre définitivement ? Ou le laisser en jachère dans l’espoir improbable qu’il repartirait ? En faire une refonte totale ? Je ne savais pas trop. Le fermer revenait à effacer tout ce que j’y avais écrit, depuis quelques années maintenant. Depuis 2007 ou 2008, je crois, ça commence à remonter, et certains de ces posts ne sont pas mal du tout, je trouve, ils m’ont bien aidé, accompagné, ils ont été une part de mesure de ce qu’a été ma vie à un moment donné. Les effacer d’un clic aurait été renier tout ça, et je n’aime pas renier. Au contraire, j’ai tendance à garder les choses dans un coin, comme des talismans qui rappellent les passages empruntés, fussent-ils de mauvais souvenirs. Quand à tout répertorier, je n’en ai pas eu le courage : long, fastidieux, avec plein de risques de pertes… Après tout, j’ai décidé de laisser courir. Avec un peu de chance, je m’y remettrai. S'il repart ce sera un blog d'écriture, un carnet de route sur un sujet du quotidien.
Et voilà, j’y reviens, un peu par hasard. Tellement de choses depuis le dernier message du mois de mars ! Je ne saurais par où commencer. Autant prendre le train en route. Je ne suis quasiment plus sur ce blog, mais beaucoup plus sur l’autre, où j’écris davantage, de manière régulière. J’ai même commencé à participer sur un magazine Web. Je n’ai jamais, finalement, lâché l’écriture, et signe d’une bonne santé morale et intellectuelle, je m’aperçois que je reviens finalement vers ce que furent mes hobbies d’antan : l’écriture, de plus en plus ces derniers temps ; la course, (qui devait devenir mais qui ne le devient pas du tout tant l’écriture va en dérivant) l’objet de ce billet ; la musique, avec le début de la clarinette, ce dont je parlais dans un billet antérieur, et le piano que je n’ai jamais abandonné ; la lecture, un peu centrée en ce moment et encore pour quelques mois par des préoccupations professionnelles… Le temps pour moi est difficile à trouver, là-même j’écris entre deux cours dans une salle des profs, mais je suis content de le faire.
Je ne ferai pas une énième promesse que je ne tiendrai pas au sujet de la régularité d’écriture, je n’en sais rien après tout et certaines promesses de convenances sont faites pour être rompues. Mais il faut savoir renouer par moments avec ce qui a été un joli marque-pages. Donc ce qui n’appartiendra pas à l’agora ira échouer ici, comme un carnet de notes sans réelle importance sur le monde tel que je le ressens.
Et c’est joli de revenir.

Ps : elle est horrible, cette couleur fadasse, il va falloir faire une mise à jour qui ressemble à quelque chose, et vite !