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22 avril 2011

Marivaudage ronaldien

marivaux

Elle était chatain clair, serrée dans une robe noire ridiculement courte et incongrue par ce temps frais et humide qui couvrait le trou de balle du monde dans lequel se situe mon collège, elle était très maquillée,  bien qu'à la réflexion ce maquillage ne l'enlaidissait pas comme c'est si souvent le cas chez les jeunes femmes, elle était un peu forte sans pour autant être ce qu'on appelle aujourd'hui "ronde", elle avait des yeux bleus en amande et de jolies dents qui laissent deviner la femme qui sait ce qu'elle veut et quelle pomme mordre. Un piercing à la langue, aussi. Elle venait probablement manger dans ce Mc Do avec ses collègues de boulot parce qu'elle n'avaient pas eu le choix, prises par un horaire trop contraignant, car jamais elle ne se serait laissée traîner spontanément dans un de ces fast-foods merdiques.

Elle doit avoir dans les trente ans. Entre 27 et 30, j'aurais dit. Elle a pris une salade qu'elle mangeait lentement, tout en discutant avec ses collègues. Une voix cristalline, assez désagréable d'ailleurs. Peut-être est-ce dû au fait qu'elle était en train de parler en mal de quelqu'un d'absent. Je n'ai pas pu distinguer ce qu'elle disait, mais l'exclamation "quelle connasse !", qui s'est échappée de la bouche d'une de ses congénères, ainsi que le sourire indescriptible qu'elle affichait en parlant prouvait bien qu'elle ne pouvait pas ne pas parler d'autre chose. D'ailleurs, je me demande si je l'aurais remarquée si elle avait été en train de parler de quelque chose de banal, de ce qu'elle ferait ce week-end par exemple. Finalement, le fait de faire quelque chose de mal l'associait au mal, ou au péché, et la rendait de fait terriblement attirante, donnait envie de pécher. 

Quelqu'un de très antipathique, en somme, et d'ailleurs le genre de femme médisante, vulgaire et superficielle qui ne me plaît pas du tout. Mais là, hier midi en mangeant mon Big Mac avec mes collègues, j'ai vécu une expérience telle que je n'en avais pas eue depuis longtemps. Rien de vulgaire ou de malveillant, je vous l'assure. Le plaisir d'observer quelqu'un dans son naturel sans être aperçu et de pouvoir en parler, du mauvais Marivaux en somme. C'est dans les premières lettres du journal du philosophe, je crois, que le narrateur raconte avoir surpris sa petit amie en train de faire des mimiques devant un miroir. Tellement déçu de constater que ces moues charmantes n'étaient pas dûes au naturel mais à un savant travail d'actrice, il la quitta.
Donc hier, au Mac Do, se trouvait une délicieuse inclination au péché. Dici.

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18 octobre 2009

Réunion parents-profs

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Vendredi soir, au rapport: première réunion parents-profs de l'année, et en l'occurrence de ma carrière. J'avais en effet loupé celle de l'an dernier, faute d'avoir été prévenu...
Ca a un petit côté confessionnal ces réunions: deux profs par salle, les parents qui défilent pour discuter de leur progéniture, jusqu'à épuisement des dits-parents. Dans mon collège c'est la classe: j'avais reçu un emploi du temps de ceux qui venaient. Cinq minutes par tête, j'en avais jusqu'à sept heures et demie. Et de fait, je n'ai pas dépassé.
J'étais un peu anxieux à l'idée d'affronter les parents, tellement on a tendance, nous autres enseignants, à se liguer contre la connerie parentale qui devient, hélas, de plus en plus proverbiale. Dans cette génération ludique, on voit de plus en plus le Parent, désireux de s'attirer l'amour de son enfant en se mettant à son niveau, rendre l'enseignant responsable de tous les problèmes de leur adulescent chéri. C'est logique, et la majorité des enseignants sont d'accords: il est plus facile de brosser dans le sens du poil que de pousser une gueulante, les profs sont là pour ça après tout.



C'est donc dans cet état d'esprit que je préparais mes deux tables contiguës avec mon carnet de bord, mes notes et tout et tout. Je m'attendais à me prendre quelques claques dans la gueule, claques d'autant mieux envoyées qu'elles s'adressent à un jeune enseignant.
Mais tout s'est bien passé. Sur la vingtaine de parents que j'ai reçus, une majorité était accompagnée de leur enfant (comme je l'avais souhaité), à peu près tous m'ont donné une impression, vraie ou simulée, de solidarité et d'écoute. De mon côté, à l'instar de Rousseau, j'ai dit le bien et le mal avec la même franchise, même si cela devait occasionner un regard un peu surpris chez le parent qui entendait les frasques de leur progéniture, laquelle manifestait alors un intérêt subit et inextinguible pour le carrelage de la salle. Mais aucune contestation, aucune réclamation ou remarque concernant mon boulot ou mes choix pédagogiques que je ne cachais pas, par ailleurs: "telle ou telle attitude ne m'a pas convenu, j'ai donc fait le choix de donner telle ou telle sanction." Rester clair, poli, bienveillant et concis.
Un début encourageant, donc. Comme on me l'avait dit, pas mal de parents que j'aurais vraiment aimé voir ne sont pas venus, et beaucoup sont venus s'entendre dire que tout allait bien, ce qui est de bonne guerre.
Espérons que ça se passe aussi bien la semaine prochaine: les parents de mes troisièmes !
 

28 septembre 2009

Rachmaninov, ou de l'indistinction

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Indistinction, et non inaudibilité.
J'ai profité d'uns course à faire à l'autre bout de la ville pour joindre l'utile à l'agréable et écouter un disque qui m'a été offert hier: les premier et deuxième concertos de Rachmaninov, par Zimerman, Ozaka et l'orchestre symphonique de Boston. Un disque qui a déjà quelques années, il date de 2004, pour des enregistrements faits en 1997 et 2000. Je me souviens de ce disque, dans la mesure où j'avais lu à sa parution une interview de Zymerman, qui prétendait n'être pas pour le moment capable d'enregistrer le troisième concerto, cette oeuvre l'ébranlant tellement qu'il lui serait impossible de "risquer sa vie" à chaque concert. Opinion que je partage volontiers.

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Les deux premiers, donc, que je n'avais pas eu l'occasion d'écouter sous les doigts du pianiste polonais et la baguette d'Ozawa. J'ai immédiatement compris pourquoi ce disque avait fait tant de bruit quand il était sorti. J'avoue que j'avais un peu peur d'écouter une version solaire, défaut que j'ai souvent retrouvé en écoutant ces concertos: la partie piano nécessitant une telle virtuosité, il est à craindre que l'interprète ne la mette en valeur au détriment de l'oeuvre, oubliant ainsi ce qui fait la caractéristique de Rachmaninov dans ses quatre concertos, ce que j'appelle l'indistinction.
Or, que nenni. Bien que le jeu de Zymerman soit toujours aussi magistral et d'une incroyable justesse, le pianiste n'est pas dans une démarche de virtuosité à tout prix: le jeu est au service de l'oeuvre, le piano respecte la dynamique que Rachmaninov voulait, semble-t-il, conférer à sa partition. Du ppp au fff, toutes les nuances sont restituées, malgré un orchestre que j'ai parfois trouvé un peu trop présent, trop envahissant. J'oserais croire que le symphonique berlinois dirigé par Gergiev eussent constitué un choix plus judicieux. Mais je chipote: ces interprétations restent de très haute tenue et justifient complètement les nombreuses distinctions reçues lors de sa parution.

29 septembre 2009

C'est la guerre

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Ca y est, la guerre est déclarée. Les p'tits fumiers veulent jouer au con, ils ne réalisent pas à qui ils ont affaire: j'adore ça, jouer au con, et je vais les plier en quatre.
Hier, pendant mon cours de cinquième 3, j'étais en train d'écrire un mot au tableau quand j'ai vu, à un mètre sur ma gauche et au raz du sol, un bout de gomme taper tranquillement le mur. Je me suis retourné. Evidemment, personne, et impossible d'accuser sans être sûr. Ca c'est une première, ils avaient jamais osé faire ça, d'autant plus que je ne suis pas certain que ce projectile m'était destiné. Je dirais même que j'en doute. Ca ne change rien, j'en conviens.

Il reste que, furieux, j'ai expliqué que je ne noterai plus rien au tableau puisqu'ils étaient incapables de se tenir correctement, et que j'ai passé le reste de l'heure à dicter. Pour demain, je leur ai préparé un contrôle-surprise pour qu'ils se viandent, et durant lequel je relèverai quelques cahiers... Je pensais avoir installé un calme relatif dans ce zoo, mais je m'aperçois que j'en suis encore loin de les tenir. Par conséquent je vais serrer la vis, quitte à me mettre la classe à dos. Diviser pour mieux régner: à force de s'entendre dire qu'ils n'ont qu'à s'en prendre aux fouteurs de merde, j'ose espérer que ça fera son effet.
Avec un peu de chance, je vais presque y prendre goût ! Finalement ce n'est pas si mal que ça: sur quatre classes, deux troisièmes convenables et une cinquième excellente, le ratio n'est pas si terrible !

24 août 2009

J-7

breveon109Eh oui, J-7 avant la rentrée, enfin, la rentrée des profs, la pré-rentrée. Les vacances se terminent doucement, même le temps commence à devenir un peu voilé, un peu triste.
Ces vacances d'été ont passé à une vitesse ! On avait prévu plein de trucs, mais on en a fait assez peu, au final, ce qui n'en fait pas pour autant de mauvaises vacances. On aura fait la fête, revu des copains, un peu voyagé, changé d'air... Le bac français que j'ai fait passer aura aussi fait partie, dans une certaine mesure, des vacances, étant donné l'ambiance dans laquelle ça s'est déroulé. Emilie a eu son concours, s'apprête à partir pour de nouvelles aventures après avoir dit bye à la pizzeria, on s'est pacsé... Ca en aura fait, du changement, en moins de deux mois ! Mes potes s'en vont, aussi, ce qui n'est pas sans m'attrister, au point de me demander si je ne ferai pas pareil l'an prochain: plus ça va, plus les gens s'expatrient, et moins j'ai de raisons de rester. Le fait qu'Emilie elle-même soit mutée sonne aussi, dans une certaine mesure, comme un signal, donne un sentiment d'urgence: peut-être est-il temps que moi aussi, je mette les voiles, on mette les voiles, ensemble ?
Ce ne serait pas loin au début. L'Aude, par exemple. Mais ce serait une sortie du cocon perpignanais qui commence à devenir franchement petit. Mais en attendant, il va falloir supporter cette année qui se profile avec des perspectives peu réjouissantes, hélas. En m'attendant au pire, je ne pourrai qu'être agréablement surpris ! Je travaille mon numéro de méchant prof, affute les sanctions que j'infligerai à ces gosses réputés tellement débiles qu'ils en seront anesthésiés... Et j'ai, un tout petit peu, pensé à ce que je leur ferai lire. C'est encore très flou pour les cinquièmes, déjà plus net pour les troisièmes (l'Attentat, Thérèse Raquin, la Machine Infernale...). On verra. J'espère que l'emploi du temps me permettra de tout concocter au fur et à mesure...
Il est clair aussi que ces semaines de célibataire ne sont pas non plus pour me déplaire. Ca me permettra de faire pas mal de trucs: du piano, du théâtre (que j'ai toujours envie de commencer), des soirées télé à la con, des restos avec les potes... N'avoir que deux niveaux facilite aussi cela: il me faudra un peu plus de temps pour peaufiner les cours, mais je le ferai plus progressivement. Il y a fort à parier que mes cours seront prêts d'ici deux ans et que je pourrai ne me préoccuper que fort tard de mes rentrées scolaires !

Mais d'ici cette rentrée, il reste une semaine qu'il me faut rentabiliser: retrouver des horaires plus normaux, acheter un minimum d'affaires scolaires (au moins cahier-classeur !), savoir quand exactement aura lieu la rentrée... Super !

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24 juin 2009

Alors, hier j'étais de réserve pour les

Alors, hier j'étais de réserve pour les surveillances. De réserve, ça veut dire que tu bouges ton c.. pour 8h, que tu viens jusqu'au lycée pour remplacer celui qui ne se sera pas levé. N'étant qu'un jeune stagiaire débutant, je n'osais croire que de méchants collègues eussent pu me faire un coup pareil et ternir la réputation exemplaire de la ponctualité enseignante par une telle félonie (mais quand même, je pris mes affaires pour travailler).
Ben si.
Je me suis fait avoir: paf, 3h de surveillance, des STG qui passaient les maths. Du coup, j'ai pris le parti de ren-ta-bi-li-ser. Adoncques je me suis calé au fond de la salle avec mon Macbook (oui, je me la pète, et alors ?) et mes descriptifs du bac français. Et j'ai tapé tous mes descriptifs, les cinquante problématiques des textes sur lesquels je vais faire plancher les petits bacheliers muets d"effroi durant la semaine prochaine. Ca donne à peu près ça:

Séquence 4 (« S’interroger sur la condition humaine par le biais du roman malrucien »), texte 5 (« fin du roman »)
Texte sélectionné : André Malraux, La Condition humaine, 1933, « Cinquante sirènes…ses bras inhumains. » (NB : extrait du roman hors programme)
Problématique retenue : En quoi ce passage montre-t-il un apaisement qui semble inclure, par delà le bien et le mal, tous les actes humains ?

Comme j'aime les choses organisées (et que non, je ne suis pas un psychorigide), tout sera prêt, j'aurai mon petit bordel, mes petits tas, mes trucs et mes machins. John a tout à fait raison: le bac ne sert plus à rien maintenant, ce n'est qu'un rituel de passage, une épreuve commune dont tout le monde pourra se rappeler plus tard. Se pointer dans un endroit inconnu, avec un prof inconnu qui va vous ramasser la tronche, flipper un un bon coup, stresser quelques jours en étant persuadé de s'être planté... Se confronter à ce qu'on croit être un vrai échec est important, dans ce parcours scolaire où il suffit de bosser un minimum pour  arriver. C'est une première confrontation, une épreuve officielle plus importante que le brevet.
Donc je prends ça au sérieux, d'autant plus que j'adore faire passer des oraux. Peut-être en serai-je dégoûté le 8, mais pour le moment il me tarde d'y être. C'est d'autant plus drôle qu'étant ami sur Facebook avec une collègue du lycée qui a une partie des élèves que je vais faire passer, j'ai pu apercevoir leur tronche. Ils font les beaux...pour le moment.
Mais rassurez-vous: je suis effroyablement désagréable pendant l'épreuve, mais très cool au niveau des notes. Et puis pouvoir dire plus tard qu'on est passé à l'oral du bac sur du Malraux, du Céline ou du Pascal, ça n'a pas de prix non ?

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22 juillet 2009

Le slogan se meurt, le slogan est mort !

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Alors voilà,
J'étais tout à l'heure en train de nettoyer ma cafetière en faisant circuler à l'intérieur du produit pour éliminer le calcaire. Et comme cette opération, à la portée du premier Valenciennois,  ne nécessite, a priori, aucune vigilance particulière, mon regard évasif tomba par hasard sur un dépliant de la Foir'Fouille. Ce fut comme une apparition: je m'aperçus que le slogan de cette digne entreprise avait été changé. Maintenant, il s'agit de lire: "Des prix qui font plaisir !"(et comme je ne mens pas, je vous invite à vérifier par vous-même: http://www.lafoirfouille.fr), en lieu et place de l'ancien slogan, qui était pourtant digne d'un calembour saint-simonien !
Ainsi, avec la justesse d'un Bossuet et la finesse d'analyse d'un Barthes, j'ai donc décidé, en cet après-midi d'été, de faire l'éloge funèbre de l'ancien slogan de la Foir'Fouille, à la manière des célèbres Mythologies barthésiennes.
Pour ce faire, rappelons à notre lecteur inattentif (oui, il y en a, hélas...) le fameux slogan qui faisait l'objet de notre admiration:

"A la Foir'Fouille, tu trouves de tout, si t'es malin,
Il y a plein de bonnes affaires."

Donc, il convient de se demander, de manière générale, quel est le but d'un slogan: par une formule brève, jouant autant que faire se peut sur une figure de style aisément repérable (facile à analyser dans le cas présent: remarquez l'alternance entre alexandrin (trimètre, en l'occurrence) et octosyllabe), ce qui n'est pas sans rappeler la variété versificatoire d'un la Fontaine, par exemple (Fables, I, 3):

Le monde est plein de gens qui ne sont pas plus sages. (12)
Tout bourgeois veut bâtir comme les grands seigneurs, (12)
        Tout petit prince a des ambassadeurs, (10)
Tout marquis veut avoir des pages. (8)


, un peu comme pour s'acaparer, mimétiquement, la dimension proverbiale des fables. A la limite, on pourrait presque inventer un petit apologue dans lequel le pas malin se ferait entuber en achetant cher des trucs qu'il aurait eu pour une bouchée de pain à la Foir'Fouille) il s'agit d'interpeller le lecteur en établissant une connivence entre lui et la marque. Un slogan doit parler immédiatement à un type de public, quoi. Il s'agit rarement d'un énoncé complexe, afin d'être facilement retenu par notre Valenciennois sus-nommé. Or, force est de constater la complexité de cette phrase, dans laquelle l'éventuelle actualisation du procès est mis en balance par une proposition subordonnée qui plonge le Valenciennois inférieur dans l'angoisse: on trouve de tout à la Foir'Fouille (ce qui est faux, par ailleurs), mais SEULEMENT, ET SEULEMENT SI (ssi, comme disent nos amis mathématiciens) on est malin.
Il serait assez complexe, voire même futile et inutilement vain d'établir dans cet article si passionnant un historique du mot "malin" (NB: je n'ai pas écrit "de l'adjectif", puisque ce terme peut aussi être utilisé en tant que substantif), bien que cela n'eût pas été complètement inintéressant (les plus pointilleux regarderont ) dans notre propos. Ce qui est sûr, c'est que même en n'étant pas malin, on peut faire des "bonnes affaires", comme nous le précise l'octosyllabe de la seconde partie du slogan. Et ce pour une raison très simple: la Foir'Fouille, c'est pas cher. Il reste que faire de bonnes affaires inutiles, c'est pour les nigauds, c'est pour les pas malins. Les malins, eux, savent profiter justement de ces prix ridicules pour "trouve(r) de tout".
Mais derrière cette mise en garde contre les imbéciles se cache un message politique: puisque ce qu'on trouve à la Foir'Fouille n'est pas cher, pourquoi payer la même chose cher, et ailleurs de surcroît ?! C'est vrai: Pourquoi notre Valenciennois qui cherche son miroir avec la photo de Johnny à mettre dans son salon paierait-il plus cher son sésame à Carouf' ou à Leclerc alors qu'il est moins cher à la Foir'Fouille ?!
Ben parce qu'il est malin. Et voilà.
Implicitement, le bourgeois qui cherche et qui trouve à Carouf' son miroir de Johnny, lui, n'est pas malin. Comme quoi, être riche ne rime pas nécessairement avec malice. Les bourgeois rateront leur vie alors que les gens avec des revenus plus modestes (des pauvres, quoi), s'ils sont malins, feront plein de bonnes affaires. nous arrivons finalement à une inversion des valeurs tout à fait caractéristique du climat actuel: Steinbeck nous l'avait montré, la crise rapproche les gens, soude les familles et rappelle les valeurs essentielles: la malice et les bonnes affaires.
Et ça, c'est important.
1 mai 2009

Lost in IKEA

J'ai toujours été stupéfait par les magasins Ikéa. La philosophie de cette grande enseigne a beau avoir quelque chose de répugnant dans son but quasi-avoué de mettre les gens dans des cases sans qu'ils ne fassent trop tache à côté de ces objets rutilants, il est quand même impossible de ressortir du magasin sans avoir acheté un truc, ou, pour ma part...sans s'être perdu.
Voici le topo, pour les paysans comme moi qui ne connaissent pas par coeur de telles enseignes: le principe est fondé sur la marche: entré dans le magasin, le visiteur est happé dans un circuit qui lui fait faire le tour de tous les rayons, de tous les objets. Tous. Du lit au presse-purée, de la table aux rideaux, du bureau au parc pour enfants, de la salle de bain au garage... Puis en bas, direction la réserve, où les centaines d'objets sont à la disposition du quidam, bien rangées dans de jolis paniers, dans des étagères ou dans d'immenses entrepôts où l'on peut se servir avant d'aller à la caisse.
En l'occurrence, je cherchais des tréteaux, deux tréteaux pour le bureau d'Emilie. Je n'avais besoin de rien d'autre, à la limite je pouvais aller directement en réserve les chercher, si ce n'est le besoin d'aller vérifier avant qu'ils conviennent bien. Une fois rassuré, je descendis dans la fameuse réserve. Le principe est le même: un long serpentin entre les paniers plein d'objets tout neufs. Et c'est là, incrediblely, que je me suis perdu. Tel Thésée sans son fil, j'ai erré trois fois dans ce labyrinthe, ratant trois fois le panneau (petit et mal foutu, il faut le dire) de sortie. Il faut, de plus, mettre ça sur l'état de fatigue et d'énervement avancé dans lequel je me trouvai alors: une journée pénible de formation après avoir peu et mal dormi, près d'une heure de tram et une demi-heure de marche, la perspective alors incertaine d'avoir un poste convenable à la rentrée...
Mais enfin, j'aperçus, mon petit réveil de bureau (dont j'avais justement besoin, ben voyons) à la main, la voie de la réserve. Je pus alors récupérer mes fameux tréteaux et régler mon dû.
Tout cela a duré plus d'une heure et demie. C'est cela, le paradoxe EPR ?

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1 juillet 2009

Oui, ce truc tout moche, c'est mon casier. Enfin,

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Oui, ce truc tout moche, c'est mon casier. Enfin, mon ancien casier, puisque j'ai quitté mon lycée ce matin, ça y est. J'y étais passé, officiellement, pour relever les dernières paperasses, donner les indications pour le suivi de mon courrier et faire des photocopies, mais surtout pour dire au revoir à l'endroit. Je ne voulais pas y mettre une emphase ridicule, dans la mesure où je ferai tout pour y revenir dès qu'une place se libère.
Et en attendant, je suis allé tâter le terrain de mon nouveau collège, où je ferai soit 14h30, soit 18h, selon les résultats d'Emilie. J'ai donc retrouvé mes chers collègues de français, que je connaissais déjà par ailleurs: on est trois profs de français pour l'établissement. C'est minuscule: 250 élèves, 11 classes... Par rapport aux proportions de mon lycée (45 classes, 1500 élèves, 180 profs dont 15 de français), c'est ridicule. "Familial", comme disait la collègue, fière de me montrer les trois romans qui se battaient en duel dans leur petit CDI pourri.
Ca va être un autre mode de fonctionnement, et je pense conserver celui qui me va bien: faire ma petite salade dans mon coin en fuyant les responsabilités, histoire de ne venir que pour les cours et me tailler dès que c'est fini. D'autant plus que ce charmant établissement tout décati est quand même à 40 min de chez moi... Il va falloir négocier les emplois du temps pour obtenir des journées serrées.
Or l'une des collègues en question m'a déjà pris la tête pour qu'on travaille ensemble sur un projet qui ne branche d'ailleurs pas plus que ça. Par chance, ça ne prendrait pas trop longtemps, mais j'ai peur de me faire embarquer dans des trucs qui me soulent. J'ai comme l'impression qu'il vafalloir que je fasse mon désagréable pour faire sentir mon côté "électron libre". Oui, parce que je suis un électron libre, c'est ma tutrice qui me l'a envoyé comme un insulte suprême, alors que j'ai plutôt tendance à prendre ça comme un compliment. Mais bon.
Et la troisième collègue de la ramener: "ah oui, mais ça existe, les profs qui font leur truc et puis c'est tout, ça sert à quoi d'être prof de français si tu les amènes pas au théâtre et tout ça, c'est la vie culturelle, une ouverture au monde et c'est trop trop chouette !" Ben ça c'est le type même de réplique qui me gonfle. Sous prétexte que les élèves sont nuls, on assouplit, on fait des trucs plus ludiques, des cache-misère pour passer le temps qu'on maquille sous le nom pompeux de "projet" ou autre terme prometteur. Je suis jeune et certainement trop puriste, mais ces conneries ça me parle pas: rien ne vaut un cours béton avec exemple-règle-exercices jusqu'à ce que la notion soit rentrée. C'est pas amusant, ça demande des efforts, mais c'est comme ça. Idem pour la lecture: les pseudo-bouquins plus faciles qui leur permettent, soi-disant, d'entrer plus facilement dans la lecture de vrais écrivains, niet. Forcément, un petit torchon blindé de fautes énormes, creux et culturellement vides, c'est non. Madame Bovary, Bel-ami, le Voyage, le Misanthrope... c'est pas évident à remière lecture...Mais au moins, ce sont des livres qui te parleront toute ta vie, qu'on n'aura jamais fini de relire. Tom et le waka-waka, j'en suis moins convaincu.
Ahem. Petite crise journalière.

14 octobre 2008

Enfin un bon roman

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Ça faisait un moment.
J'ai eu un peu de mal à accrocher, je l'avoue, à ce roman que mon pote John m'a offert récemment. Et comme ça faisait quelques mois que je n'avais pas lu d'anglais, il m'a fallu quelques heures pour me remettre dans le bain. Mais cet anglais est assez simple: des phrases rudimentaires, une syntaxe dépouillée, des dialogues réduits à leur plus simple expression...une écriture assez mimétique de cette Amérique ravagée par on ne sait quoi, d'ailleurs, que traversent un père et son fils, dont nous suivons les aventures sous le regard froid d'un narrateur qui restitue par moments les dialogues entre papa et fiston.
The Road...L'éternel thème des écrivains sudistes, ou du moins de mon favori. La ressemblance avec Grapes m'a semblé frappante, et le Pullitzer 2006 mériterait que l'on se penche davatage sur les similitudes entre le récit steinbeckien et cette longue nouvelle de Mc Carthy. Nous passons, dans les deux cas, d'un univers décoratif mais presque frappé de stérilité à l'émergence d'une vie plus forte que tout, plus forte que la mort même. Dans ce texte ravagé par la méchanceté, la haine, la tristesse (ashes, dust, dead woods, corpses...autant de mots qui reviennent comme une litanie) ne subsiste que l'amour entre un père et son fils (amour qui aurait tendance à glisser quelque peu dans le topos, par moments) et la formidable éxplosion de vie apportée par la dernière page.
Un roman que je pensais bien mais sans plus s'est finalement révélé un masterpiece.
Well done !

25 juillet 2008

Souvenir d'un bon moment

En faisant le tri des photos de mon téléphone, j'ai retrouvé ces petites photos que j'avais complètement oubliées. Il est bien, ce petit portable, il fait des photos d'assez bonne qualité et il en stocke pas mal. C'est cool. Enfin, cette ballade peut être datée très précisément, car elle est facilement contextualisable. Pendant une heure et demie, je m'étais baladé dans Montpellier alors qu'Emilie passait le concours d'entrée du CRPE, en même temps que quelques milliers d'autres étudiants. Je me suis donc retrouvé seul, dans ce quartier que j'adore. J'avais rejoint le Lez en partant de la fac de LEA, puis j'avais rattrapé la place du nombre d'or avant de monter lire une petite 1/2h dans la grande médiathèque. Je m'étais remémoré avec plaisir les moments que j'avais passés là-bas, à écrire mon mémoire de DEA. Puis retour tranquille au milieu des badauds sur cette grande place qui surplombe l'arche. Pause café dans un petit boui-boui, et retour à la fac d'éco. J'avais oublié ce moment, pourtant j'y avais pris beaucoup de plaisir. Le plaisir de ceux qui n'ont rien à faire qu'attendre et déambuler dans cette grande ville, au cours de cet après-midi grisâtre. _e_SP_A0023 SP_A0025 SP_A0027
12 juillet 2010

Alain Robbe-Grillet, la Jalousie

9782707300546Dans le but d'éviter à tout prix l'encrassage cérébral, j'ai décidé de repasser, en 2011, l'Agrégation. Non dans l'espoir de l'avoir, je me fais peu d'illusions à ce sujet, mes lacunes ajoutées au manque de temps me rendant quasi hors-jeu auprès des Normaliens et autres bêtes à concours sorbonnagres, mais pour me replonger dans des programmes et des sujets quelque peu stimulants. Histoire que les rédactions de mes collégiens ne deviennent pas mes seules lectures scolaires...
Et donc, entre autres, j'ai au programme Les Gommes et La Jalousie, d'Alain Robbe-Grillet. J'évoquerai le premier un peu plus tard, c'est La Jalousie qui m'intéresse, là maintenant. Je l'avais lu il y a quelques années pour en garder le souvenir d'un livre assez chiant, pour ainsi dire. Peu d'histoire, une narration assez pesante, une trame trop minimale...Je ne me rappelle même plus l'avoir fini, en fait. C'est donc avec un soupir de résignation que je l'ai remis sur mon bureau.
Ce mouvement que la critique appelle "Nouveau Roman" trouve dans ce petit récit se situant dans une plantation, probablement en Afrique (oui, petit, à peine 220 pages, dans mon souvenir il faisait au moins le double) un exemple canonique: nous sommes dans la conscience d'un narrateur qui n'est jamais présenté, qui ne parle jamais en son nom, présent mais à qui personne ne parle, doué d'une présente absence de telle sorte que l'on finirait presque par oublier que tout le récit est décrit à travers son regard, si ce n'était les infimes détails qui rappellent tout de même qu'il est là et qu'il observe, comme derrière des jalousies (terme récurrent dans le roman, on doit en trouver une bonne vingtaine d'occurrences). 
Qu'observe t-il ? Sa femme, ou celle qu'on suppose être sa compagne, une jeune femme désignée sous le nom de A..., dont le narrateur observe le comportement sans porter de jugement dessus. La manière dont elle est décrite nous fait peu à peu comprendre qu'elle est vue à travers l'esprit d'un malade. Sous couvert d'une description de détails tellement minutieuse qu'elle en devient lassante, l'auteur accomplit le tour de force de nous faire oublier qu'on reste, du début à la fin, prisonnier d'une focalisation interne distordue, déformée, s'attachant aux détails non par souci de "réalisme" ce qui aurait dû être pris en charge par un point de vue détaché, mais pour souligner justement le fait que nous sommes dans une vision partiale et déformée des évènements. N'est-ce pas le propre d'une jalousie délirante, que de ne pas se remettre en question et d'interpréter tous le événements à l'aune de cette jalousie ?

A partir de là, le lecteur ne sais plus quoi penser des rapports profonds et très ambigus entretenus par A... et un voisin, Franck, qui vient quasiment tous les soirs manger avec elle (avec eux, en fait, mais dans la mesure où le narrateur/personnage n'intervient jamais dans la conversation, on ne s'aperçoit de sa présence que par le fait, leitmotiv récurrent, que le boy met systématiquement "trois couverts") pour discuter et probablement tenter de la séduire. C'est du moins ce que l'on ressent à travers le miroir déformant du narrateur promené le long du roman. Ce miroir devient si présent que l'on en vient à perdre le fil de l'histoire elle-même: les épisodes s'enchaînent selon une logique qui n'est pas chronologique, on finit par ne plus distinguer ce qui ressort de la "réalité" de ce qui appartient aux fantasmes du personnage (l'accident de Franck, entre autres), les événements se répètent, se modifient au fur et à mesure que le roman avance et se termine.
L'expression de Nouveau Roman devient un peu moins nébuleuse qu'elle l'était auparavant. Sans être une révolution, les procédés adoptés par Robbe-Grillet sont originaux et merveilleusement pertinents dans le cadre d'un bouquin sur la jalousie.
Un livre bien plus intéressant qu'il m'avait paru de prime abord. Ca tombe bien, je vais devoir le digérer plusieurs mois ! 

20 octobre 2009

Sujet de dictée

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"Dès qu'un homme cherche le bonheur, il est condamné à ne pas le trouver, et il n'y a point de mystère là-dedans. Le bonheur n'est pas comme cet objet en vitrine, que vous pouvez choisir, payer, emporter ; si vous l'avez bien regardé, il sera bleu ou rouge chez vous comme dans la vitrine. Tandis que le bonheur n'est bonheur que quand vous le tenez ; si vous le cherchez dans le monde, hors de vous-même, jamais rien n'aura l'aspect du bonheur. En somme on ne peut ni raisonner ni prévoir au sujet du bonheur ; il faut l'avoir maintenant. Quand il paraît être dans l'avenir, songez-y bien, c'est que vous l'avez déjà. Espérer c'est être heureux."

Propos sur le bonheur "Victoires" - 18 mars 1911 - Alain

9 juillet 2010

Le complexe du bon élève

TEOMAN_Seyfi_2008_Summer_book_1Certes, du haut de mes deux ans d'enseignement je n'ai pas encore une expérience bien épaisse des arcanes de l'éducation nationale, peut-être ces lacunes seront-elles (et je l'espère !) un jour comblées, mais je commence à avoir au compteur un petit nombre de réunions "pédagogiques" de tout poil: conseils de classe, réunions de fin d'année, commissions d'harmonisation de bac, réunions de récupération de copies d'examens, pré-rentrées... Et j'avoue être systématiquement abasourdi par l'infantilisation des enseignants. C'en est quasi-symptômatique. C'est ce que j'appelle, à part moi et quelques happy fews dont vous, lecteur, me faites le plaisir de lire (et de discuter !) cet avis, le complexe du bon élève.
Car soyons clair: un enseignant, dans la majorité des cas, est quelqu'un qui n'a jamais quitté l'école, c'est souvent celui qui est passé directement de l'école au collège, puis au lycée, puis à la fac et enfin par l'IUFM avant de se retrouver (enfin...) de l'autre côté du bureau, du "bon" côté. Les collègues avec lesquels j'éprouve le plus de plaisir à travailler sont ceux qui sont devenus profs "par hasard" et non ceux qui parlent de "vocation" ("j'ai toujours voulu être enseignant(e)")
De sorte qu'il est amusant (tout dépend, cela dit, du côté de la lorgnette, personnellement je trouve ça très inquiétant) de constater la faculté de ces gens à redevenir des élèves, dans le mauvais sens du terme, des élèves agaçants: chipotant des heures pour le moindre détail, perdant toute notion de bon sens, tout esprit de synthèse, jouant le jeu de la culpabilisation et de la récompense paternelle ("je sais bien que personne ne l'a dit et que ce n'est pas obligatoire, mais je vais quand même (après 5h de correction du brevet, sous un soleil de plomb, un premier Juillet, ndlr) retourner au collège voir si on n'a pas besoin de moi"), basculant dans la démagogie (je me suis quand même fait traiter de "facho" après avoir dit que j'exigeais que mes élèves récupèrent systématiquement le cours après une absence), à la recherche d'une autorité bienveillante ("je vous assure que l'inspecteur était joignable sur son mobile, il m'a répondu à cha-que-fois !") et devenant de plus en plus odieux à force de ne pas la trouver (ce qui est normal: le principe de l'EN c'est qu'il n'y a, statutairement, pas de supérieur hiérarchique, le CPE ou le directeur n'ayant finalement qu'une marge de manoeuvre assez mince sur les décisions des enseignants).

En clair, ce que les inspecteurs et rapports appellent "l'appréciation des enseignants" semble finalement les angoisser plus qu'autre chose ("dis, tu étudies quoi avec les tiens, toi ? On pourrait travailler ensemble? Hein ?"), ces gens qui sont le plus souvent des personnes brillantes, intelligentes, sympathiques et agréables dès qu'on les sort de leur carcan institutionnel. J'en suis venu à fuir comme la peste tous ces endroits où les profs se retrouvent, passant d'ailleurs pour un misanthrope.

Cela fait écho, d'ailleurs, à mes propres motivations. Ce dont je me souviens le plus, dans mon parcours scolaire, ce n'est pas d'avoir été un "bon élève" (si tant est que cette expression ait un sens) avec de bons résultats. J'étais plutôt dans la moyenne. La bonne moyenne, certes, mais sans jamais casser des briques non plus. Mais un aspect très net qui me revient, c'est le malaise devant l'autorité stupide et un problème avec la notion de règles. J'ai toujours du mal avec tout ce qui relève de la perte de bon sens au profit du sacro-saint règlement, avec ce qui tend à calibrer plutôt qu'à faire passer les plus élémentaires notions de savoir-vivre, avec tout ce qui tend à la pensée unique, à l'uniformisation des gens... et entendre des adultes déblatérer une demi-heure sur la présentation du ticket de renvoi de cours ou la démarche à adopter pour le rattrapage du cours par un élève absent, ça me donne l'impression d'être dans une cour de récréation plutôt qu'à une réunion entre adultes. C'en est angoissant. 
Et en y repensant encore, je comprends un peu mieux pourquoi mon année de stage fut, avec ma tutrice, une année de conflits terribles: elle était une excellente élève, pour qui le respect de la forme prévalait sur le contenu. S'entendre dire que je n'hésitais pas à changer toute l'orientation de mon cours ou mon interprétation d'un texte en fonction de la réaction des élèves lui était, et je le pense vraiment, inconcevable, lui posait vraiment problème, à elle qui calibrait toutes ses séances et que le carcan de la structure rassurait. Le cadre, pour moi, est indispensable (impossible de penser sans structure), mais ne doit jamais devenir une entrave à la pensée (que de belles méthodes sans contenus !); tandis que pour elle il s'agissait de toujours tout structurer, quitte à perdre de la matière ou à ce que les élèves décrochent. Qui a tort ? Qui a raison ? Sûrement un peu des deux, comme tous les problèmes relationnels.


Donc, pour ceux d'entre vous qui n'êtes pas du tout dans le milieu de l'enseignement, ne fantasmez plus sur ce qui se dit dans les réunions de profs une fois les portes closes. C'est, le plus souvent, ubuesque.

 

10 novembre 2009

Une nouvelle moto !

Ca s'est passé comme ça finalement: l'impression que je commençais à faire le tour de ma bécane, la certitude de la connaître par cœur, le fait qu'elle commence à prendre de l'âge et que je suis assez incompétent au niveau de la mécanique moto, un collègue qui me titillait avec son 1000... Je me souvenais aussi des sensations que j'avais eues à l'époque sur ma feu GSE 500 (que j'avais adorée):


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J'ai donc décidé de 1/me fixer un budget; puis 2/une architecture de moteur (sur une moto c'est primordial: une même cylindrée avec deux types de moteur différents ne donneront pas du tout la même machine). Après avoir choisi un bon compromis, j'ai pas mal lu un excellent forum consacré à cette bécane, et finalement écumé toutes les annonces avant de trouver la moto qu'il me fallait: un Yamaha Fazer 600, de 1999, totalisant 45000 bornes, en vente pour 2200 euros.
Parfait.
C'est ainsi que samedi dernier j'ai pris possession de la bête. Elle était un peu loin de chez moi, 250 kilomètres quand même: un bon test, me disais-je, avant de voir le temps qui commençait à devenir franchement grisâtre. A que cela ne tienne, j'ai quand même fait le pas.
J'avais un peu peur de tomber sur une mauvaise occasion: le sort (et mon opiniâtreté, je crois) m'ont permis de trouver un vendeur à la fois sympa et soigneux avec sa bécane. C'est simple: à dix ans, cette moto paraît neuve. Et quel bruit, bordel. Une symphonie pour quatre cylindres. une fois les paperasses faites, les pièces embarquées dans la voiture (car le gars, pas chien, m'a donné le pot d'origine, les clignos d'origine et un bagster !), j'ai enfourché ma nouvelle monture pour le retour à Perpignan.
Maintenant, après environ quatre-cent bornes, je peux commencer à me faire une idée: bon dieu, ça pousse. Dur et violent: passé 5000 tours, ça part vite et bien. Je ne suis monté qu'à 160, pour voir, et j'en avais encore beaucoup sous la poignée. Près de cent chevaux, il va falloir les tenir.
Mais, et surtout, quelle précision ! Une fois placée sur l'angle, elle ne bouge pas, elle ne sort pas de son rail, elle est précise et carrée. Je dois faire attention à son poids par rapport à la précédente, mais franchement je redécouvre la moto: plus puissante, plus précise, plus joueuse, elle freine mieux... Même avec un passager, elle envoie toujours autant, alors que le Djebel avait un peu plus de mal.
Maintenant, il me reste à en prendre soin. Je vais certainement tout faire faire chez Yamaha pour ne pas avoir d'emmerde, surtout sur des moteurs un peu pointus comme ça. Mais en attendant, c'est le pied. Vivement les ballades !

Quelques photos, quand même:

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14 juillet 2009

Ôde à celui qui ramassa sa mère.

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Parfaitement.
Mais je m'explique.
En ce moment, la chaleur est caniculaire. Horrible. Du coup, en tant que bon homme du froid, je m'enferme sous le ventilo tous les après-midi pour lire/dormir afin de supporter ces rayons ardents pourtant si recherchés par la masse graisseuse des touristes venus en masse pour se faire griller l'anatomie dénudée. Je ne comprendrai jamais. Et en plus ils parlent de vacances.
Soit.
Quelle ne fut pas ma surprise lorsque je reçus un coup de fil du directeur du lycée dans lequel j'avais fait passer les oraux du bac français la semaine passée.
"- Allo, M. Jules ? Ici M. Machin, le directeur du lycée Truc.
- Mmmmmmh, oui, bonjour"
Mais derrière ce "Mmmmmmh, oui, bonjour" se tapissait toute ma perplexité. Passant en revue toute la session, je me demandais à toute vitesse ce que j'avais bien pu faire qui justifiait un coup de fil de cet éminent collègue: quelle paperasse avais-je pu oublier de signer, quelle bourde avais-je bien pu commettre... Pourtant, j'avais fait super attention !
" - Je m'excuse de vous déranger pendant vos vacances (tu parles, ndlr), mais j'ai un petit souci avec une maman d'élève (aïe, là mon gars t'es pas dans la merde, si la mother a quitté son aire pour défendre son oisillon, t'y es pour la journée, re-ndlr) qui soutient avoir déposé son fils devant le lycée, et qui a pourtant été déclaré absent à son oral.
- ... Pourtant, je n'ai eu aucun absent parmi mes candidats...
- Oui, bien sûr, mais cet élève devait passer avec une enseignant, et il prétend que c'est un enseignant qui l'aurait auditionné (paye ton lapsus, ndlr) en arguant du fait qu'il transmettrait ensuite les notes à l'enseignante en question. N'auriez-vous pas fait passer un élève supplémentaire pour soulager une collègue ? (non mais vas-y, prends moi pour un con toi, ndlr)
- Non. Nous étions quatre enseignants, et nous connaissant, il me semble qu'aucun de nous n'aurait eu la stupidité de faire une bourde pareille. (et paf, mais ça je l'ai pas dit, ça aurait cassé la magistralité de ma phrase).
- Oui... bien sûr, je le crois aussi, mais je voulais vérifier avant de traiter quelqu'un de menteur."
Et sur de brèves politesses, nous raccrochâmes, et je pus retourner, plein de perplexité quant à la nature humaine, à ma sieste.

Qu'un élève n'ait pas bossé, ça arrive. Quelques-uns se sont même présentés en me disant que ce roman il était nul, qu'ils avaient fait l'impasse dessus etc... Que ce même élève soit mort de trouille, je peux l'entendre, le bac français c'est une première !
A la limite, qu'il fasse péter son épreuve... C'est stupide, mais ça peut s'expliquer. Un perfectionniste surdoué (non, précoce, surdoué c'est connoté tête d'ampoule nowadays) et dislexique (forcément), en mal d'amour qui lance un courageux appel au secours en jouant au baby le jour de son bac français, ça arrive ! Mais monter un bobard pareil, non : ma déontologie ne peut supporter un tel affront, surtout après le stress administratif qu'impose une telle épreuve. En effet, chaque candidat est numéroté, on doit remplir une chiée de paperasses, signer des trucs, faire signer des papiers aux candidats, rentrer les notes sur Internet en faisant bien gaffe de ne pas inverser deux élèves... C'est du stress, mine de rien. En tout cas, pour une première, ça m'a un peu stressé.
Alors, pour notre cher précoce en mal de tendresse, de deux choses l'une:
- soit la mère poule l'a défendu bec et ongles, et est repartie furieuse, maudissant cette engeance professorale maudite qui a ôôôsé accuser son petit bambin si fragils, malgré ses évidentes capacités.
- soit la mother a compris que son gosse était un petit branleur mytho, et a demandé au father d'avoir une discussion entre hommes avec le rejeton. Ce que je souhaite.
D'où cette émouvante ôde à celui qui ramassa sa mère.

21 août 2008

Mea Culpa

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Je souffre d'un symptôme assez inquiétant pour un prof de français. Honte à moi, je vais annoncer ma décrépitude au monde entier: il est extrêmement rare, ami lecteur, que je finisse un livre.
Oui, en effet, c'est très rare que j'en dépasse les deux tiers. Qu'il s'agisse de poésie, de théatre, de prose, de romans ou d'autobiographies, j'interromps très souvent la lecture avant la fin. Ce n'est pas de la paresse: je lis assez vite, et ce n'est pas une activité désagréable. Ce n'est pas non plus de l'ennui à cause de la qualité du livre: je pense le plus grand bien de plein de livres que je n'ai même pas terminé (Coriolan, Un Roi sans Divertissement, Mort à Crédit, l'Emile, Jane Eyre, la Recherche...). Pas de la flemme, pas de la surcharge de choses à lire à côté...Je crois, après y avoir pas mal réfléchi, qu'il s'agit simplement d'une espèce de lassitude qui s'installe une fois que j'ai repéré le fonctionnement d'un texte, après avoir compris dans quel sens tourne la grosse machine qui sous-tend l'agencement des pages, des paragraphes, des phrases et des mots. Finalement, l'intrigue ne m'intéresse que peu. Avec le temps, et sans doute est-ce grâce au nombre incalculable d'explications que j'ai faites/écoutées) je suis devenu bien plus sensible à tout ce que les élèves jugent secondaire: la cadence, les rythmes, les sonorités, le rendu plastique...J'en viens très souvent, et je crois que c'est cela qui vient justifier mon désinteressement de la littérature pure, à considérer une oeuvre littéraire comme une partition. Chaque lecture, en réactualisant la manière d'aborder le code dérisoire permettant d'accéder à la musique du texte, donne à l'oeuvre une extension dans le temps, dans l'espace et dans l'émotion. Une fois que ce fonctionnement est compris, que j'ai senti vers quoi l'auteur tendait, une lassitude me prend, au point de ne plus avoir envie de finir le bouquin. Presque par contrecoup, le fait de le finir n'est pas nécessairement gage d'une quelconque excellence. Je termine un livre souvent sans m'en apercevoir.

Et s'il y a un auteur chez qui ce processus de musicalité joue à plein, c'est bien Julien Gracq. J'ai eu, pendant très longtemps, une réaction de rejet, après avoir lu La Presqu'île. Je trouvais ça chiant, mais je me mentais. Ce n'est pas chiant du tout, mais il faut sentir la machine tourner, il faut saisir le mouvement qui fait ronronner les phrases de Gracq, et c'est baucoup plus complexe qu'il n'y paraît. Au fur et à mesure que les mois s'écoulaient, j'ai, petit à petit, commencé à comprendre ce qu'il en était, jusqu'à ce qu'Un Balcon en Forêt devienne un de mes romans préférés. Et aujourd'hui, alors que je me débattais sur ma traduction de Steinbeck, j'ai eu envie de commencer le Rivage des Syrtes, je suis donc allé le chercher pour le commencer. Et bien m'en a pris parce que je me suis régalé. A la page 40, je sais à peine de quoi il s'agit, et à la rigueur je m'en moque. En revanche, ce qui me fait frémir à chaque page, c'est la construction des phrases, ce sont les sonorités, le rythme, l'amplitude de cette écriture trempée dans la pluie, les forêts noires et le brouillard. Les paysages et les ambiances de Gracq me correspondent beaucoup: le froid, les pluies de novembre, la pluie, la solitude...Et j'ai compris, en refermant le livre au bout d'un moment (car ce n'est pas le genre de bouquin qu'il faut lire en deux jours, il faut le temps de s'imprégner et de se laisser submerger) que, malgré les autres choses qui me tiennent désormais bien plus à coeur, j'aimais encore la littérature.

18 août 2008

Mens sana in corpore sano...tu parles

Ainsi donc, la fin des vacances commence à approcher. Dangereusement même: tout le monde commence à parler de la rentrée, les soirées grillades & co se raréfient, les copains redeviennent casaniers...Même Hapax est partie, et en partant (à 1h45, certes) de chez Bénédicte, j'ai eu comme le sentiment que la dernière soirée de l'été se profilait dangereusement. Il va donc falloir retrouver un rythme sain: coucher pas trop tard, mais surtout lever tôt, et au travail pour se remettre bien sur les rails.
Mais avant tout, il était carrément impossible de squizzer Bénédicte sans parler de son taille-crayon. Je ne m'éloigne pas du sujet initial, puisque cet ustensile sorti de manière si ostentatoire venait ponctuer, il y a deux ans, nos cours de CAPES. Bénédicte, donc, déteste les porte-mine et préfère le contact plus viril du bois (guère étonnant, pour une spécialiste de Giono). Seulement les petits taille-crayons merdiques de Carrefour lui niquent systématiquement ses jolis crayons. Il a donc fallu recourir à LA Bête de Course:

DSCF5310Si ce truc là était une mobylette de livraison, en comparaison je continuerais de livrer sur mon Fox 50 alors que Bénédicte me mettrait un vent avec son CBR 900. Machin qui maintient le crayon bien en place, petite manivelle rotativement axatoire (elle tourne sur un axe, quoi) pour une taille personnalisée, couleurs vives qui vous donnent direct une insolation et, le must du must, le petit réservoir pour récupérer les déchêts crayonnatoires.

DSCF5311Non, vraiment, le top of the pop. Et donc, Bénédicte sortait religieusement, en chaque début d'heure, son petit (enfin, son énorme) taille-crayon. C'était le rituel, et ça m'amusait beaucoup. Parce que c'était tout Bénédicte: méticuleuse, appliquée, de bons outils pour une bonne artisane, le besoin de se rassurer avec des petits trucs comme ça. Bien évidemment, nous la charrions avec ce taille-crayon. Il n'empêche qu'elle a eu son CAPES...avec ce taille-crayon sur la table pendant les écrits. Et maintenant, j'ose espérer qu'elle ne calera pas dans ce joli instrument les petits doigts tout fins des méchants Kévins et Kévinas "pour leur apprendre à s'révolter."
Enfin. La rentrée se rapproche, donc ressortons et préparons tous nos taille-crayons respectifs !

19 juillet 2008

Concert de Robin Mc Kelle

Robin_McKelle_01_375 Eh ui, étant donné que du fond de mon bureau climatisé, je gère les équipes qui bossent sur les concerts, il est normal que l'une des têtes pensantes du (très haut) conseil de direction du conseil général ait des entrées libres pour tous les concerts de la saison. Non ? Bon, quoi qu'il en soit, mon pote John et moi avons été autorisés à assister en VIP à ce concert. Ce n'est pas Coltrane, mais nous ne vivons pas à New-York non plus. c'était quand même une bonne aubaine que de voir ce concert. Quatre personnes sur scène: la chanteuse, normal; un pianiste, un contrebassiste et un batteur. Vraiment bien, je craignais en arrivant que ce concert soit trop élitiste et réservé à quelques experts du jazz, en laissant les novices (dont je fais partie) sur le carreau. Pour reprendre une expression d'une nana du bureau, j'avais un peu peur de la "métaphysique du saxophone." Finalement non, ça passait très bien, ces mélodies. J'avais conscience d'assister à un concert "tout public", avec les grosses ficelles, il reste que les trois excellents musiciens m'ont convaincu, malgré la casserole qui servait de piano à queue. Du coup, ça m'a donné envie de réécouter le live de Keith Jarret que mon prof m'avait prêté il y a quelques mois. C'est net: le jazz, c'est pas trop mon délire. Mais de temps en temps, à doses homéopathiques, ça va. Et ça m'aide à comprendre un peu les gens qui me disent qu'ils aiment le "classique' à "petite dose", pour les "détendre," ce qui me semble habituellement la pire des aberrations. Et j'ai même pensé à prendre mon appareil. Mais comme je me défends de faire partie de ces gougnaffiers qui font crépiter leur flash pendant le concert, vous vous contenterez du "stage before the live." Non mais.DSCF4253
6 juillet 2008

Continuation

Bon, pas mal de retard dans la tenue du blog. Je me suis donc pointé mardi matin, 9h, pour m'apercevoir que ma chère Catherine n'était tout simplement pas arrivée. J'ai donc été halpagué par un de ses sous-fifres pour faire quelques bricoles dans la fameuse exposition que j'étais censé surveiller. Rien de bien folichon, mon chaperon me libérant à 11H30. Retour au QG je retrouve Catherine en pleine discussion avec un monsieur, responsable du pôle technique du conseil général. C'est lui qui devint mon nouveau patron, en me disant: "bon, ben on y va, maintenant." Dégouté j'étais de ne pouvoir rentrer manger avec ma moitié. Mais vite consolé en apprenant que j'avais été enlevé pour la grillade annuelle du personnel, tous les 1° Juillet ! Donc, j'ai passé le reste de l'après-midi sur les hauteurs privées du château royal de Collioure, autour de mes nouveaux collègues pour me faire une super grillade, aux frais du contribuable. Et ils savaient vraiment y faire, on a bouffé/bu jusqu'à 5h30 du soir. Y a pire, comme première journée de travail ! SP_A0068 J'ai donc officiellement pris mes fonctions le lendemain, 8h30, et enfin compris ce que j'allais faire un mois durant: gérer les plannings de tous les concerts du mois de Juillet. En gros, sur mes jolis tableaux Excel, je dois déterminer ce que fera telle équipe à telle heure, qui fera quoi, où, quand et comment. SP_A0069 Donc j'ai droit à mon poste avec deux écrans, la clim, une machine à café. Je suis comblé. Mine de rien, j'ai pas mal de responsabilités, et ce n'est pas inintéressant, d'autant plus que je me ballade régulièrement avec la Clio climatisée du CG pour faire moult conneries (porter des affiches à Prades, récupérer des docs, etc...). L'équipe est assez sympa, l'ambiance est bonne et mon patron a l'air satisfait de ce que je fais. Donc, c'est cool, pour le moment !
7 mars 2008

Un très beau livre

Y a pas à dire, les anciens sont vraiment ceux qui écrivent le mieux. J'aime beaucoup celui-là, j'avais lu quelques trucs de lui pour la maîtrise, du coup en tombant sur ce petit livre de 120 pages par hasard, je l'ai dévoré. Georges Gusdorf, La Parole. Un petit extrait: "Le langage le plus commun représente un mot de pase universel. Aussi bien l'écrivain le plus hermétique renonce à ses raffinements de vocabulaire et de style lorsqu'il s'adresse à l'épicier du coin ou au contrôleur d'autobus. Lorsque Mallarmé inscrivait sur des enveloppes, en guise d'adresse, des quatrains précieux, il spéculait sur une particulière bonne volonté des employés des P.T.T. pour déchiffrer ses rébus poétiques. Mais si tous les usagers de la Poste en avaient fait autant, il est probable que ce service public ses serait trouvé très rapidement dans l'incapacité de fonctionner. A la limite, si j'use d'un langage entièrement personnel, fabriqué par moi de toutes pièces, il est clair que j'arriverai peut-être ainsi à énoncer des formules d'une originalité radicale, mais que personne ne me comprendra. (...) Il semble donc que l'usage de la parole nous oblige à choisir entre deux formes d'aliénation: ou bien, comme le fou ou me mystique, parler comme personne; ou bien, comme l'adepte de la langue basique, parler comme tout le monde. Dans les deux cas, le sens même de la personnalité s'abolit. Plus je communique et moins je m'exprime, plus je m'exprime et moins je communique. Il faut choisir entre l'incompréhensibilité et l'inauthenticité, entre l'excommunication ou le renoncement de soi.", PUF, PP. 53-54. Joliment dit, non ? 41FX0XDAVQL
15 août 2008

A star is born

DSCF5211 Voici donc un cahier. Un simple cahier à gros carreaux que je vais méticuleusement noircir selon ma méthode habituelle de travail (qui est d'ailleurs, je l'ai appris après coup, la même qu'utilisait Steinbeck), à savoir idées principales sur la page de gauche, et rédaction sur la page de droite. J'ai décidé, sur les encouragements de Sophie et d'Emilie, de rédiger les anecdotes d'un livreur de pizzas. Et oui. Parce que mine de rien, j'ai fait ce travail de 2002 à 2008, j'ai livré des centaines de pizzas à des centaines de gens, et que des anecdotes, j'en ai vraiment un sacré gros paquet. Des histoires marrantes, des petits faits divers rigolos, des événements d'actualité vus dans un oeil de boeuf bien particulier...L'idée est donc d'en réunir environ 25, et de les rédiger pour les publier. Pour le fun aucune prétention de quoi que ce soit. Et d'après la petite recherche que j'ai faite sur sudoc, cela n'a jamais été fait. Seulement, il est hors de question de signer de mon vrai nom. ca ferait un peu tache d'huile sur la lissitude de ma brève carrière universitaire. Adoncques ma chère Hapax m'a trouvé un pseudonyme qui nous a fait assez rire pour que je l'adoptasse: ainsi donc est né Aldo Laceclat, brillant auteur de l'Odyssée du Livreur Solitaire. Ca en jette non ? D'autant plus que ce petit opuscule aura une dimension cathartique: il s'agira d'expulser toute la rage accumulée par ce travail merdique et de le transformer en de belles pages bien cyniques dans lesquelles je me vengerai de tous ces blaireaux. En espérant que je contribuerai ainsi à améliorer la perception que les gens peuvent avoir de leur livreur de pizzas. Amen.
24 juin 2008

Le premier concerto pour piano de Brahms

Inaugurer une telle rubrique avec Brahms...Je ne l'aurais pas cru jusqu'à il y a peu. J'ai toujours eu du mal avec ce compositeur, de la même manière que j'ai toujours eu beaucoup de mal avec Nerval. Ces deux artistes sont à rapprocher, je pense, l'un m'a toujours fait pnser à l'autre. L'histoire, pour le moins, ne me contredira pas. Un univers malade. Ca doit être difficile de diriger Brahms. Plus encore de le jouer, je pense, car il s'agit de ne pas aplanir cette folie sans pour autant la rendre totalement incohérente. Szell, dans cet enregistrement, y parvient fort bien. Un équilibre instable, une fragilité permanente. D'une portée à l'autre, on passe la douceur à la violence, de la colère à la mélancolie. Les passages ne se tiennent jamais. Le pianon n'est jamais écrasé et remplit bien son rôle de catalyseur. Une très belle oeuvre. De celles qu'on met beaucoup de temps à comprendre. Ca ne fait que quelques semaines qu'elle m'obsède, des années après l'avoir rejetée en bloc. J'ai enfin l'impression d'avoir commencé à trouver une porte d'entrée. A suivre. 26901747_m
5 avril 2008

Ballade au Cap Béar

« Homme libre, toujours tu chériras la mer. » (Noter d’ailleurs la construction syllabique 4/2//4/2, qui vient mimer le balancement des vagues.) Je repense toujours à ce superbe vers lorsque je me rends à cet endroit magnifique, chaque fois que j’ai un coup de blues ou besoin de reprendre des forces. J’avais envie, à deux jours des épreuves, de revoir cette force des éléments, cette inaltérabilité du mouvement, qui se fout bien de savoir si j’aurai ou non mon agreg, de savoir même si je suis vivant ou mort. Simplement ainsi. Ca me rassure de sentir quelque chose qui me dépasse, un mouvement perpétuel qui finira tôt ou tard par m’englober et auquel je prendrai part, d’une manière ou d’une autre. Tout abandonner et retourner enfin à la terre-mer. Ca aide à relativiser les petits soucis du quotidien, en me rappelant à quel point je suis ridicule. La mer et la roche. Un combat éternel, le mouvement d’action et de réaction, d’élévation et de chute. Ces deux éléments m’ont toujours à la fois terrifié et fasciné. Leur alliance rappelle le primitivité de la nature. D’où mon goût pour l’Islande, terre de feu et de glace, de roche et de mer. Au milieu des éléments, quelle importance revêt ma petite vie ? Ca y est, le petit sac est en préparation. Voiture vérifiée (pas le moment de serrer le moteur !), paperasses, trousse, dictionnaires, quelques fiches, petits trucs à bouffer pour midi, à mi-épreuve. Si j’y pense, je prendrai mon diabolo, pour aller à la plage le soir. Soit footing, soit diabolo on the beach, ça me fera du bien. Chaque période difficile de ma vie aura été accompagnée par ce petit jouet qui ne ressemble plus à grand-chose. Je me demande si quelqu’un a déjà écrit une métaphysique du diabolo. Je suis certain qu’il y aurait plein de choses à dire. Le jouet dont l’intérêt réside dans l’équilibre et la rotation. L’apprentissage du juste milieu, quoi. DSCF3342 DSCF3354 DSCF3379 DSCF3381DSCF3361
3 décembre 2009

Michel Onfray et la suspension

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Au fur et à mesure que je le fréquente à la lecture de ses livres, Michel Onfray est un personnage (non pas une personne dont je ne saurais juger: on ne perçoit la personne qu'à travers son masque d'auteur, bien que le clivage narrateur/auteur tende beaucoup à s'estomper chez lui) qui m'est de plus en plus sympathique. Déjà, en voyant son parcours qu'on peut, pour le moins, qualifier de courageux: démissionner d'un poste de prof de philo pour fonder une université libre (celle de Caen, en l'occurrence) ne doit pas être une décision facile à prendre, et marque un certain courage: il faut être sûr de son coup pour faire un truc pareil. Respect.

Ensuite en le lisant. J'avoue 1/ne pas avoir tout lu, et 2/ne pas avoir toujours terminé les livres que j'ai commencés (le traité d'athéologie, notamment, m'est tombé des mains). Mais son écriture est toujours d'une grande clarté, oscillant entre désir d'être compris du vulgus pecum (expression qu'il doit détester, je pense) et érudition très précise. Manifestement, Onfray a lu, beaucoup lu et beaucoup réfléchi à ce qu'il lisait, de manière on ne peut plus personnelle.
Se dégage de ses livres (ceux que j'ai lus, pour le moins) une sensibilité à fleur de peau, une capacité à intégrer dans sa pensée des éléments qui a priori ne font pas l'objet d'une conceptualisation, à concilier le paysan et le philosophe afin d'embrasser dans sa philosophie une sorte de totalité réconciliant corps et âme. Son petit bouquin sur le Sauternes, par exemple, est éloquent à cet égard, on y sent une grande influence de Bachelard, on croirait presque lire le sixième volume de la suite de livres que l'épistémologue avait consacrés aux éléments, sans néanmoins la plume géniale de son illustre prédécesseur. Ne fait pas du Bachelard qui veut. Se dégage parfois également, et c'est cela qui me le rend encore plus sympathique, une certaine mauvaise foi, en particulier dans ses écrits philosophiques. Toute pensée globalisante, systématisante si j'ose dire, passe nécessairement par une sorte de réduction, d'assimilation des faits, des textes et des images. Et cela est systématique chez lui, au point parfois de ne pas le sentir toujours très à l'aise dans son propos. Non. Ou plutôt d'une certitude tellement inébranlable dans sa philosophie du corps, à tel point que c'est le lecteur qui a tendance à décrocher et à vouloir se sortir de ce discours si univoque, lequel est si convaincu, si ferme qu'il nous met parfois mal à l'aise.
;Et encore, ce n'est pas tout à fait ça. La pensée de Michel Onfray, et c'est pour cela que le terme de "mauvaise foi" me venait, est redoutablement incisive avec tous ceux qui ne sont pas d'accord avec Michel Onfray. Voilà c'est ça. Ce spécialiste de Nietzsche manie le discours avec une telle virtuosité (Sarkozy en avait d'ailleurs fait les frais: bien joué Michel) qu'il devient, pour ainsi dire, difficile de discuter avec lui intellectuellement, il propose une pensée sans faille, sans porte de sortie en quelque sorte. Et cela est tellement récurrent qu'on n'en a même plus envie de laisser tomber, on se laisse prendre dans une sorte de second degré car, après tout, ses arguments, même s'ils ont parfois un petit goût de déjà lu, sont quand même bien structurés, argumentés, révélateurs d'une pensée en continuel mouvement. Et c'est cela qui me plaît le plus chez Onfray: sa capacité à faire partager le mouvement de sa pensée. De sa pensée et de ses goûts, comme en témoigne l'ouverture de son université du goût ou l'étendue des domaines sur lesquels il écrit et dont il parle.

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Une pensée en suspension, finalement. Le mot m'est venu en lisant son deuxième volume de sa contre-histoire de la philosophie, dont Onfray a eu le bon goût de la faire paraître en livre de poche, contrairement à d'autres bouquins que je n'achèterai qu'une fois qu'ils seront sortis dans des collections de ce genre (le Mille Plateaux de Deleuze et Guattari, par exemple). Onfray a un tic d'écriture qui m'insupporte, qui m'a toujours insupporté en littérature: les points de suspension. Ils me paraissent d'autant plus condamnables en philosophie que ce domaine de la pensée doit laisser le moins possible de zones d'ombre, de sous-entendus, de choses non-dites et que le lecteur doit deviner. Et pourtant ils sont systématiques, on en trouve au moins à deux reprises à chaque page. Ca fait un petit effet "je n'en dis pas plus, vous avez tout compris, c'est édifiant, même pas la peine que je précise", et ça, surtout chez un philosophe -je me répète-, ça m'agace terriblement. Prenons une page, vraiment, au hasard: "Epicure fournit un arsenal capable de mettre à mal le christianisme au pouvoir en offrant une métaphysique, une éthique, une sagesse, une politique de rechange. Péché mortel pour des philosophes...", ou encore "Jean enseigne que naître de Dieu empêche d'être souillé par le péché car en chacun reste toujours la trace de la divinité ? Le Libre-Esprit conclut que la grâce subsistent et que les actes comptent pour rien, jamais..." Dieu que ça m'agace. Procédé rhétorique, je veux bien, pratique aussi car il évite des digressions qui augmenteraient le volume du livre d'un bon tiers. Mais il reste que c'est prodigieusement agaçant car on s'en lasse. Les points de suspension d'Onfray n'ont pas la violence de ceux de Céline, de sorte qu'on en a assez vite marre. Ce tic, enfin, est récurrent dans ses textes historiques et philosophiques, on ne le trouve quasiment plus dans des textes plus personnels, comme celui cité plus haut ou le très beau petit livre Le Corps de mon Père, lu sur les conseils d'une aficionada et que je vais probablement faire lire à mes troisièmes. Ecrire démocratiquement. Une qualité qui rend tous les auteurs sympathiques, celui-ci d'autant plus, malgré les remarques que j'ai faites.

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