Mine de rien, j'habite loin de Paris. Moins qu'auparavant certes, mais quand même. Au (très) bas mot, 40 minutes de voiture, ou 30 minutes de moto.
Mais je tenais à être là: la naissance de Petit Prince approchant, les occasions de sortir le soir vont se raréfier, et je tenais à voir mon pote faire son concert. 
C'est pourquoi j'ai pris mon appareil et la voiture pour rejoindre mes copains à Bastille.
Ils n'y étaient pas. Pris par l'habitude, je les avais rejoints à l'endroit où on se réunit habituellement, sans faire attention que ce n'était pas le bon. Rentrer, dépité ?
Que nenni: un quart d'heure de métro (Bastille-Ménilmontant via Nation) pour trouver le bon bar.
D'où j'avais déjà quelques souvenirs, un peu embrumés il est vrai. La dernière fois queje m'y trouvai, c'était lors en août 2011 et j'avais rejoint l'endroit où je dormais en vélib à trois heures du matin, guidé par le GPS de mon téléphone.
Les mêmes amis, groupe restreint depuis 2009 où nous étions en formation à l'IUFM. John, Pierre, Nico et moi. Les mêmes. Un peu de temps a passé, nous ne sommes pas exclusifs les uns des autres, les filles qui nous accompagnent changent parfois, chacun de nous a pris ses orientations. Nico m'a parlé du 10 kilomètres de Paris en octobre à faire tous les quatres, de ses futures vacances "en Thaïlande quoique Madagascar ça peut être cool aussi, on sait pas trop"; Pierre m'a demandé "toi qui t'y connais en Montaigne" (ben voyons) si je connaissais une édition qui comporte à la fois "une traduction en français moderne parce que le "sieur" au lieu de "monsieur" ça risque de me gonfler, et puis des notes claires et précises. A mon avis, il faut deux livres en même temps non ?" A froid je n'ai su lui donner que deux références (la PUF qui fait autorité et la récente traduction d'André Lanly dont j'ai entendu beaucoup de bien mais que je n'ai jamais ouverte). Il avait l'air satisfait, Pierre.
Ne vous étonnez pas, Pierre est du genre à demander aux gens des éditions de Montaigne en sifflant une pinte un vendredi soir. Ca fait partie de son charme.

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Et John jouait. Bien, comme d'habitude, une musique qui m'a plu avec un groupe chouette. Cherchez: Rogue Waves, sur Facebook. J'avais l'air con avec mon gros sac pourtant fin dans l'absolu mais pas pratique à manipuler dans un bar blindé. J'ai fait ce que j'ai pu avec les moyens du bord. Même avec du f.1,8 j'ai galéré pour sortir des photos qui vaillent quelque chose. Arrivant en retard je n'ai vu qu'une petite demi-heure sur une session d'une heure.
Croisé Gigi toujours impeccable ("Je la sens bien, ton agreg, je la sens bien"); Jojo et sa répulsion des quenelles; puis discuté avec le virtuose du manche et ses groupies avant de rentrer tranquillement. Chérie et Petit Prince me manquaient, et il était temps de s'éclipser. Sens inverse: Ménilmontant-Bastille par Nation; et voiture. Plus besoin de GPS pour aller à Paris désormais.
C'est ça le temps, sans doute. Chacun prend le chemin qui lui est tracé et on se retrouve parfois dans de petites bulles fragiles où on voit que tout cela n'est que peu de choses et ne modifie rien. Cette bulle était brève, et à y bien réfléchir le temps de trajet fut certainement plus long que celui passé à buller.
Mais peu importe.

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Tellement de choses vont évoluer dans ma vie d'ici peu de temps. J'ai hâte, et ça fait peur en même temps. L'important est là, peut-être: savoir que l'on reste soi-même et qu'on arrive à se retrouver, avec soi, de temps à autre. Soi et son petit clan familial; soi et ses amis mousquetaires; soi prenant du plaisir au boulot; soi musical, écrivant, lisant, photographiant. Et bientôt changeant les couches et pouponnant.
La vie est une bulle de bonheur, en somme, malgré les montagnes qu'il faut franchir pour en arriver là; et celles qu'il faudra franchir pour suivre son chemin.