samedi 12 décembre 2009
Nouveau terrain de jeu
Finalement, pour cause de partition introuvable, ce ne sera pas le Scarlatti qui fera chauffer mes doigts, mais encore (et pour longtemps, je pense) Bach. Bourrée de la deuxième suite anglaise:
mardi 8 décembre 2009
Fantaisie D. 940, de Franz Schubert
L'une de mes lectures les plus passionnantes, en matière de littérature, reste celle d'un philosophe dont on n'entend, à tort, plus beaucoup parler alors que sa pensée était d'une clarté et d'une évidence absolument phénoménale: Georges Gusdorf. J'avais lu la somme qu'il avait écrite sur la notion de romantisme (dans je ne sais plus quel livre, le titre m'échappe) et son analyse était d'une limpidité qui en remontrerait beaucoup aux critiques actuels, imbus de termes genettiens et incompréhensibles pour le commun des mortels.
Pour la résumer, Gusdorf étendait au fonctionnement humain l'opposition, volontairement manichéenne, entre classicisme (qu'il ne désignait pas par ce terme, mais dont le nom ne me revient pas) et romantisme. A l'exaltation égoïste du moi créateur s'oppose l'enthousiasme ontologique, le désir d'une vaste réintégration à un cycle animiste. Ce passage d'une tendance à une autre, bien évidemment marqué historiquement par l'émergence du mouvement romantique (ce qui serait, certes, à préciser: quel romantisme ? D'où et comment vient-il, etc...) ne serait révélateur que d'une tendance générale de l'humain (une manifestation remarquable par sa dimension collective et historique, finalement) à passer de l'un à l'autre mode, finalement, et que tout créateur aspire à la fois au désir romantique de se montrer et à la nécessité de s'intégrer, ou plutôt de se réintégrer. Repensons à la magnifique formule de Gide: "l'art naît de contraintes, vit de luttes et meurt de liberté".
Soit.
C'est à cette théorie que me fait souvent penser l'oeuvre dont il va être question dans ce petit billet: la fantaisie pour piano à quatre mains en fa mineur (D. 940) de Franz Schubert. Une oeuvre de vieillesse, composée début 1928 (quelques mois avant de mourir, donc) à Vienne et dédiée à la princesse Caroline Esterhazy, qui était à Schubert ce que l' "immortelle bien-aimée" était à Beethoven: un amour passionné et hélas non payé de retour. Une "fantaisie": le choix du genre est assez significatif, d'autant plus quand on sait que ce morceau peut être facilement décomposable en plusieurs moments, que l'on reconnait très aisément tant ils sont marqués rythmiquement. Cette oeuvre aurait pu être une sonate, aux mouvements clairement délimités. Mais non: en l'inscrivant dans le genre de la fantaisie, tout se passe comme si Schubert avait voulu accentuer le lien indéfectible qui unit ces moments, comme s'ils étaient liés l'un dans l'autre à tel point qu'on ne pouvait les dissocier.
Le mélange, un terme qui vient tout de suite s'imposer à l'esprit à l'écoute de cette oeuvre: un et un font trois. Tout est fait pour dépasser une dualité pourtant inscrite dans la conception même de ce morceau. Je vais m'expliquer, rassurez-vous.
Je suis alors souvent surpris de constater que les musicologues ont tendance à diviser ce morceau en QUATRE moments. Cette analyse, dont je ne vais pas reprendre le détail ici, me choque en ce qu'elle me paraît témoigner d'un manque de bon sens: si Schubert avait voulu composer un morceau en quatre mouvements, il en aurait fait une sonate, non une fantaisie. Cette oeuvre est bien évidemment à envisager en trois mouvements, qui se répondent l'un à l'autre et finissent par se mélanger au point de devenir indiscernables.
Mais voyons, et écoutons, grâce à une bonne version: celle de Murray Pérahia (qui a récemment signé une ADMIRABLE gravure des Inventions de Bach) et de Radu Lupu.
Le début de la fantaisie commence par une douce introduction en fa mineur. Marquée par la tristesse, la mélancolie, la "fadeur", pour reprendre le terme de J-P Richard parlant de Verlaine. Une écriture romantique, par excellence (qui annonce déjà Chopin, disent les musicologues), qui se développe doucement mais clairement.
Ce premier moment, selon moi, englobe ce que la critique divise en deux mouvements, et va jusqu'à 2 min et 45 sec de la seconde vidéo:
A ce moment là débute le second mouvement, qui n'a rien à voir avec le premier. A la tristesse succède non la joie mais un passage en fa dièse mineur, bien plus dynamique, davantage marqué par le principe de la reprise, des moments fugués. Un moment solaire, manifestement, mais qui ne peut, lui non plus, être considéré seul: il partage cette bancalité que nous avions notée dans le passage précédent. Lui comme le précédent semblent tourner en rond, ne pas accéder à une autonomie close. Les jouer seuls serait absurde.
Et, enfin, le sens de cette accumulation, de cette association, vient se résoudre dans les cinq dernières minutes.
Cinq dernières minutes qui commencent d'ailleurs par un rappel de ce que j'avais noté comme premier mouvement. La mélodie dionysiaque est reprise et développée jusqu'à lui apporter le dynamisme apollinien du deuxième mouvement. Enfin, les deux tonalités sont indiscernables, et donne naissance à une troisième mélodie, intensément dramatique, et qui vient exhaler après de nombreuses plaintes sur cet accord en fa dièse mineur.
Voilà, en quelques lignes que je ne développerai pas sur un plan musicologique poussé la raison qui me pousse à diviser ce morceau non en quatre mouvements, comme le fait l'intelligentsia traditionnelle, mais en trois; d'autant plus si on le replace dans le contexte de sa création. Deux mélodies, l'une solaire et l'autre nocturne; qui ne peuvent se suffire à elles-mêmes si on n'y ajoute pas une troisième qui les reprend toutes deux pour les dépasser et les sublimer; un morceau volontairement écrit pour quatre mains alors qu'il eut été facile de le composer pour deux mains sans en perdre la beauté...
Voilà, me semble-t-il, le plus beau témoignage d'amour de tous les temps.
samedi 5 décembre 2009
Quand on parle du loup...
Enfin, si j'ose dire, voici la lettre adressée par Michel Onfray à Nicolas Sarkozy concernant le transfert éventuel d'Albert Camus au Panthéon. Re-merci Michel.
Article paru dans Le Monde du 25 Novembre dernier (http://www.lemonde.fr/opinions/article/2009/11/24/monsieur-le-president-devenez-camusien-par-michel-onfray_1271343_3232.html)
"Monsieur le Président, je vous fais une lettre, que vous lirez peut-être, si vous avez le temps. Vous venez de manifester votre désir d'accueillir les cendres d'Albert Camus au Panthéon, ce temple de la République au fronton duquel, chacun le sait, se trouvent inscrites ces paroles :"Aux grands hommes, la patrie reconnaissante". Comment vous donner tort puisque, de fait, Camus fut un grand homme dans sa vie et dans son oeuvre et qu'une reconnaissance venue de la patrie honorerait la mémoire de ce boursier de l'éducation nationale susceptible de devenir modèle dans un monde désormais sans modèles.
De fait, pendant sa trop courte vie, il a traversé l'histoire sans jamais commettre d'erreurs : il n'a jamais, bien sûr, commis celle d'une proximité intellectuelle avec Vichy. Mieux : désireux de s'engager pour combattre l'occupant, mais refusé deux fois pour raisons de santé, il s'est tout de même illustré dans la Résistance, ce qui ne fut pas le cas de tous ses compagnons philosophes. De même, il ne fut pas non plus de ceux qui critiquaient la liberté à l'Ouest pour l'estimer totale à l'Est : il ne se commit jamais avec les régimes soviétiques ou avec le maoïsme. Camus fut l'opposant de toutes les terreurs, de toutes les peines de mort, de tous les assassinats politiques, de tous les totalitarismes, et ne fit pas exception pour justifier les guillotines, les meurtres, ou les camps qui auraient servi ses idées. Pour cela, il fut bien un grand homme quand tant d'autres se révélèrent si petits. Mais, Monsieur le Président, comment justifierez-vous alors votre passion pour cet homme qui, le jour du discours de Suède, a tenu à le dédier à Louis Germain, l'instituteur qui lui permit de sortir de la pauvreté et de la misère de son milieu d'origine en devenant, par la culture, les livres, l'école, le savoir, celui que l'Académie suédoise honorait ce jour du prix Nobel ? Car, je vous le rappelle, vous avez dit le 20 décembre 2007, au palais du Latran : "Dans la transmission des valeurs et dans l'apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l'instituteur ne pourra jamais remplacer le curé." Dès lors, c'est à La Princesse de Clèves que Camus doit d'être devenu Camus, et non à la Bible. De même, comment justifierez-vous, Monsieur le Président, vous qui incarnez la nation, que vous puissiez ostensiblement afficher tous les signes de l'américanophilie la plus ostensible ? Une fois votre tee-shirt de jogger affirmait que vous aimiez la police de New York, une autre fois, torse nu dans la baie d'une station balnéaire présentée comme très prisée par les milliardaires américains, vous preniez vos premières vacances de président aux Etats-Unis sous les objectifs des journalistes, ou d'autres fois encore, notamment celles au cours desquelles vous avez fait savoir àGeorge Bush combien vous aimiez son Amérique. Savez-vous qu'Albert Camus, souvent présenté par des hémiplégiques seulement comme un antimarxiste, était aussi, et c'est ce qui donnait son sens à tout son engagement, un antiaméricain forcené, non pas qu'il n'ait pas aimé le peuple américain, mais il a souvent dit sa détestation du capitalisme dans sa forme libérale, du triomphe de l'argent roi, de la religion consumériste, du marché faisant la loi partout, de l'impérialisme libéral imposé à la planète qui caractérise presque toujours les gouvernements américains. Est-ce le Camus que vous aimez ? Ou celui qui, dansActuelles, demande "une vraie démocratie populaire et ouvrière", la "destruction impitoyable des trusts", le "bonheur des plus humbles d'entre nous" (Œuvres complètes d'Albert Camus, Gallimard, "La Pléiade", tome II, p. 517) ? Et puis, Monsieur le Président, comment expliquerez-vous que vous puissiez déclarer souriant devant les caméras de télévision en juillet 2008 que, "désormais, quand il y a une grève en France, plus personne ne s'en aperçoit", et, en même temps, vouloir honorer un penseur qui n'a cessé de célébrer le pouvoir syndical, la force du génie colérique ouvrier, la puissance de la revendication populaire ? Car, dans L'Homme révolté, dans lequel on a privilégié la critique du totalitarisme et du marxisme-léninisme en oubliant la partie positive - une perversion sartrienne bien ancrée dans l'inconscient collectif français... -, il y avait aussi un éloge des pensées anarchistes françaises, italiennes, espagnoles, une célébration de la Commune, et, surtout, un vibrant plaidoyer pour le "syndicalisme révolutionnaire" présenté comme une "pensée solaire" (t. III, p. 317). Est-ce cet Albert Camus qui appelle à "une nouvelle révolte" libertaire (t. III, p. 322) que vous souhaitez faire entrer au Panthéon ? Celui qui souhaite remettre en cause la "forme de la propriété" dans Actuelles II (t. III, p. 393) ? Car ce Camus libertaire de 1952 n'est pas une exception, c'est le même Camus qui, en 1959, huit mois avant sa mort, répondant à une revue anarchiste brésilienne, Reconstruir, affirmait : "Le pouvoir rend fou celui qui le détient" (t. IV, p. 660). Voulez-vous donc honorer l'anarchiste, le libertaire, l'ami des syndicalistes révolutionnaires, le penseur politique affirmant que le pouvoir transforme en Caligula quiconque le détient ? De même, Monsieur le Président, vous qui, depuis deux ans, avez reçu, parfois en grande pompe, des chefs d'Etat qui s'illustrent dans le meurtre, la dictature de masse, l'emprisonnement des opposants, le soutien au terrorisme international, la destruction physique de peuples minoritaires, vous qui aviez, lors de vos discours de candidat, annoncé la fin de la politique sans foi ni loi, en citant Camus d'ailleurs, comment pourrez-vous concilier votre pragmatisme insoucieux de morale avec le souci camusien de ne jamais séparer politique et morale ? En l'occurrence une morale soucieuse de principes, de vertus, de grandeur, de générosité, de fraternité, de solidarité. Camus parlait en effet dans L'Homme révolté de la nécessité de promouvoir un "individualisme altruiste" soucieux de liberté autant que de justice. J'écris bien : "autant que". Car, pour Camus, la liberté sans la justice, c'est la sauvagerie du plus fort, le triomphe du libéralisme, la loi des bandes, des tribus et des mafias ; la justice sans la liberté, c'est le règne des camps, des barbelés et des miradors. Disons-le autrement : la liberté sans la justice, c'est l'Amérique imposant à toute la planète le capitalisme libéral sans états d'âme ; la justice sans la liberté, c'était l'URSS faisant du camp la vérité du socialisme. Camus voulait une économie libre dans une société juste. Notre société, Monsieur le Président, celle dont vous êtes l'incarnation souveraine, n'est libre que pour les forts, elle est injuste pour les plus faibles qui incarnent aussi les plus dépourvus de liberté.
Les plus humbles, pour lesquels Camus voulait que la politique fût faite, ont nom aujourd'hui ouvriers et chômeurs, sans-papiers et précaires, immigrés et réfugiés, sans-logis et stagiaires sans contrats, femmes dominées et minorités invisibles. Pour eux, il n'est guère question de liberté ou de justice... Ces filles et fils, frères et soeurs, descendants aujourd'hui des syndicalistes espagnols, des ouvriers venus d'Afrique du Nord, des miséreux de Kabylie, des travailleurs émigrés maghrébins jadis honorés, défendus et soutenus par Camus, ne sont guère à la fête sous votre règne. Vous êtes-vous demandé ce qu'aurait pensé Albert Camus de cette politique si peu altruiste et tellement individualiste ? Comment allez-vous faire, Monsieur le Président, pour ne pas dire dans votre discours de réception au Panthéon, vous qui êtes allé à Gandrange dire aux ouvriers que leur usine serait sauvée, avant qu'elle ne ferme, que Camus écrivait le 13 décembre 1955 dans un article intitulé "La condition ouvrière" qu'il fallait faire"participer directement le travailleur à la gestion et à la réparation du revenu national" (t. III, p. 1059) ? Il faut la paresse des journalistes reprenant les deux plus célèbres biographes de Camus pour faire du philosophe un social-démocrate... Car, si Camus a pu participer au jeu démocratique parlementaire de façon ponctuelle (Mendès France en 1955 pour donner en Algérie sa chance à l'intelligence contre les partisans du sang de l'armée continentale ou du sang du terrorisme nationaliste), c'était par défaut : Albert Camus n'a jamais joué la réforme contre la révolution, mais la réforme en attendant la révolution à laquelle, ces choses sont rarement dites, évidemment, il a toujours cru - pourvu qu'elle soit morale. Comment comprendre, sinon, qu'il écrive dans L'Express, le 4 juin 1955, que l'idée de révolution, à laquelle il ne renonce pas en soi, retrouvera son sens quand elle aura cessé de soutenir le cynisme et l'opportunisme des totalitarismes du moment et qu'elle "réformera son matériel idéologique et abâtardi par un demi-siècle de compromissions et (que), pour finir, elle mettra au centre de son élan la passion irréductible de la liberté" (t. III, p. 1020) - ce qui dansL'Homme révolté prend la forme d'une opposition entre socialisme césarien, celui de Sartre, et socialisme libertaire, le sien... Or, doit-on le souligner, la critique camusienne du socialisme césarien, Monsieur le Président, n'est pas la critique de tout le socialisme, loin s'en faut ! Ce socialisme libertaire a été passé sous silence par la droite, on la comprend, mais aussi par la gauche, déjà à cette époque toute à son aspiration à l'hégémonie d'un seul. Dès lors, Monsieur le Président de la République, vous avez raison, Albert Camus mérite le Panthéon, même si le Panthéon est loin, très loin de Tipaza - la seule tombe qu'il aurait probablement échangée contre celle de Lourmarin... Mais si vous voulez que nous puissions croire à la sincérité de votre conversion à la grandeur de Camus, à l'efficacité de son exemplarité (n'est-ce pas la fonction républicaine du Panthéon ?), il vous faudra commencer par vous. Donnez-nous en effet l'exemple en nous montrant que, comme le Camus qui mérite le Panthéon, vous préférez les instituteurs aux prêtres pour enseigner les valeurs ; que, comme Camus, vous ne croyez pas aux valeurs du marché faisant la loi ; que, comme Camus, vous ne méprisez ni les syndicalistes, ni le syndicalisme, ni les grèves, mais qu'au contraire vous comptez sur le syndicalisme pour incarner la vérité du politique ; que, comme Camus, vous n'entendez pas mener une politique d'ordre insoucieuse de justice et de liberté ; que, comme Camus, vous destinez l'action politique à l'amélioration des conditions de vie des plus petits, des humbles, des pauvres, des démunis, des oubliés, des sans-grade, des sans-voix ; que, comme Camus, vous inscrivez votre combat dans la logique du socialisme libertaire... A défaut, excusez-moi, Monsieur le Président de la République, mais je ne croirai, avec cette annonce d'un Camus au Panthéon, qu'à un nouveau plan de communication de vos conseillers en image. Camus ne mérite pas ça. Montrez-nous donc que votre lecture du philosophe n'aura pas été opportuniste, autrement dit, qu'elle aura produit des effets dans votre vie, donc dans la nôtre. Si vous aimez autant Camus que ça, devenez camusien. Je vous certifie, Monsieur le Président, qu'en agissant de la sorte vous vous trouveriez à l'origine d'une authentique révolution qui nous dispenserait d'en souhaiter une autre. Veuillez croire, Monsieur le Président de la République, à mes sentiments respectueux et néanmoins libertaires."
vendredi 4 décembre 2009
Premier morceau qui tient la route !
D'ici une semaine ou deux, ce premier morceau sera, je pense, fini: je l'aurai terminé. La première invention de Bach. C'est un petit début, certes, mais un début.
Mon prochain morceau sérieux: la sonate en ré majeur, de Domenico Scarlatti. Mais patience.
jeudi 3 décembre 2009
Michel Onfray et la suspension
Au fur et à mesure que je le fréquente à la lecture de ses livres, Michel Onfray est un personnage (non pas une personne dont je ne saurais juger: on ne perçoit la personne qu'à travers son masque d'auteur, bien que le clivage narrateur/auteur tende beaucoup à s'estomper chez lui) qui m'est de plus en plus sympathique. Déjà, en voyant son parcours qu'on peut, pour le moins, qualifier de courageux: démissionner d'un poste de prof de philo pour fonder une université libre (celle de Caen, en l'occurrence) ne doit pas être une décision facile à prendre, et marque un certain courage: il faut être sûr de son coup pour faire un truc pareil. Respect.
Ensuite en le lisant. J'avoue 1/ne pas avoir tout lu, et 2/ne pas avoir toujours terminé les livres que j'ai commencés (le traité d'athéologie, notamment, m'est tombé des mains). Mais son écriture est toujours d'une grande clarté, oscillant entre désir d'être compris du vulgus pecum (expression qu'il doit détester, je pense) et érudition très précise. Manifestement, Onfray a lu, beaucoup lu et beaucoup réfléchi à ce qu'il lisait, de manière on ne peut plus personnelle.
Se dégage de ses livres (ceux que j'ai lus, pour le moins) une sensibilité à fleur de peau, une capacité à intégrer dans sa pensée des éléments qui a priori ne font pas l'objet d'une conceptualisation, à concilier le paysan et le philosophe afin d'embrasser dans sa philosophie une sorte de totalité réconciliant corps et âme. Son petit bouquin sur le Sauternes, par exemple, est éloquent à cet égard, on y sent une grande influence de Bachelard, on croirait presque lire le sixième volume de la suite de livres que l'épistémologue avait consacrés aux éléments, sans néanmoins la plume géniale de son illustre prédécesseur. Ne fait pas du Bachelard qui veut. Se dégage parfois également, et c'est cela qui me le rend encore plus sympathique, une certaine mauvaise foi, en particulier dans ses écrits philosophiques. Toute pensée globalisante, systématisante si j'ose dire, passe nécessairement par une sorte de réduction, d'assimilation des faits, des textes et des images. Et cela est systématique chez lui, au point parfois de ne pas le sentir toujours très à l'aise dans son propos. Non. Ou plutôt d'une certitude tellement inébranlable dans sa philosophie du corps, à tel point que c'est le lecteur qui a tendance à décrocher et à vouloir se sortir de ce discours si univoque, lequel est si convaincu, si ferme qu'il nous met parfois mal à l'aise.
;Et encore, ce n'est pas tout à fait ça. La pensée de Michel Onfray, et c'est pour cela que le terme de "mauvaise foi" me venait, est redoutablement incisive avec tous ceux qui ne sont pas d'accord avec Michel Onfray. Voilà c'est ça. Ce spécialiste de Nietzsche manie le discours avec une telle virtuosité (Sarkozy en avait d'ailleurs fait les frais: bien joué Michel) qu'il devient, pour ainsi dire, difficile de discuter avec lui intellectuellement, il propose une pensée sans faille, sans porte de sortie en quelque sorte. Et cela est tellement récurrent qu'on n'en a même plus envie de laisser tomber, on se laisse prendre dans une sorte de second degré car, après tout, ses arguments, même s'ils ont parfois un petit goût de déjà lu, sont quand même bien structurés, argumentés, révélateurs d'une pensée en continuel mouvement. Et c'est cela qui me plaît le plus chez Onfray: sa capacité à faire partager le mouvement de sa pensée. De sa pensée et de ses goûts, comme en témoigne l'ouverture de son université du goût ou l'étendue des domaines sur lesquels il écrit et dont il parle.
Une pensée en suspension, finalement. Le mot m'est venu en lisant son deuxième volume de sa contre-histoire de la philosophie, dont Onfray a eu le bon goût de la faire paraître en livre de poche, contrairement à d'autres bouquins que je n'achèterai qu'une fois qu'ils seront sortis dans des collections de ce genre (le Mille Plateaux de Deleuze et Guattari, par exemple). Onfray a un tic d'écriture qui m'insupporte, qui m'a toujours insupporté en littérature: les points de suspension. Ils me paraissent d'autant plus condamnables en philosophie que ce domaine de la pensée doit laisser le moins possible de zones d'ombre, de sous-entendus, de choses non-dites et que le lecteur doit deviner. Et pourtant ils sont systématiques, on en trouve au moins à deux reprises à chaque page. Ca fait un petit effet "je n'en dis pas plus, vous avez tout compris, c'est édifiant, même pas la peine que je précise", et ça, surtout chez un philosophe -je me répète-, ça m'agace terriblement. Prenons une page, vraiment, au hasard: "Epicure fournit un arsenal capable de mettre à mal le christianisme au pouvoir en offrant une métaphysique, une éthique, une sagesse, une politique de rechange. Péché mortel pour des philosophes...", ou encore "Jean enseigne que naître de Dieu empêche d'être souillé par le péché car en chacun reste toujours la trace de la divinité ? Le Libre-Esprit conclut que la grâce subsistent et que les actes comptent pour rien, jamais..." Dieu que ça m'agace. Procédé rhétorique, je veux bien, pratique aussi car il évite des digressions qui augmenteraient le volume du livre d'un bon tiers. Mais il reste que c'est prodigieusement agaçant car on s'en lasse. Les points de suspension d'Onfray n'ont pas la violence de ceux de Céline, de sorte qu'on en a assez vite marre. Ce tic, enfin, est récurrent dans ses textes historiques et philosophiques, on ne le trouve quasiment plus dans des textes plus personnels, comme celui cité plus haut ou le très beau petit livre Le Corps de mon Père, lu sur les conseils d'une aficionada et que je vais probablement faire lire à mes troisièmes. Ecrire démocratiquement. Une qualité qui rend tous les auteurs sympathiques, celui-ci d'autant plus, malgré les remarques que j'ai faites.
mercredi 2 décembre 2009
Aimez-vous Brahms ?
Il a déjà été question d'un billet consacré ici à une des oeuvres qui me hante le plus. Oeuvre qui a presque une valeur d'intrus, dans la mesure où elle ne correspond pas tellement à mes périodes habituelles: le premier concerto en ré mineur, op.15, de Brahms, dont j'ai parlé il y a quelques semaines ou quelques mois. Je n'y reviendrai que pour quelques remarques incidentes au sujet d'une version que j'ai entendue mardi matin dans la voiture, sur France musique: une version adaptée non pour piano et orchestre, mais pour deux pianos.
J'avais déjà entendu un concert il y a quelques années la transformation de ce genre d'une oeuvre concertante pour piano et orchestre. C'était le quatrième concerto de Beethoven, et ce choix m'avait paru extrêmement judicieux dans la mesure où il s'agit du seul des cinq qui, à mon sens, parle d'une réconciliation entre les deux instances, qui ne s'opposent pas mais qui auraient plutôt tendance à s'enchaîner pour monter au ciel. Il n'y a qu'à écouter les premières mesures:
Ne serait-ce qu'à partir des premières mesures, le ton est donné. Comparez avec le début du cinquième, par exemple, du même:
Rien à voir, remarquez, on n'est plus du tout dans le même univers.
Pour revenir à nos moutons, un peu surpris par ce choix, j'écoutai donc ce concerto jusqu'à la fin du premier mouvement, interprété par deux pianistes. L'un dont je n'avais jamais entendu parler, et l'autre que je connaissais un peu pour l'avoir entendu jouer il y a quelques mois le deuxième de Prokofiev (un chef d'oeuvre, incompréhensible pour des oreilles peu ou mal habituées au "classique", mais un véritable monstre sacré, ce concerto), ce qui m'avait d'ailleurs fait plonger dans la perplexité: passer (parce que oui, il s'agit bien, déjà, de passer pianistiquement) l'une des oeuvres les plus difficiles qui aient été composées pour cet instrument à vin
gt-trois ans. Soit.
Ce que je craignais arriva: j'ai été déçu, très déçu, dans la mesure où la perspective concertante de l'oeuvre de Brahms était complètement perdue. Les propos du piano se trouvaient dilués dans les résonances de l'autre piano (deux Steinway D, les mêmes, par dessus le marché), de sorte que du combat d'Hercule et de l'hydre, on arrivait à une sorte de bouillasse sonore un peu informe. Certes, l'auditeur est quand même amusé de se dire "ah tiens c'est rigolo ça fait pas pareil", mais je doute que Brahms eût apprécié que l'on réduise ce qu'il avait mis près de cinq ans à composer à une curiosité musicale, j'ai d'ailleurs cru sentir, dans ce qu'ils en disaient, le manque de conviction des pianistes, non sur leur jeu, mais sur l'intérêt d'une telle transcription. Et nul doute qu'ils avaient raison.
Pour conclure cette bien désagréable écoute, plongez-vous, en trois parties, dans le premier mouvement de ce somptueux concerto en ré mineur, qui contient probablement dans ses deux dernières minutes les deux minutes les plus érectiles de la musique classique:
vendredi 27 novembre 2009
Eloge des lignes
Les quelques personnes qui me font le plaisir (et l'honneur !) de fréquenter ce blog, de manière plus ou moins régulière, auront remarqué son ton souvent...caustique et désinvolte, qui a même induit certains d'entre elles à me taxer de sale prof imbu de sa pédagogie, voire même de plaindre les pauvres élèves qui ont le malheur de tomber sous ma direction l'espace d'une année.
Soit. Ces jugements sont, heureusement, le plus souvent tempérés par une franche discussion qui a elle-même valeur de conseil, et je m'en félicite: comme dit ma maman, tant qu'il y a conflit, il y a dialogue.
D'où mon dernier exploit avec mes troisièmes. Une bonne classe, malgré une légère tendance au je-m'en-foutisme, mais dont l'attitude a franchement commencé à m'agacer lorsque je m'aperçus hier que la moitié de la classe ne m'avait pas suivi pour monter en cours et avait préféré traîner dans les couloirs, de sorte qu'ils sont arrivés avec deux bonnes minutes de retard. Réfrénant le CDGP (Coup De Gueule Primal) qui commençait doucement, mais sûrement, à étreindre mon larynx, je pris mon feutre et écrivis de ma plus belle écriture au tableau: "Je ne traine pas comme une limace pour monter au cours de français." 100 fois.
C'est pas bien, hein, je sais. Mais 1/ça m'amuse de les imaginer faire leur punition au lieu de jouer à la Play, et 2/à force de prendre des lignes, peut-être finiront-ils par comprendre qu' "on n'est pas au stade ici", comme je ne manque pas de leur répéter.
Mais s'il y a bien UN truc qui m'agace, mais vraiment, c'est la tête de con (car c'est une tête de con, ne l'en déplaise) qui vient me soutenir qu'il est interdit de donner des lignes parce que ce n'est pas une sanction éducative. Mon dieu, que cet argument stupide a tendance à faire émerger le MCDGP (Méga Coup De Gueule Primal, faut suivre) lorsque quelqu'un vient me l'objecter de la voix mielleuse de celui qui se croit plus malin que les autres (le plus souvent 1/un parent d'élève, 2/unE collègue (j'y insiste, comme aurait dit Gracq(et oui, ce salopard est misogyne, de surcroit)).
Certes, cette tradition des lignes, du pensum, pour reprendre le terme exact, est interdite depuis l'arrêté du 5 Juillet 1980, car ce type de sanction, en gros et en évitant tout le verbiage philosophique, ne profite pas à l'élève, ne lui apprend rien, ne lui apporte rien, ne fait que lui faire perdre du temps stupidement. Cela, je l'admets, à un tel point que c'est le seul but que je recherche en leur donnant, devenant ainsi un hors-la-loi, des lignes: faire perdre autant de temps à l'élève qu'il m'a fait perdre d'énergie à le menacer une, deux, trois fois de la sanction qui allait tomber. Et ce n'est certainement pas à moi de perdre du temps et de l'énergie à corriger nue copie supplémentaire: c'est l'élève qui est puni, pas moi. Et je me refuse à transformer quelque chose d'ingrat en quelque chose d'utile facilitant l'apprentissage, ou de donner de "beaux" textes à copier en guise de punition, comme le font certains: lire Proust est un plaisir, un honneur. Pas une sanction.
Dici.
J'en connais qui vont gueuler, là.
mercredi 18 novembre 2009
Action-réaction, épisode 2
C'est facile d'accuser la société des défauts qu'on a du mal à pallier nous-mêmes, j'en conviens. Seulement il faut bien constater que nos chers bambins ont pris l'habitude de vivre dans un monde semi-virtuel (les récentes actualités tendent à le démontrer), dans lequel l'information, aussitôt avalée, est digérée pour laisser place à la suivante. Rapidité de l'information, de l'échange, du statut, des amis, des amours... Et qu'on le veuille ou non, les enseignants, sans pour autant cautionner ou tomber dans une démagogie ridicule, doivent s'adapter à la structure mentale qui est en train de devenir celle des adolescents. On m'objecte, de manière amicale et pondérée, d'être trop dans l'action-réaction, de réagir trop vite et du tac au tac.
Cela est certainement vrai, dans ma pratique professionnelle tout du moins.
Mais ai-je vraiment le choix ? A bosser avec ces élèves pour lesquels une chose en vaut une autre, laquelle sera remplacée par une troisième chose, et ainsi de suite, je n'ai pas vraiment le choix, ou je n'ai pas encore acquis la maturité pour m'adapter à cette structure mentale: à être dans l'action-réaction, je ne peux pas faire nécessairement les bons choix, même si j'ai assez peu, en définitive, l'impression de me tromper.
Dont acte.
Ce matin, je croise l'élève qui avait suscité tant de débats à l'article précédent, celle qui a recopié. Je l'appelle et lui demande, calmement, si elle n'avait rien à se reprocher. "Euh, non M'sieur, je crois pas." Ce à quoi je lui demande si elle en est bien sûre.
Même réponse. Je la remercie donc, en lui disant qu'on règlerait ça le moment venu. Le but de la manoeuvre était justement de la faire galérer. Et ça n'a pas loupé: un quart d'heure plus tard, elle vient me voir, visiblement au bord des larmes, et demande à me parler. Là, elle avoue tout: peur d'avoir une mauvaise note, pas d'idée pour sa rédaction, etc... Je la remercie de sa franchise et la laisse partir. Après avoir réfléchi un peu et avoir fait la même chose avec l'autre tricheur, qui, lui, est resté campé sur sa position (ah non M'sieur, je vois pas de quoi vous voulez parler !", je lui ai proposé un "deal" pendant la récréation: je lui donne un autre sujet pour qu'elle se rattrape, ce qui n'empêchera pas cette note d'être intégrée à la moyenne. En acceptant, elle avait l'air soulagée, et visiblement convaincue du fait qu'elle ne bénéficierait pas de la même indulgence au prochain coup fourré de ce genre.
Bon, mission accomplie de mon côté je crois.
Et comme rien ne mérite qu'on se morfonde dessus, j'ai terminé cette belle mi-journée par une ballade en moto jusqu'au bord de mer, en pensant à tous mes collègues expatriés chez les ch'timi.
mardi 17 novembre 2009
Ils nous prennent vraiment...
...pour des cons.
Ce matin, matinée correction de copies, avec un café à main gauche et le somptueux quintette d'Alban Berg dans les oreilles: rédactions de troisième à faire pendant les vacances. Le sujet, inspiré d'une séquence sur la rencontre amoureuse en littérature, était quand même assez vaste pour autoriser pas mal de variations: en s'inspirant des textes vus en cours, les chers bambins devaient écrire, à leur tour, une scène de rencontre amoureuse.
La prof d'IUFM avait raison: qu'est-ce qu'ils lâchent, comme trucs, dans les rédactions ! J'ai eu droit à une compilation de récits tous plus mièvres les uns que les autres. Mais bon, la plupart des élèves se sont acquittés de leur travail consciencieusement, en me rendant des copies souvent plus longues que ce que j'avais exigé. Si la qualité littéraire n'était pas au rendez-vous, ils ont rempli leur part du contrat, je n'en demandais pas davantage.
Jusqu'à ce que je tombe sur la copie d'une gamine dont le niveau est très faible. Une petite consciencieuse et appliquée, malgré de grosses difficultés. Or sa copie, à première vue, était pas mal. Assez bonne même, jusqu'à ce que je tombe sur la phrase: "Peut-être que la douceur d'aimer interrompt le soin d'être aimable." Là y a un truc: il m'a semblé reconnaître Marivaux. Ces tournures à la fois alambiquées et extraordinairement claires, cette justesse du propos accordée à cet accent incisif sont reconnaissables entre mille. Et j'avais raison: la première phrase de la copie de celle que j'appellerai Julie m'ont renvoyé vers la rencontre de Marianne et Valville dans La Vie de Marianne. Copiée mot pour mot.
J'étais à la fois déçu et en colère d'avoir 1/été pris pour un demeuré qui ne connaît pas ses classiques, et 2/eu le sentiment que cette élève, habituellement si bosseuse, ne s'est même pas donné la peine de faire elle-même son travail. C'est donc avec une sorte de rage froide que je lui ai mis 0 en joignant la photocopie du passage à l'attention des parents.
Une heure après, autre copie: rebelote, mais avec subtilité. L'élève avait, cette fois, recopié le passage en y changeant quelques termes, histoire de faire moins flagrant délit, de sorte que l'on aboutissait à des absurdités du genre "Parmi les jeunes gens dont j'attirais les regards, il y en eut un que je m'attirai moi-même."
Même ânerie, même punition. J'ai même le sentiment d'être trop gentil avec eux, qui se sont ouvertement foutus de moi.
lundi 16 novembre 2009
Chose lue...
...Il y a quelques jours sur un site célèbre qui "vous permet de rester en contact et d'échanger avec les personnes qui vous entourent", le commentaire d'une amie sur notre beau métier:
Phrase intéressante, publiée il y a déjà quelques jours et passée à la trappe depuis, tellement les choses changent vite. Mais il n'en reste pas moins que ce commentaire, ce "statut" m'a quelque peu interpellé, dans la mesure où il établit un rapport direct entre le rayon d'action, l'étendue de notre capacité à faire évoluer les élèves; et la vanité personnelle que nous serions en droit d'en tirer. Il nous serait permis d'avoir "la grosse tête" dans la mesure où notre métier nous permet de changer le monde. Action-réaction, CQFD, action-réaction vigoureusement, justement (et poétiquement) dénoncée par cette amie qui s'insurge, manifestement, contre le comportement de certains collègues. A juste titre, peut-être. "faut arrêter de penser qu'enseigner c'est le truc du siècle. Vous n'allez pas changer le monde dans votre petite classe alors rien ne sert d'avoir la grosse tête!"
Mais ce qui me dérange dans ce message, c'est l'intime conviction que notre métier ne va pas changer le monde. Prosaïquement, j'aurais tendance à penser que ce sont les nouvelles générations, celles qui arrivent, celles qui sont assises tous les jours pour partager nos cours, qui vont, effectivement, changer le monde. Et dans la mesure où nous participons directement à l'édification (vilain mot, mais dont la sonorité m'a toujours plu) de ces chers bambins, je ne vois pas ce qu'il y a de choquant à penser qu'effectivement, nous participons carrément à changer le monde.
De fil en aiguille, cela me rappelle une anecdote qui s'est déroulée jeudi dernier. Profitant d'un devoir, je m'étais mis à vérifier les cahiers de mes élèves: propreté, tenue générale, clarté des cours... et en ouvrant le cahier de l'un d'eux, j'ai vu sur la page de garde, écrit en gros, FRANCAIS. Jusque là, rien de plus normal, s'il n'y avait écrit en dessous: FRANCE, et, plus bas, aux français... Je dois bien l'avouer, et j'ai presque honte de l'écrire: en dépit de la surprise et de la colère, je n'ai rien fait. J'ai continué mon inspection de ce cahier et des suivants car 1/je ne voulais pas réagir à chaud sans y avoir réfléchi, et 2/le devoir était lancé, me lancer dans une diatribe eût été hors de propos. Il va falloir réagir d'une manière ou d'une autre, c'est évident, mais je ne sais, sincèrement, pas comment m'y prendre. Peut-être sous forme de débat, j'en sais rien.
Mais pour revenir à nos moutons, il me parait d'autant plus urgent, en vivant ce type d'anecdote, d'être convaincu que oui, nous contribuons en première ligne à l'édification (oui, je sais) du monde de demain. Non en voulant que nos élèves deviennent ce que l'on voudrait qu'ils soient ou ce que l'on aurait aimé devenir, mais en leur donnant leurs propres armes pour penser et bâtir le monde.








